Le monde s’emmure

Trois jours après le débarquement des réfugiés transportés par l’Open Arms sur injonction d’un procureur italien, l’Ocean Viking, sans pouvoir lui-même pénétrer dans les eaux territoriales maltaises et se ravitailler, a transbordé en mer sur des garde-côtes ses 356 rescapés qui ont été ensuite débarqués à Malte et seront répartis entre six pays volontaires (Allemagne, France, Irlande, Luxembourg, Portugal et Roumanie).

Au rythme de leur longue attente d’un port sûr pour y débarquer les réfugiés qu’ils ont sauvé, les équipages des navires des ONG, qui le déplorent, passent plus de temps à faire des ronds dans l’eau qu’à accomplir leur mission de recherche et de sauvetage. Pendant ce temps, des naufrages interviennent qui font de nouvelles victimes, sans que quiconque en ait même connaissance. Il n’y a plus que deux navires d’ONG au large des côtes libyennes, souvent immobilisés. Quant aux garde-côtes libyens, ils renvoient les réfugiés qu’ils interceptent en mer dans des camps où sévissent les mauvais traitements et où ils sont rançonnés.

Les autorités européennes ne sont toujours pas parvenues à se mettre d’accord sur un accord de substitution à la convention de Dublin. Rendez-vous a été pris à La Valette début septembre pour un nouvel épisode de leurs tractations sans fin. Elles bricolent au coup par coup la répartition des réfugiés sauvés par les ONG, condition à remplir pour qu’ils puissent rejoindre la terre ferme. Mais ces autorités peuvent se féliciter d’avoir par leurs mesures et leurs financements considérablement réduit le nombre des réfugiés qui atteignaient l’Europe via la Turquie ou au départ de la Libye. Sans toutefois parvenir à totalement maitriser la situation en raison de l’action persévérante de ces gêneurs d’ONG.

En dépit de leurs sauvetages, la Méditerranée est devenue un véritable cimetière. Là où elles devraient intervenir avec leurs moyens, les autorités européennes restent obstinément les bras croisés. Mention doit être faite du gouvernement français qui se réfugie hypocritement derrière le droit maritime, qui exige un port proche, pour refuser d’en ouvrir un en Corse. Les équipages des ONG ne pourraient-ils pas à défaut s’en satisfaire, malgré son relatif éloignement, plutôt que de devoir longuement patienter en mer qu’une solution soit trouvée ?

Maintenant qu’il est bien installé, le bouclage de la Méditerranée est destiné à durer. Un parallèle s’impose avec le mur que Donald Trump veut construire à la frontière mexicaine des États-Unis en contournant le refus du Congrès de le financer et en détournant des crédits militaires. Sur la planète, la construction de murs bat son plein, avec souvent comme propos de protéger les plus riches des plus déshérités, et ces deux bouclages en très grand l’illustrent particulièrement. Les dirigeants européens et américains sont animés par la certitude que l’afflux de candidats cherchant à tout prix à rejoindre leurs territoires n’est pas destiné à faiblir et qu’au contraire la pression migratoire va augmenter.

Le discours consistant à préconiser l’aide au développement des pays de départ comme solution alternative n’est pas réaliste. La tâche est trop immense et les moyens déployés trop loin des besoins – non compte-tenu du choix du modèle de développement – pour que cela puisse fonctionner. Et quand bien même les incitations au départ en sortiraient réduites, les changements climatiques qui s’annoncent et leurs effets agiront en sens contraire. À moins qu’ils ne soient endigués, ce qui n’est pas garanti.

Le blocage des frontières, il n’y a que cela de vrai.

 

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