Quand la taille des banques de vice devient vertu

La faiblesse du système bancaire n’est pas le premier des soucis des dirigeants européens qui ont fort à faire et s’apprêtent à mener une campagne en faveur de l’Europe qui s’apparente de plus en plus à une incantation. Dès qu’ils y touchent, elle leur file entre les doigts.

L’union bancaire est quoi qu’ils en disent déjà remisée au rayon des réformes ratées. Le troisième volet de la garantie des dépôts est mort-né, et il n’apporte pas de solution au rétablissement des systèmes bancaires en fâcheuse position, notamment les grecs, portugais et italiens. Et encore moins à la dégringolade de la Deutsche Bank, pour laquelle une fusion avec l’autre grande banque commerciale allemande, Commerzbank, est en cours de négociation.

Mais peut-être le pire concernant le système bancaire provient-il de l’incapacité à trancher le nœud Gordien de la détention par les banques de la dette souveraine de leur pays, éminent facteur de propagation systémique de la crise, qui au contraire s’est resserré. Une très mauvaise manière de se préparer à la prochaine crise.

Créer les champions européens susceptibles de faire jeu égal avec leurs compétiteurs américains, c’est l’objectif des banquiers qui réfléchissent à « la concentration transfrontière » de la multitude des petits établissements. La BCE plaide depuis longtemps en faveur de la construction de grands groupes paneuropéens dont la création serait la meilleure manière de réaliser un coup double, éliminer les banques zombies et résister aux géants américains ainsi qu’à l’offensive bancaire chinoise qui se profile. Il n’est plus question de banques trop importantes pour faire faillite comme au début de la crise.

Pour parvenir à « une union bancaire efficace et profitable », François Villeroy de Galhau, membre du conseil de la BCE, propose « d’abaisser les exigences de fonds propres pour les filiales européennes, tout en garantissant leur position financière via des garanties transfrontalières crédibles fournies par leur maison mère ».

Les banques européennes sont à l’affut de toutes les économies susceptibles d’améliorer leur profitabilité, qui a beaucoup chuté. Elles ont récemment espéré, à tort, que la BCE allait revenir sur le taux négatif qu’elle impose à leurs facilités de dépôt, qui leur a coûté 7,3 milliards d’euros en 2018, en priorité versés par des établissements allemand, français, hollandais et luxembourgeois. Une action devant la Cour de Justice de l’Union européenne a par ailleurs été précédemment intentée par six banques françaises afin que soit revues les modalités de calcul de la participation au fonds de résolution, qualifiées d’opaques, dont elles sont les premières contributrices.

Il ne ressort pas de tout cela l’impression d’une grande solidité…

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2 réflexions au sujet de « Quand la taille des banques de vice devient vertu »

  1. Bonne analyse. La maladie progresse. Schäuble et Dijsselbloem, deux fanatiques de l’ordolibéralisme et du déficit zéro, comptaient « sauver le système » en purgeant la zone euro des banques zombies. On a vu ce qu’il en était. Les morts-vivants de la dette sont dans les rues.Le réajustement s’effectuera de lui-même avec un peu de casse au passage avec un ratissage général des comptes bancaires de particuliers, une stérilisation de la mobilisation d’épargne des ménages et la cession forcée des produits financiers-bidons en attendant la saisie des patrimoines fonciers et l’impossibilité d’utiliser la monnaie électronique.
    Tout est décrit et annoncé dans le Manuel de François Leclerc.

    https://solidariteetprogres.fr/actualites-001/le-spectre-des-banques-zombies.html

    https://information.tv5monde.com/info/economie-doit-craindre-les-morts-vivants-de-la-dette-238025

    w.liberation.fr/debats/2018/05/20/les-morts-vivants-de-la-dette-et-le-mega-krach-a-venir_1651464

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