Une nouvelle équipe européenne dépourvue de mandat

Il n’est pas exagéré de décrire comme complètement chaotique le processus de désignation des responsables des « top jobs » européens auquel nous assistons. On s’attendait au pire et nous l’avons.

Depuis dimanche, toutes les combinaisons péniblement échafaudées par les dirigeants européens s’écroulent les unes après les autres, et la mise en avant de critères de choix, comme la parité des sexes ou la représentation géographique, ne simplifie pas la tâche. Chacun s’efforce de faire prévaloir des candidatures estimées proches de ses préoccupations puis est amené à les défendre. En vain, car les intérêts sont trop contradictoires et morcelés, et il n’est fabriqué à ce jeu que des mécontents.

Mais quand même ! Quelle étonnante manière de procéder ! Les débats dont nous avons les échos portent sur les noms et éludent consciencieusement la définition des missions de ceux qui devront demain présider aux destinées de l’Europe. C’est particulièrement frappant dans le cas de la présidence de la Commission, mais qu’en sera-t-il demain pour celle de la BCE ? Va-t-il être discuté de ce qui est attendu de celle-ci dans les huit prochaines années, la durée du mandat de son président ? Sans prendre le risque de se tromper, il est possible d’affirmer que non. Nos autorités européennes travaillent en aveugle, incapables de construire un projet.

Le démantèlement de l’Europe se poursuit et rend celle-ci de moins en moins gouvernable, la croissance et l’inflation ne répondent pas aux attentes, et les dirigeants européens sont divisés sur la stratégie à suivre et paralysés. Une relance de l’Europe en ressort impossible, la condamnant à suivre sa ligne de plus grande pente. La stratégie d’influence qui est par défaut adoptée n’a aucune chance de peser sur la suite des évènements.

L’Allemagne est la principale responsable du blocage. Il y règne une véritable religion, la vénération de l’interdiction du déficit budgétaire inscrite dans la Loi Fondamentale, la constitution allemande. Comment faire sauter ce bouchon ? Un débat y est engagé, qui porte sur la relance de l’investissement, mais il agite avant tout des cercles d’économistes. Au niveau politique, seuls les Verts s’y impliquent, faisant espérer que leur présence au sein d’une future coalition permettra d’élargir et de faire progresser le débat au niveau politique. Mais la plus grande difficulté n’est pas là. Les milieux d’affaires perçoivent eux aussi la nécessité d’une relance de l’investissement, mais la gestion de la dette publique est assimilée dans l’opinion publique à celle du budget des particuliers, « en bon père de famille ».
Là est l’obstacle !

Olivier Blanchard, l’ancien économiste en chef du FMI, croit avoir trouvé le biais permettant de faire avancer les choses et bat campagne en Europe pour le populariser. Il distingue deux déficits – le mauvais qui comble le fonctionnement de l’État, et le bon qui finance une politique d’investissement – et propose de faire évoluer les règles des traités afin de les différencier. Proscrivant le premier et permettant le second. Espérant réformer en souplesse l’évolution des règles concernant le déficit en s’inscrivant dans le débat allemand sur l’investissement. À condition, comme Olivier Blanchard le propose d’ailleurs, qu’une instance européenne soit qualifiée pour distinguer ce qui est recevable au titre des investissements de ce qui ne l’est pas, afin d’éviter les petites tricheries…

Voilà qui pourrait donner du grain à moudre… à condition que la nouvelle équipe européenne se révèle sensible au petit pas que représente une telle approche.

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Une réflexion sur « Une nouvelle équipe européenne dépourvue de mandat »

  1. « [Olivier Blanchard] distingue deux déficits – le mauvais qui comble le fonctionnement de l’État, et le bon qui finance une politique d’investissement – et propose de faire évoluer les règles des traités afin de les différencier. »

    Il me semble que cette évolution des traités se traduirait par un renforcement des contraintes qu’ils exercent sur les budgets de chaque État et par une diminution supplémentaire des pouvoirs des Parlements. Décider au niveau européen de la manière dont l’argent public doit être dépensé mais laisser à chacun des États la tâche de percevoir ces impôts ne semble pas non plus très satisfaisant: il serait plus logique que l’UE fixe et perçoive les impôts qui correspondent aux dépenses dont elle décide.

    De plus la distinction entre investissement et fonctionnement me semble des plus arbitraire. Par exemple, même si le déficit de l’État s’en trouve accru, agrandir et équiper le service des urgences d’un hopital serait souhaitable alors qu’augmenter les dépenses correspondant au personnel qui fait fonctionner ce service serait une mauvaise chose.

    Pour essayer d’y voir plus clair j’ai lu ça:
    https://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/ressources-depenses-etat/depenses/quels-sont-investissements-etat.html
    hélas, je ne suis pas vraiment plus avancé…

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