L’aveuglement néolibéral

Les meilleurs cadeaux sont ceux que l’on se fait. C’est cette pensée profonde qu’Emmanuel Macron a certainement eu en choisissant de faire payer par les contribuables les cadeaux fiscaux que représentent la hausse de la prime d’activité (et non du Smic), la suppression de l’augmentation de la CSG pour les petites pensions et la défiscalisation des heures supplémentaires.

Le maintien de la suppression de l’impôt sur la fortune annoncé en Conseil des ministres a symbolisé qu’il n’est pas question d’ouvrir un débat sur le partage de la richesse.

À qui profite le plan ? aux entreprises choyées par l’addition du versement simultané du crédit d’impôt et de la transformation du dispositif en baisse de cotisations, qui n’est pas touché. Avec une bien moindre incidence financière, le versement d’une prime de fin d’année – un « one shot » – ainsi que le plafonnement des frais bancaires pour les moins bien dotés sont laissés à la discrétion des entreprises et des banques.

La grosse affaire, c’est celle du CICE qui représentera en 2019 une dépense exceptionnelle de 18,8 milliards d’euros, à comparer avec le coût de 10 milliards des mesures annoncées. Sans cette double ponction, le déficit budgétaire 2019 aurait été de 1,9% et serait même descendu en cas d’annulation de l’ensemble du dispositif à 0,9%, laissant du grain à moudre. Il est désormais annoncé qu’il pourrait monter à 3,4%.

À Bruxelles, Pierre Moscovici a immédiatement rappelé que 3,5% pouvait être au maximum temporairement atteint en cas de circonstances exceptionnelles. Reste toutefois à la charge de la Commission l’application de traitements identiques à la France et à l’Italie ou de trouver des justifications crédibles si ce n’est pas le cas. Celle-ci est en première ligne, car si la presse allemande se déchaîne, les réactions du gouvernement allemand sont mezzo voce, tout comme à propos de l’Italie.

À l’heure du Brexit, les rappels à l’ordre restent mesurés. Les Français peuvent attendre tranquillement le leur, la Commission européenne ayant indiqué qu’elle allait étudier pour le printemps l’impact financier du nouveau budget. En réponse à Luigi Di Maio, Pierre Moscovici a réfuté l’idée qu’il y aura « deux poids deux mesures », tout en reconnaissant que les règles sont « assez subtiles et complexes ». On attend avec intérêt comment il va en jouer.

Pour sa part, Emmanuel Macron, qui n’a obtenu que la « validation politique » d’un budget de la zone euro – c’est-à-dire l’enveloppe mais pas le contenu – n’a pas grande chose à craindre de ses congénères qu’il va rencontrer en fin de semaine. Pour justifier son coup de canif dans le contrat de mariage, il va leur expliquer qu’il a créé les conditions permettant la poursuite de l’application des réformes structurelles néolibérales. Le premier ministre Édouard Philippe a de son côté annoncé au Parlement qu’il allait continuer à œuvrer à « la baisse du coût du travail » et à « la hausse de la compétitivité » des entreprises.

Quel cap les gilets jaunes vont-ils suivre ? Les comptes n’y sont pas. Les mesures gouvernementales sont de partout reconnues comme étant insuffisantes au regard d’un profond malaise et de leur rejet. L’essentiel est qu’une fraternité est née, qui ne s’en laisse pas compter, là où il n’était décelé auparavant que résignation.

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7 réflexions au sujet de « L’aveuglement néolibéral »

  1. François, ta conclusion est une des meilleures que j’ai lue à ce jour et en ce moment :
    «L’essentiel est qu’une fraternité est née, qui ne s’en laisse pas compter, là où il n’était décelé auparavant que résignation. »

    Rien n’est joué mais rien ne sera comme avant.
    Merci pour tes analyses, synthèses, ton travail de décodage.

    1. Mes frères,

      La fraternité est au fronton de la République depuis des lustres, mais tout le monde s’en cogne. Rien ne peut être plus efficace que la fraternité, c’est la meilleure protection, la meilleure garantie, contre tous les aléas de la vie et de l’environnement. En fait c’est la seule solution pour s’organiser et pour la paix civile…

      Sinon, une baisse des cotisations n’est pas égale à un crédit d’impôt, la première étant assujetti à l’IS.

      1. À quand une nouvelle Fraternité européenne, une Fraternité étendue à l’Europe, à travers des actions conjointes « gilets jaunes » transnationales ?
        Sinon, il paraît que c’est le jaune, et non le blanc, comme on le pense souvent, qui se voit le mieux dans le noir…
        “Maintenant faisons le troisième pas, et tous ensemble, France, Angleterre, Belgique, Allemagne, Italie, Europe, Amérique, disons aux peuples : Vous êtes frères !” (Victor Hugo)
        https://www.observatoiredeleurope.com/Europe-ce-qu-a-vraiment-dit-Victor-Hugo_a2222.html

  2. ô mes frères, la liberté est la condition de ce blog, lui permettre d’être dans l’intelligence absolue et répandre les flèches des grandes réconciliations.

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