Les crises se multiplient, la crise se généralise

Elles ont en commun de placer les autorités devant leurs contradictions, de rester sans solution et pour finir de s’amonceler. Et il est loin le temps où le G20 prétendait collectivement prendre à bras le corps la situation, la recherche de solutions individuelles l’ayant depuis emporté, le gouvernement américain ayant décidé de faire cavalier seul.

Suite à la fragile accalmie de la crise financière, les dirigeants ont dû gérer une crise européenne qui se poursuit. La Grèce a été présentée comme le laboratoire où allait être expérimentée une solution qui n’a pas fait ses preuves. Puis sont venues, sur un mode mineur mais avec un fort impact en Allemagne et par rebondissement en Europe, celles de la motorisation diesel et potentiellement de l’exportation des voitures. Une autre crise, de l’électronucléaire, est venue rappeler au Japon que, comme pour la finance, les mauvaises surprises étaient toujours au rendez-vous là où on ne les attendait pas. Chaque région apporte son écot à la crise, les États-Unis avec le déclenchement de la guerre commerciale, cet antichambre de la guerre des monnaies, et l’Afrique avec le démarrage d’exodes promis à un grand avenir.

Il y comme un côté fin de règne prononcé dans une telle situation.

La planète est entrée dans une ère nouvelle. De nouvelles technologies porteuses à la fois de promesses et de dangers potentiels voient le jour, mais leur balance reste indécise. En Europe et aux États-Unis, l’heure est au repli, à la recherche de protections et à la défense d’acquis menacés. Havres de paix relatifs, ils suscitent la convoitise de populations entières abandonnant tout pour y trouver un refuge. Mais des murs sont dressés et des frontières fermées pour les contenir. Dans une telle situation, seuls les capitaux peuvent encore prétendre bénéficier de la libre circulation, sauf quand le FMI accepte du bout des lèvres des mesures de contrôle de ceux-ci dans les pays émergents.

Aucune de ces crises qui éclatent dans le désordre ne va être résolue, leur solution repoussée car impliquant des remises en question sortant du cadre du capitalisme financier. Nécessité oblige, il va falloir s’installer dans cette nouvelle précarité.

Une étude pluridisciplinaire novatrice publiée par la revue Nature Climate Change fait grand bruit. Elle a étudié les données des fléaux provenant des aléas climatiques survenus depuis les années 80, et mesuré leurs effets sur la santé, l’alimentation, l’eau, l’économie, les infrastructures et l’économie. Non pris un par un mais de manière concomitante et cumulative. Et il en est tiré, parmi les conclusions désastreuses, que la moitié de l’humanité sera menacée d’ici 2100 par des catastrophes massives cumulatives telles que sécheresses, famines et inondations, si les émissions de CO2 se poursuivent à leur rythme actuel. Cette nouvelle méthode reposant sur l’analyse de faits intervenus, ainsi que sur l’examen pluridisciplinaire des risques croisés, est appelée à un grand avenir.

Dans le domaine financier, où le facteur déclenchant de la prochaine crise fait l’objet d’hypothèses sans fin, une même approche pourrait être adoptée qui prendrait en compte les effets de phénomènes qui ne sont appréhendés qu’en surface. Car les modèles de mesure de la résistance des banques aux effets de la détérioration de leur environnement sont loin d’épuiser les mystères de leurs enchaînements et de leur propagation au sein du système financier.

Tout repose en dernière instance sur le fait que l’on ne sait pas mesurer le risque dans de nombreux cas de figure, et que sa couverture n’est pas performante. Pire, on sait que la notion même de risque est par convention supprimée quand il s’agit de renforcer les fonds propres des établissements financiers avec des titres de la dette souveraine, pour ne pas affecter le gisement de collatéral.

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14 réflexions au sujet de « Les crises se multiplient, la crise se généralise »

  1. « Aucune de ces crises qui éclatent dans le désordre ne va être résolue, leur solution repoussée car impliquant des remises en question sortant du cadre du capitalisme financier. Nécessité oblige, il va falloir s’installer dans cette nouvelle précarité… »

    Vous voilà bien optimiste, Monsieur Lerclerc, chez Jorion et bien d’autres, on aurait prédit l’effondrement inéluctable de tout le bousin. Dix ans qu’on l’attend dans le désert des Tartares colapsologues qui finiront tôt ou tard par avoir raison…

    Mais que vous voilà aussi bien modéré, car en dénonçant le « capitalisme financier » vous sous-entendez qu’il existerait, alternative crédible, un capitalisme non financier susceptible de prendre la relève. Pourriez-vous nous en dire plus à son sujet ?

    1. Renard,
      Il me semble que le capitalisme est financier, ou il n’est pas.

      Pourquoi dire « capitalisme financier » dans ce cas ? Sans doute parce que c’est par la finance qu’il nait, se développe, et meurt.

  2. Je vous recommande notamment de vous reporter aux paramètres de Milankovitch sur les émissions de CO2. Ne pas oublier aussi que de nombreux scientifiques dénoncent les études biaisées du GIEC. En clair, les activités humaines n’ont aucune conséquence sur le réchauffement climatique.

    1. Farpaitement ! Et de nombreux scientifiques, dont ma mémé de Rodez, disent aussi que la Terre est plate. Malheureusement les lézards extra-terrestres qui ont pris apparence humaine et contrôlent par télépathie nos pensées, nous empêchent de connaitre la vérité !

      Plus sérieusement, ça n’est pas bien de faire parler les morts. Milankovitch est décédé en 1958, bien avant que les effets de l’activité humaine sur le climat ne soient étudiés et reconnus comme tels par d’innombrables équipes de climatologues de par le monde.

      Il ne faut donc pas tout mélanger. Si personne ne songe à nier l’impact des variations naturelles liées à la dérive des paramètres orbitaux de la planète, il s’agit là de phénomènes s’étendant sur des dizaines ou des centaines de milliers d’années. Rien à voir donc avec l’incroyable accélération du changement climatique que nous constatons actuellement.

      1. Cher Roberto, devant le mur cyclopéen de la bêtise humaine, il ne sert à rien de s’épuiser à argumenter.
        Au fait toi aussi tu es sous contrôle des lézards : tu ne crois pas que la terre est plate ? Tu n’es donc pas un chevalier sans beurre et sans brioche ?

      1. Le Giec est un organisme intergouvernemental, outre les 2.500 scientifiques participant au complot, il faut donc ajouter les gouvernements qui depuis 30 ans se sont succédés à la tête de 195 pays. Ce qui fait quand même beaucoup de monde pour conserver pendant 30 ans un mensonge planétaire !

        Sinon, on peut jeter un œil sur quelques pages Wiki (coproduites par des agents de la CIA travaillant sous les ordres des lézards extraterrestres) :

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_d%27experts_intergouvernemental_sur_l%27%C3%A9volution_du_climat

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_complot

        Il faut toujours se méfier de ce qu’on a envie de croire a priori…

      2. Bon sang, les « aborigènes d’Europe » ! Rien que le nom de ces site est d’une crétinerie absolue, surtout sur ce continent aux croisés des routes migratoires. Décidément internet est cafi de crétins.

  3. Bonjour François Leclerc, quoi de neuf sur le front du Brexit ? Il parait qu’un accord de principe aurait été signé ce Week-end à Bruxelles – bien sûr, dont les termes sont gardés dans le plus grand secret des citoyens européens…dans la plus pure tradition bruxelloise. Mais ça doit être pour notre bien ! Alors quoi ? Evènement majeur, qui passe sous les radards des nos très chers journalistes ? Un détail de l’histoire….. Mais c’est vrai, pour nous « la perfide Albion » n’est qu’une ile un peu à part du vieux continent….Enfin, sérieusement, à quoi aboutit l’accord et quels pourront être les conséquences ? Merci !!

    1. L’accord (qui n’est en fait qu’un accord provisoire destiné à laisser le temps de négocier un accord définitif) doit maintenant être validé par le Parlement. Pour qu’il soit validé il faudrait que Mme May parvienne à faire changer d’avis une soixantaine de députés d’ici une quinzaine de jours, ce que à quoi personne ne semble croire. Si elle n’y parvient pas c’est le brouillard total, les issues envisagées allant d’une sortie sans accord (le hard brexit) au retour dans l’UE à la suite d’un second référendum, une solution intermédiaire étant l’élection d’un nouveau Parlement.

  4. Lu en effet un article dans l’Echo. Mais qu’en est il de la validation côté UE ? Juste un vote du parlement européen ? N’est-ce pas un accord de type « compétence partagée  » , donc concernant également les parlements nationaux ? On dirait en effet que le parti pris de l’accord est de reporter beaucoup de questions à plus tard…. Une sorte de prés-accord….Rien compris concernant les deux Irlandes….Et rien compris concernant les résidents étrangers des deux bords….

  5. …/…
    Cette nouvelle méthode reposant sur l’analyse de faits intervenus, ainsi que sur l’examen pluridisciplinaire des risques croisés, est appelée à un grand avenir.
    …/…
    Est-il vraiment pertinent de considérer les faits intervenus historiquement dans la mesure où le dérèglement climatique est et sera tout sauf linéaire ?
    Il faut s’attendre à des sauts, des bifurcations, des transitions de phases, et que sais-je encore.
    Il est impératif de décréter l’état d’urgence et d’organiser une économie de guerre sans utilisation des énergies carbonées.

  6. Dans votre liste des menaces susceptibles de déclencher une crise financière , vous ne parlez pas de la bulle immobilière chinoise (50 millions de logements vides cf le blog Les Crises)?

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