Autopsie de Wall Street

La chute que connaît Wall Street n’est pas une simple correction. L’année boursière s’annonçait miraculeuse, mais elle va se terminer sur une baisse calamiteuse des grands indices. Avant de fermer pour cause de fête, le Dow Jones avait lundi en l’espace d’une matinée perdu 2,9% et le Nasdaq 5%. Et, pour prendre d’avantage de recul sur l’année entière, le S & P 500 qui avait démarré celle-ci avec un ratio de capitalisation des bénéfices (le PER) de 21,4 fois en était descendu le 21 décembre à 15,5 fois. Qui doit-on incriminer ?

Le président américain lui-même ? Il a envisagé de se débarrasser de Jerome Powell, le président de la Fed, et nul ne savait comment les marchés allaient réagir s’il passait à l’acte. Ne voulant pas en courir le risque, Steve Mnuchin, le secrétaire d’État au Trésor, a cherché à étouffer dans l’œuf une telle désastreuse opération en démentant toute velléité de la réaliser, avant que Donald Trump ne réitère, mais un cran en dessous, ses critiques du président de la Fed. On saura peut-être plus tard ce qui s’est passé entre eux, mais ce qui en a été public aura eu un fort impact.

Dans la même foulée, Steve Mnuchin, désireux de montrer qu’il maitrisait la situation et prenait toutes les précautions, rencontrait les grands banquiers et convoquait le groupe de travail présidentiel qui comprend des représentants de la réserve fédérale, de la SEC en charge de la Bourse, et des principales autorités de régulation financière. Mais il advint le contraire de ce qu’il recherchait, inquiétant les milieux financiers au lieu de les rassurer. Pourquoi donc avoir cru devoir affirmer que les banques disposaient des liquidités suffisantes et que les marchés fonctionnaient normalement, alors que nul, ne se posait la question ? Il y avait donc anguille sous roche.

L’affaire Powell n’a cependant été qu’un déclencheur, derrière lequel d’autres facteurs ont joué. En premier lieu la guerre commerciale avec la Chine engagée par le président américain, qui a fait douter de la vitalité de la croissance chinoise et mondiale, et par contre coup américaine. La mondialisation passée par là, les économies sont devenues étroitement tributaires les unes des autres, et on ne peut plus prétendre promouvoir la croissance dans un seul pays. Pour les milieux d’affaire, Donald Trump a déclenché une spirale descendante de la croissance. Et les États-Unis n’ont pas les moyens du conflit prolongé qui s’annonce pressentent-ils, la Chine étant mieux armée pour résister au choc dans la durée.

Ce n’est pas tout. L’addiction aux très bas taux d’intérêt se révèle plus prenante qu’il n’était prévu, allant interrompre des jeux bien rodés. Aux capitaux à très bas coût empruntés par les entreprises se sont ajoutés les cadeaux fiscaux de Donald Trump. Sans qu’ils soient pleinement consacrés à investir dans l’économie. Les capitaux ainsi disponibles ont beaucoup servi à distribuer des dividendes ou à racheter ses propres actions pour en faire monter le cours, la deuxième manière de faire un cadeau aux actionnaires. En 2018, mille milliards de dollars devraient y être consacrés. Beaucoup redoutent désormais que, ces opportunités d’investissement ayant été délaissées, l’économie ne faiblisse désormais et se dirige vers la récession.

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Une réflexion sur « Autopsie de Wall Street »

  1. « on peut plus prétendre promouvoir la croissance dans un seul pays… »
    Affirmation péremptoire, Monsieur Leclerc, que j’aurais plaisir à vous lire étayer.

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