L’inexorable poids de la dette américaine

Le décor de la deuxième partie de mandat de Donald Trump est planté. Sans attendre, la perspective de sa réélection dans deux ans fait l’objet de nos commentaires après avoir constaté qu’il est déjà entré en campagne. Quel programme soutenu par quel candidat lui seront opposés par un parti démocrate qui a débuté sa mutation à la base mais pas au sommet ? Et surtout, dans quel état l’économie américaine se trouvera-t-elle alors, lui donnant ou pas l’opportunité d’à nouveau s’en prévaloir ?

La croissance dont celle-ci bénéficie est-elle ou non un feu de paille résultant de la baisse de plus 30% de l’impôt sur les sociétés et de l’augmentation des crédits militaires ? Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor, défend l’hypothèse d’atteindre une croissance durable de 3% permettant de réduire le déficit. Une prévision toutefois optimiste pour le FMI et pour la Fed, cette dernière s’en tenant à 2,5% dès 2019.

Le pari de Donald Trump est loin d’être gagné. Pour l’instant, il s’est contenté de creuser le déficit budgétaire de 17% et l’a rendu proche des mille milliards de dollars. Et de faire progresser le montant de la dette de l’État, qui va atteindre celui du produit national brut, soit plus de 20.000 milliards de dollars.

La hausse des taux de la Fed et le début de la réduction du volume des Bons du Trésor qu’elle détient ne sont pas pour rien dans cette nouvelle épure. La Fed, qui a relevé le coût de l’argent d’un quart de point de pourcentage (0,25%) trois fois cette année, et six fois depuis l’élection de Donald Trump, pourrait continuer en décembre prochain. En dépit des vifs reproches du président américain, elle a en effet annoncé d’autres hausses graduelles. Elle a également cessé d’investir dans l’achat mensuel de 30 milliards de titres de la dette.

Mais le plus gros déboursement budgétaire est venu de la hausse des taux d’intérêts sur la dette et de son impact sur son service. Le Bureau du budget du Congrès (CBO) s’en inquiète, considérant que les taux actuels sont historiquement bas et ne peuvent que monter, déjà que son montant quotidien est de 1,4 milliards de dollars ! Selon le CBO, son montant aura triplé en 2028, si l’on prend comme hypothèse un taux de 3,7% pour les titres à dix ans et de 2,8% pour ceux à trois mois, et il dépassera les crédits militaires.

D’ores et déjà, la maturité moyenne de la dette publique américaine est de six ans, nettement moindre que celle de la majorité des pays européens. Pour financer ses besoins à moindre coût, l’administration américaine met l’accent sur l’émission de titres à court terme (2, 3 et 5 ans), et pour attirer les investisseurs va émettre des nouveaux bons à 5 ans indexés sur l’inflation. Mais il y a un revers à la médaille : si le coût est moindre dans l’immédiat, le coût du roulement de la dette, qui interviendra plus souvent, sera dépendant de la hausse générale des taux. Concrétisant cette politique Steven Mnuchin a déjà annoncé ses intentions de prochainement émettre pour 83 milliards de dollars de titres, un record, dont au moins la moitié seraient des titres à trois ans.

Si le statut privilégié du dollar et son rôle dans le commerce international assurent aux États-Unis qu’ils peuvent par tous les moyens retarder le moment fatidique où il faudra négocier un nouveau système monétaire international, l’endettement américain va peser de plus en plus lourd dans le budget. Et cela inexorablement. Qu’est-ce qui en sonnera la fin ?

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3 réflexions au sujet de « L’inexorable poids de la dette américaine »

  1. Merci d’aborder le sujet de la croissance et de la dette américaine. Car, au-delà des gesticulations, des provocations (certainement volontaires) et de la forme agressive de Trump, l’argument massue est quand, vous ou certains de vos proches retrouvent un emploi, ou que la conjoncture parvient à relancer l’activité de l’entreprise où vous travaillez, à redynamiser l’économie locale ou à soutenir le niveau des salaires. Qu’en est-il réellement ? Déjà, j’ai lu des chiffres très différents sur la croissance annuelle enregistrée par les US : allant de 4,8 % (?!) à 3,1%…. Ainsi que sur les chiffres du chômage : officiellement très bas (4%), mais avec un taux d’activité de la population en âge de travailler, qui, il semblerait, se dégraderaient plutôt. Et quid des indicateurs comme le taux de pauvreté, la diminution de l’espérance de vie, mais aussi le taux d’endettement privé, etc… Bref, on nage un peu, ce qui permet au final de ne plus comprendre grand chose, ou du moins, de se laisser un peu trop convaincre en fonction de préjugés ou de la qualité des orateurs, quels que soient leurs bords…
    Aussi, une autre réflexion qui vient à lire ce billet, c’est l’impression que Trump (ou du moins son entourage) a finalement joué la relance par une baisse fiscale et une augmentation de la dépense publique (principalement au travers du budget militaire, au sens large…) ; on aimerait bien mettre en rapport le montant du creusement du déficit et de la dette avec celui annoncé de la croissance, bien que ces deux termes recouvrent des éléments disparates (de quoi est faite la dette, et de quoi est faite la croissance), pas forcément congruants. Bref, le quidam que je suis reste pour l’instant perplexe sur cette situation économique des US, en tout cas à faire palir les pays de l’UE, et au-delà…..et aussi, à faire douter (si cela n’avait pas été déjà le cas depuis longtemps) de la doxa économique prêchée invariablement et autoritairement par l’UE…

  2. Bonsoir,

    Ce qui frappant aux USA, c’est le fait que le plein emploi revendiqué par l’administration Trump ne se traduise pas par une diminution de la dette, ce qui est très certainement un cas unique dans l’histoire moderne.

    J’y vois plusieurs explications :
    -le taux de participation est à un plus bas historique ; cela permet de manipuler les chiffres du chômage.
    -la robotisation et la digitalisation de l’économie qui condamnent une grande partie de la population à des bullshit jobs.
    -les récentes réformes fiscales qui creusent les inégalités et permettent une concentration de la richesse.
    -L’évasion fiscale qui ampute encore davantage les revenus de l’état.

    Bref, avec ces remarques, le tableau est en réalité franchement inquiétant. A noter que la plupart de ces remarquent pouvaient également être formulées pour l’administration Obama.

  3. Vous devriez ajouter que la moitié du déficit budgétaire, proche des mille milliards de dollars comprend le déficit de la balance commerciale américaine de plus de la moitié : 570 mds$ pour 2017 (source EPR février 2018).
    Vous pouvez observer par ailleurs que la dette américaine de plus de 20.000 mds$ contient un déficit cumulé de la balance des échanges commerciaux de 11.750 milliards de 1980 à 2017 (même source).
    En résumé, Trump n’a rien à y voir.

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