Un nouveau monde mais pas le bon

Les conséquences du grand bouleversement climatique à venir, s’il n’est pas jugulé à temps, sont-elles déjà bien perçues dans toute leur étendue ? L’accent est mis sur les migrations d’ampleur qu’elles susciteront, mais encore…

Il est facile de prévoir qu’un grand coup d’accélérateur va être donné à la naissance et au développement des mégapoles, accompagnées de tout leur cortège de malfaisances. Le fonctionnement de Shanghai, Lagos ou São Paulo en donne un avant-goût. Mais les conséquences sociales sont les moins étudiées, bien qu’elles s’annoncent fortes.

Déjà, il peut être observé au Cambodge comment plusieurs dizaines de milliers d’agriculteurs ont dû abandonner les rizières qu’ils cultivaient à la suite de vagues de sécheresse et d’inondation. Ils se sont retrouvés incapables de rembourser les emprunts contractés auprès de banques ou d’organismes de micro-financements et ont dû aller vendre leur force de travail sans faire les difficiles. Ils connaissent désormais la servitude pour dette, vu leurs conditions de travail et leur salaire de misère.

Le concept de réfugié climatique s’est imposé comme une réalité sociale au Cambodge. Ils sont des dizaines de milliers d’adultes et d’enfants à être passés contraints et forcés de la terre aux pavés et au travaille dans des usines. Parmi celles-ci figurent en bonne place les manufactures de production de briques, selon une technologie des plus sommaires, qui ont poussé par centaines en raison du boom de la construction dans les grandes villes.

On assiste à une forme d’esclavage moderne, les paies ne permettant pas de rembourser une dette qui grossit au fil des années, sans autre possibilité que de continuer. Tous les abus sont dès lors possibles, comme imposer des horaires de 56 heures hebdomadaires et plus, le seuil légal étant de 48 heures, et de faire travailler des enfants de moins de 15 ans. Ceux-ci travaillent souvent dès l’âge de 7 à 8 ans pour aider leurs parents, sans pouvoir aller à l’école.

Un nouveau monde est en gestation. Pas celui qui reste inatteignable et dont on pressent les contours, mais un autre qui ne fait pas rêver. Un monde de déclassés, au statut de parias de la société tel que nous en ressentons la venue lorsque l’on constate notre propre « tiers-mondisation ». Car il n’est pas réservé aux pays les plus démunis. À juste titre, l’accent est aujourd’hui mis sur le délitement des « classes moyennes » dans les pays « développés », mais cet autre phénomène est amené à lui succéder si rien n’est fait, accentuant encore la fracture sociale…

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2 réflexions au sujet de « Un nouveau monde mais pas le bon »

  1. Le pays du tiers monde le plus riche s’appelle les États-Unis d’Amérique. En France c’est M. Macron qui est en charge de la tiers-mondisation suivant un classique schéma néolibéral adapté aux particularismes locaux, décliné en trois points par Aude Lancelin dans son édito du jour (de 1:55 à 6:35) :

    https://www.youtube.com/watch?v=E9fZYkzOR9c

    – Les jiléjônes sont une foule haineuse, antisémite et homophobe.
    – Les chômeurs sont des faignants.
    – Le projet « européen » de M. Macron est l’obéissance absolue aux diktats budgétaires de Berlin.

    Ne manque plus pour faire vraiment respecter l’Ordre républicain néolibéral, que de nous doter d’une police à l’étasunienne ou à la brésilienne.

  2. Sur l’esclavagisme naissant dans nos sociétés avec la montée du chômage et la pratique de l’intérim (cela ne date pas d’hier !), il faut lire « Quai de Ouisteam » de J.Aubenas. Les ressorts de la dégradation des conditions de contrat par des entrepreneurs type « jouer de casino » sont bien décrites. Et il faut lire le témoignage d’une chemise Jaune, qui a circulé hier (sur le site https://tendanceclaire.org/article.php?id=1506) pour voir que c’est l’emploi féminin qui est typique de cette dégradation et qui atteint les hommes de plus en plus.
    Le capitalisme ne tient plus ses promesses, depuis si longtemps déjà. L’arrivée de réfugiés (climatiques, énergétiques, …) permet de dégrader encore ces conditions de contrat. Jusqu’à ce que la soumission ne soit plus tenable.

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