On n’en a pas fini avec les banques

Les banques européennes vont devoir augmenter leurs fonds propres de 135 milliards d’euros d’ici 2027, date à laquelle la transposition de la réglementation de Bâle III devra être totalement appliquée. Ce n’est pas une petite affaire, car cela correspond globalement à une augmentation de leurs fonds propres de 24,4%, soit près du quart.

Du dire de l’Autorité bancaire européenne (EBA), qui vient de l’annoncer officiellement et cherche ainsi à en minorer l’impact, presque la moitié de ce montant pourrait provenir de la mise en réserve de leurs bénéfices, diminuant d’autant les besoins de recapitalisation. Mais rien ne pouvait faire plus réagir le monde bancaire que ce qui est vécu comme un empiétement sur ses prérogatives, la distribution de dividendes. Procéder ainsi irait à l’encontre de l’attractivité des banques auprès des investisseurs, est-il vigoureusement fait valoir. Comment les intéresser à une augmentation de capital dans ces conditions ? Où va-t-on si les bénéfices ne peuvent pas être utilisés par les gestionnaires à leur guise ?

Les banques allemandes et françaises avaient anticipé cette mauvaise nouvelle en bataillant ferme contre la réglementation à l’origine de cette obligation : les limitations apportées à l’utilisation de modèles propriétaires pour évaluer le risque de leurs actifs, porte ouverte à toutes les complaisances. Le long affrontement s’était terminé par un compromis, le maintien des modèles propriétaires et l’adoption d’un taux de risque plancher. L’estimation de ses conséquences chiffrées maintenant connue, le dossier pourrait-il être à nouveau ouvert ? Quoi qu’il en soit, retenons bien ce montant afin de le comparer avec ce qui s’en suivra.

Les grands établissements vont être les plus mis à contribution selon l’EBA, éclaircissant s’il en était encore besoin l’origine de l’impétueuse croissance de leur bilan dans le cadre de leur course-poursuite avec les banques américaines. Après avoir calculé leur risque a minima pour diminuer leurs besoins en fonds propres, elles sont maintenant rattrapées par son nouveau mode de calcul, conservant les actifs risqués en cause à leur bilan d’avantage que leurs concurrentes. D’où une fragilité accrue qui devra être payée à l’épilogue de la crise initiale de 2007, vingt ans après, si aucun changement providentiel n’intervient entretemps…

Quant à la Deutsche Bank, en pleine déconfiture, la descente aux enfers se poursuit.

 

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