Une Europe pas vraiment folichonne

Après avoir contre toute attente manifesté sa bonne volonté en trouvant un terrain d’entente budgétaire avec la Commission, le gouvernement italien en a-t-il fini pour cette année des turbulences externes ? À l’occasion de l’examen du budget 2020, un prochain rendez-vous est déjà fixé à l’automne prochain, mais en attendant à quoi doit-il s’attendre ?

Matteo Salvini croise le fer avec la BCE, après qu’elle ait annoncé donner prochainement une date limite aux banques européennes dont elle assure la surveillance pour constituer suffisamment de provisions, afin de couvrir leurs stocks de prêts non-performants. Le montant de ces créances douteuses, les NPL, s’élevait fin juin à 159 milliards d’euros, l’Italie arrivant en Europe en troisième position après la Grèce et le Portugal, selon l’Autorité bancaire européenne.

La BCE s’apprêterait à accorder sept ans pour couvrir les créances garanties et deux ans seulement pour celles qui ne le sont pas, dans le but d’inciter les banques à augmenter leurs prêts à l’économie (à condition qu’il y ait une demande !). Selon les calculs de Reuters, les banques italiennes supervisées par la BCE devraient déprécier 72 milliards d’euros pour provisionner à 100% ces créances.

La vive réaction de Matteo Salvini accusant la BCE de les mettre à genoux n’est donc pas surprenante. Dans la pratique, elle obligera l’État à poursuivre à grande échelle ce qu’il a engagé avec Monte dei Paschi di Siena et qu’il cherche à poursuivre avec Banca Carige : des recapitalisations par précaution. Et à accroitre par voie de conséquence l’endettement italien ainsi que les contraintes budgétaires qui en découlent…

Mais n’anticipons pas, les investisseurs rassurés ont dans l’immédiat souscrit pour 10 milliards d’euros à la première émission obligataire de l’année, le gouvernement allant tout au long de celle-ci devoir refinancer 230 milliards de titres venant à échéance. Cette émission était attendue par les analystes, intervenant après l’arrêt des achats nets de titres souverains par la BCE qui pouvait la perturber. Mais cette dernière rachète également des titres pour remplacer ceux qui viennent à échéance et qu’elle détient. Durant ce mois de janvier, ce type d’opération portera sur 26 milliards d’euros de titres, ceux de l’Italie représentant environ 5 milliards d’euros de ces achats, soit la moitié de l’émission italienne.

Et les investisseurs qui veulent investir sur le marché obligataire sont dans une situation particulière. L’Allemagne et les Pays-Bas ayant considérablement réduit leurs émissions, la France et l’Espagne également bien que dans une moindre mesure, l’Italie est devenue le principal émetteur avec la Belgique et le Portugal. Tel est le choix disponible. Et le taux de 3,2% des obligations italiennes à 15 ans est particulièrement attractif sur le marché.

Voilà de quoi rassurer tous ceux qui craignaient qu’une forte hausse des taux italiens débouche sur une sortie fracassante de l’Italie de l’euro. Le démantèlement de l’Union européenne n’en est pas moins une tendance profonde, mais son rythme est moins précipitée et ses épisodes prévisibles moins spectaculaires.
Avec une croissance faible, assortie de menaces de récession en Allemagne, une inflation qui reste désespérément en dessous de sa jauge, un chômage toujours très élevé et une productivité en berne, la physionomie nouvelle de l’Europe se dessine. La relance étant au point mort, les gouvernements allemand et français auront beau adopter à Aix-la-Chapelle, le 22 janvier prochain, un nouveau traité d’amitié, ils ne feront pas redémarrer un moteur qui est décidément en panne.

Le tournant à droite se confirme en Allemagne sous l’impulsion de la nouvelle présidente de la CDU, appelée à succéder à Angela Merkel. Annegret Kramp-Karrenbauer affirme de plus en plus sa différence avec la chancelière en titre, ce qui n’augure pas d’un assouplissement de la politique européenne, tout au contraire. Tandis que les difficultés économiques qui se précisent et sont appelées à s’approfondir n’ont pas que des causes conjoncturelles. D’autres, structurelles, prennent le pas et vont également contribuer au raidissement allemand.

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