Le « fétichisme vaudou » allemand

Les propos alarmistes fusent de partout à propos de l’économie allemande. Selon des données qui l’accréditent, elle serait au bord de la récession et son modèle obsolète à bout de souffle. Et il serait vain de se cacher derrière des boîtes d’allumettes en ne voulant voir dans ces statistiques officielles inquiétantes qui s’accumulent que la conséquence de la guerre commerciale américano-chinoise opposant les deux premiers clients de sa production automobile, son fleuron industriel.

L’Allemagne fait face à une douloureuse vérité que ses dirigeants au pouvoir ne sont pas prêts à entendre. Et les voix se multiplient – de dirigeants politiques ou émanant d’instituts, et même d’une importante fédération industrielle – qui réclament un changement de politique reposant sur l’abandon du « déficit zéro », afin de financer la transition écologique. Prudemment, en usant des marges de manœuvre disponibles, la constitution autorisant l’émission de nouveaux emprunts à hauteur de 0,35% du produit intérieur brut (PIB).

Robert Habeck, le chef de file des Verts qui talonnent dans les sondages la CDU, a dénoncé le « fétichisme vaudou » de la CDU sur les questions budgétaires. Le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert a répliqué que « la chancelière n’a jamais laissé aucun doute (…) sur son attachement au principe d’un budget équilibré (…) Nous avons depuis plusieurs années une politique de finances publiques équilibrées, qui n’est pas remise en cause et que nous continuerons de viser. » Dans sa bouche, le contraire aurait été étonnant.

Quelle ampleur ce mouvement interne au pays de contestation va-t-il pouvoir prendre ? Les taux négatifs auxquels l’Allemagne emprunte sur le marché le justifieraient, car ils créent une excellente opportunité pour financer les investissements, mais là n’est pas la question. La rigidité doctrinale allemande est en cause, et c’est tout un programme. Le changement implique l’adoption d’un nouveau modèle de développement, en rupture avec celui qui a fait la fortune du pays mais qui ne la fait plus, qui repose sur les exportations de biens industriels et de produits chimiques sur le déclin, alors que la mondialisation flamboyante est révolue.

Matteo Renzi, tout occupé à barrer la route à Matteo Salvini, recherche un rapprochement avec le Mouvement des 5 étoiles, pour qui la rupture avec la Ligue est consommée. Il voit se dessiner en Allemagne de nouvelles perspectives reposant sur l’opportunité d’un changement de « business model », comme il l’a déclaré au journal Le Monde. Un nouveau pôle associant les gouvernements français, espagnol et italien (dans la nouvelle configuration qu’il appelle de ses vœux) pourrait l’appuyer, et ce serait une occasion à ne pas rater.

Nous n’en sommes qu’aux pointillés. Comme aux États-Unis, où les milieux d’affaire ont fait reculer Donald Trump dans sa guerre avec la Chine, ce sont ces mêmes milieux qui en Allemagne pourront faire évoluer les choses lorsque la récession en vue se confirmera. Mais ce sera avec pincettes. L’occasion pourra en être fournie lors de la chute de la grande coalition actuelle et la formation d’une nouvelle alliance qui pourrait associer les Verts et le FDP.

 

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