En avant mais pas comme avant

Le Japon confirmerait-il la règle en y faisant exception ? Le moins que l’on puisse dire est que sa situation est singulière, à commencer par sa dette publique qui dépasse les 230% du PIB.

À voir l’indifférence que cela suscite, il semble préférable d’ignorer l’incongruité qui veut que ce qui est bon à Tokyo ne l’est ni à Washington, ni à Londres, ni à Francfort. Mais que valent ces règles qui ne sont pas partout applicables ? D’autant qu’une autre particularité peut être relevée, la Banque du Japon (BoJ) détenant actuellement 43% de la dette de l’État.

Ces deux données bouleversent les normes reconnues. Pour les plus savants des analystes, l’explication tient dans ce piège à liquidité dans lequel le Japon serait tombé, en référence à John Maynard Keynes qui avait prédit un tel phénomène. Et ils s’en tiennent là, rassurés d’avoir une explication, sans se demander si des enseignements ne doivent pas en être tirés.

Déjà, la BoJ avait pris une initiative sacrilège il y a vingt ans en adoptant un taux zéro pour ses taux, avant d’être depuis suivie par les autres instituts d’émission. Faut-il aujourd’hui s’arrêter là ? Le Japon ne serait-il pas l’exception mais l’exemple ?

Les mécanismes de la transmission monétaire ne fonctionnent plus, a-t-il été constaté au cours de la crise devant la vacuité des efforts de relance de l’économie, les masses de liquidités déversées par la BCE ne « redescendant » pas dans l’économie et l’inflation se faisant prier. Toutes les conséquences en ont-elles été tirées ? De fait, une inflation galopante ne s’en est pas suivi, autorisant les banques centrales à s’accorder des audaces hier interdites en finançant les déficits publics.

Sera-t-il possible de résister demain à cette tentation malgré l’interdit absolu qui règne aujourd’hui en Europe ? Les tentatives d’augmenter les recettes fiscales des États – taxation des GAFA ou adoption d’une règle majoritaire en matière fiscale afin de supprimer les optimisations complaisantes des États – pourront donner un peu de marge de manœuvre, conjuguées avec le maintien des taux actuels de la BCE et le faible niveau des taux obligataires. Mais cela n’aura qu’un temps, la fuite en avant de l’endettement se poursuivant.

La politique allemande de déficit zéro n’étant pas généralisable – et une aberration – les gouvernements se trouvent pris en tenaille entre les « populistes » réclamant une hausse des revenus et la nécessité de couper dans les crédits sociaux pour financer le coût de l’endettement. D’où l’échappatoire miraculeuse que représenterait une transgression « à la japonaise »…

Mais un tel reniement – qui sonnerait l’acte final du démantèlement de l’Union européenne – n’interviendra que si les gouvernements qui s’y résignent en sont réduits aux dernières extrémités. La seule alternative reposerait sur le maintien des taux longs à zéro, impliquant que la BCE ne change pas les siens. En tout état de cause, nous serons entrés dans une toute nouvelle ère.

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2 réflexions au sujet de « En avant mais pas comme avant »

  1. Pouvez vous expliquer ce que sont « les masses de liquidités déversées par la BCE « ? N’étant pas économiste je ne comprends pas . C’est la « planche à billets » ? La BCE déverse de l’argent à qui ? Et d’où tire-t-elle cet argent ?

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