Anticipation

La société moderne est très fragile, sa complexité l’accentuant encore. La crise du système financier l’a bien illustré, dans l’attente de son rebondissement considéré comme inévitable. En attendant, les détériorations existantes et à venir de l’écosystème de notre planète ont pris sa place dans les esprits.

L’avenir n’est plus associé à un progrès synonyme de bien-être. Nous sommes sortis du temps des utopies pour entrer dans celui des dystopies. Et il ne manque pas de noms peu engageants pour qualifier notre société. Quand elle n’est pas de surveillance ou de contrôle social, elle est profondément anxiogène, ce qui fait obstacle à sa transformation. Chacun à sa manière la prépare. En Chine, la surveillance résulte d’une étroite collaboration entre le Parti-État et les grands groupes d’achat en ligne ; en Occident, la NSA et les grandes entreprises privées se partagent le travail, les GAFA s’appropriant massivement les données personnelles. La phrase prononcée par Eric Schmidt, l’ex PDG de Google, à propos de leur conservation est restée dans les mémoires : « cela peut toujours servir ». Tout comme celle de Julian Assange lorsqu’il a annoncé la disparition du concept de vie privée.

Comme si cela n’était pas suffisant, d’autres facteurs concourent à cette fragilisation grandissante. La tendance est clairement établie : plus nos sociétés sont informatisées et connectées, plus elles sont vulnérables aux accidents et aux malveillances. Tandis que la guerre, hier nucléaire, est devenue une « cyberguerre » au potentiel tout aussi dévastateur. À ce nouveau jeu menaçant de paralysie les activités vitales d’un pays, il n’y a plus de front et d’arrière, plus de civils et de militaires.

Mais cette nouvelle menace ne se substitue pas aux précédentes. António Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a dénoncé l’effondrement des systèmes de contrôle des armements. Libre cours est donné à leur dissémination, notamment celle des armes chimiques. Son appel intervient après le retrait américain d’un traité issu de la guerre froide, l’INF, tandis que le renouvellement du traité New Start, qui a été signé en 2010 et arrive à échéance en 2021, n’est pas garanti.

Enfin, l’accaparement de la richesse par une petite minorité et l’accroissement des inégalités sociales en général représentent une menace toute aussi importante pour un bien toujours revendiqué mais si souvent malmené, la démocratie. Avec comme substitut des mesures de coercition et de partition. Les murs se dressent et les centres de décisions se concentrent et s’opacifient, dont les membres n’ont de compte à rendre qu’à leurs pairs. Oligarchie ou ploutocratie, le choix n’est pas vaste lorsque l’on cherche à qualifier la nature du pouvoir.

Complexe comme elle est, elle pourrait bien finir par se détruire toute seule…

 

 

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Une réflexion sur « Anticipation »

  1. « Plus l’Humanité se raffine et se complique, plus les chances de désordre se multiplient et leur gravité s’accentue ; car on n’élève pas de montagnes sans creuser des abîmes, et toute énergie est également puissance pour le bien et pour le mal. »
    Pierre Teilhard de Chardin, La vie cosmique.

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