Europe, morne plaine

La politique européenne est devenue une véritable guerre de tranchée, car rien ne bouge. C’est de circonstance, une guerre de position s’est instaurée sur tous les thèmes agités. Le prochain sommet s’approche, en décembre.

Dernier épisode, le projet de création d’une armée européenne d’Emmanuel Macron, une arlésienne, relevée comme « insultante » par Donald Trump. Le préalable d’une harmonisation de la politique européenne n’étant pas franchement rempli, cela ne pouvait prétendre au mieux qu’au rang de vision. Des mots, toujours des mots…

Simultanément, la confusion règne à propos de la réforme des accords de Dublin, qui n’ont pas résisté à l’épreuve du feu. Les gouvernements italiens et français jouent chacun leur partie dans un contexte libyen toujours aussi insaisissable, alors que sur tous les autres points de désaccord aucune avancée n’est perceptible. Les rencontres et conférences se suivent, mais rien n’en ressort si ce n’est l’absence persistante de toute politique migratoire européenne.

Le coup de semonce du ministre français Bruno Le Maire n’a pas produit d’effets tangibles. Il était pourtant moins ambitieux qu’il a quelques mois, ne demandant plus dans l’immédiat au gouvernement allemand que la reconnaissance du principe d’un budget de la zone euro, la finalisation de l’Union bancaire et la taxation des géants numériques. Nous ramenant au point de départ, lorsqu’il était pronostiqué à tort qu’Angela Merkel pourrait faire un geste en direction d’Emmanuel Macron, qu’il attend toujours. Celle-ci, obnubilée par la défense des exportations de voitures allemandes, continue de freiner toute adoption d’une taxe européenne.

D’autres interrogations sont survenues. La chancelière accomplira-t-elle son mandat jusqu’à son terme en 2021 ? Et si l’élection de Friedrich Merz à la tête de la CDU, se confirme en décembre prochain, celui-ci donnera-t-il au gouvernement français la réponse vainement espérée ? Que pourra-t-il concéder qui ne remette pas en question le corps doctrinal allemand ? La situation actuelle renvoie aux longs mois d’incertitude qui ont préludé à la formation de la dernière grande coalition à Berlin. Attendre, toujours attendre…

L’Union européenne se démantèle. C’est l’heure des groupes de pression. Celui de Višegrad s’est constitué à la faveur de l’opposition radicale de la Hongrie, de la Pologne, de la Tchéquie et de la Slovaquie à tout accueil des réfugiés. Et quand il ne s’agit pas d’États, un club informel baptisé « hanséatique » en mémoire de la Ligue d’antan regroupe des hauts fonctionnaires, des diplomates et des ministres des Finances baltes, nordiques et irlandais agrippés à une conception de l’Europe opposée à celle d’Emmanuel Macron.

Reste le plus gros morceau, car le plus lourd de conséquences dans un proche avenir : que peut-il sortir de la confrontation budgétaire à fleurets mouchetés entre la Commission et la coalition italienne ? La situation politique italienne est instable, constamment parcourue par des conflits quasi-permanents entre la Ligue et le Mouvement des 5 étoiles. Nouveauté à signaler, la première céderait un peu de terrain selon un sondage, tandis que le second en reprendrait, tout en concédant toujours la première place, le score très proche des deux partis restant dans la marge d’erreur. Mais les dirigeants de la Ligue sont peut-être moins chauds dorénavant à l’idée de précipiter de nouvelles élections.

Il se confirme bien, selon les chiffres de la Banque des règlements internationaux, que les banques françaises sont de très loin les plus exposées en Europe au risque italien dans tous les compartiments du marché : dette souveraine, crédit aux entreprises non financières et aux banques. Une mention particulière doit être faite au volume des garanties accordées et aux positions sur le marché des produits dérivés.

C’est par les banques italiennes que le malheur pourrait arriver si les pressions du marché aboutissaient à une forte appréciation du spread entre les titres souverains allemands et italiens. Pour essayer de les renforcer, fragilisées par la détention de crédits non remboursés et de titres abondants de la dette publique italienne, les cinq plus grandes banques italiennes renforcent le fonds de garantie des dépôts à hauteur de 2,75 milliards d’euros en vue d’éviter des retraits des dépôts dans la panique.

Mais on est loin du compte, et l’attitude de la BCE sera déterminante pour éviter un écroulement final. Or elle ne dit mot. Et à l’exception du commissaire Pierre Moscovici, qui ne peut s’esquiver étant donné ses fonctions, aucun dirigeant européen ne se précipite pour évoquer le cas de l’Italie, sauf pour énoncer des principes généraux offrant peu de recours dans la situation présente.

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5 réflexions au sujet de « Europe, morne plaine »

  1. Si la situation politique italienne est instable, la française semble aller dans le mur.
    Le mouvement des gilets rouge a déjà gagné, le gouvernement semblant être pris de panique au vu de la généralisation de l’expression du mécontentement.
    Si le peuple prend conscience de sa force, la fin de l’année et surtout 2019 avec la réforme des retraites qui paupérisera nombre de nos concitoyens risque d’être la goutte d’eau faisant déborder le vase.
    Surtout si les élections européennes tournent au fiasco.

    1. @ JPM

      « …Le mouvement des gilets rouge a déjà gagné, le gouvernement semblant être pris de panique au vu de la généralisation de l’expression du mécontentement… »

      Plaisant cette confusion dans les couleurs. Mais pour qu’il y ait des « gilets rouges », encore faudrait-il que les directions des organisations de gauche ( partis syndicats ), cessent d’être le flanc gauche de la macronie, ces patriotes comme ils se font appeler à présent.

      La gauche, en poursuivant la concertation autours des réformes ultra libérales , négocier une réforme c’est en accepter la philosophie, en méprisant et en se tenant à distance du mouvement des « gilets jaunes », il est faux et injurieux de dire que les mécontents marchent déjà au pas de l’oie, bref en se montrant plus patriotes encore que les patriotes, est entrain d’offrir sur un plateau à très court terme, le pouvoir à la droite de la droite et à l’extrême droite, ceux qui se font nommer les nationalistes.

      Nous sommes entrain de vivre en France exactement le même scénario en cours en Italie, au Brésil et un peu partout dans le monde.

      Honte aux chefs de la gauche qui eux seuls sont responsables de l’anxiété générale du moment. Qui refusant de se mettre à la tête des mécontents rend un service inestimable à la réaction !

      Patriotisme ou nationalisme ? voilà l’alternative bourgeoise et réactionnaire à laquelle la trahison des chefs de la gauche contraint les travailleurs. Là est le danger principal !

      François nous dit que les patriotes sont à la peine : « …La politique européenne est devenue une véritable guerre de tranchée, car rien ne bouge… ».

      Peut être , même si comme par hasard, Merkel parle depuis peu de la perspective d’une armée européenne, May trouve un accord miraculeux de dernière minute avec Bruxelles, Danilo Toninelli (ministre des transports italiens ) , semble laisser penser que Paris et Rome peuvent s’entendre enfin, autours d’une politique de grands travaux entre Lyon et Turin.

      Ça bouge chez les patriotes ! Ça bouge aussi chez les nationalistes ! sans doute ces messieurs se sentent pousser des ailes et se rêvent déjà en Bolsonaro !

      Toutes ces nouvelles fraîches semblent prouver, que sentant le souffle des peuples européens dans leur nuque, à titre d’exemple la colère des gilets jaunes, les patriotes jouent leur va tout. Il faut dire que ce qui est en jeu c’est leurs places à la tête des Etats en Europe ! Les nationalistes sortent de plus en plus franchement de leur réserve.

      Nous ne devons pas nous en réjouir. Cette lutte des places qui provisoirement efface la lutte des classes, n’est porteuse d’aucun avenir pour nous !

      Quand bien même cet automne les patriotes réussiraient-ils à se sortir de cette mauvaise passe, la finalité de leur politique reste et restera catastrophique sur le plan social et écologique, dangereuse fondamentalement quant aux tensions géo politiques et guerrière qu’elle provoquera à l’ouest.

      Quand bien même cet automne les nationalistes réussiraient-ils à ébranler les patriotes en place, et à s’ouvrir le pouvoir, suite aux élections européennes du printemps, la finalité de leur politique reste et restera catastrophique sur le plan social et écologique, dangereuse fondamentalement quant aux tensions géo politiques et guerrière qu’elle provoquera à l’est.

      L’Europe des capitalistes est cernée. Soit les patriotes se fâchent avec Trump, soit les nationalistes se fâchent avec les ennemis de Trump, qui sont en la circonstance plutôt en Russie et en Chine, à l’est.

      Les nationaliste européens, en premier lieu le gouvernement polonais, aiment bien Trump.

      Mais que les maréchal nous voilà viennent nous expliquer jusqu’à quel point les européens devront coller à la politique de ce fou !

      Mais que Macron sur son porte avion vienne expliquer aux français jusqu’à point la politique de rigueur de Merkel est de nature à inciter les peuples européens à s’opposer au même fou !

      La gauche, qui historiquement est l’expression politique de la petite bourgeoisie éclairée, du prolétariat et de la jeunesse, n’a rien à gagner à se laisser accrocher à l’un ou l’autre de ces chariots roulant vers l’abîme.

      Elle doit rompre avec l’un comme avec l’autre.

      Il faut rassembler, expliquer et construire un grand parti ouvrier révolutionnaire supra national autours de la perspective des Etats Unis Socialiste d’Europe.

      Je salue ce blog en ce sens.

      Le seul patriotisme acceptable est un patriotisme sans frontière et sans propriété !

  2. https://www.anti-k.org/2018/11/18/17-novembre-les-organisations-du-mouvement-ouvrier-doivent-prendre-leur-responsabilites-et-appeler-a-continuer-la-mobilisation/

    « …Ce 17 novembre, les organisations du mouvement ouvrier ont failli à leur taches. Martinez, complètement déconnecté de la réalité à force d’aller à Matignon négocier le recul social, a, par ses prises de positions, contribué à favoriser l’extrême droite dans les manifestations tout en se coupant probablement définitivement d’une partie des manifestant.e.s présent.e.s. Notre parti, le NPA, a dans un premier temps pris une position gravement erronée, proche de celle des bureaucraties syndicales, en tentant de convaincre les travailleurs/ses de ne pas participer à la mobilisation du 17 novembre… »

    Alors le samedi 24 novembre prochain, afin de ne pas comme Martinez favoriser l’extrême droite, tous sur la Place de la Concorde !

    https://www.facebook.com/events/2144555945602651/

    Il faut mettre un coup de grâce et tous monté sur paris par tous les moyens possibles ( covoiturage , train ,bus, etc….)

    Paris parce que, c’est ici que ce trouve le gouvernement !!!!

    Nous attendons tout le monde,camion bus taxi VTC agriculteurs etc. …. Tout le monde !!!!!!

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