Qu’avons-nous en magasin ?

La croissance économique européenne s’essouffle, le Royaume Uni s’engage dans un mauvais divorce avec l’Union européenne et l’Italie est sommée sans succès de respecter des règles budgétaires intangibles et malfaisantes. L’extrême-droite et la xénophobie progressent, alimentées par une crise sociale rampante. Les effets de la croisade commerciale de Donald Trump sont encore attendus. La relance de l’Union étant bloquée, son démantèlement se poursuit.

Face à ce panorama peu réjouissant, l’absence totale de plan « B » est frappant. Que ce soit de la part des pro-business qui ne voient pas leur prédiction de relance réalisée, ou de ceux qui rejettent leur politique sans formuler de perspective alternative mobilisatrice. Cela vaut condamnation et est ressenti comme tel.

Dans l’immédiat, qu’attendre de l’Italie ? À y regarder de plus près, le gouvernement italien a prévu des marges de manœuvre pour négocier avec Bruxelles. Il pourra jouer des imprécisions des mesures inscrites à son projet de budget afin de contenir le déficit si les recettes s’avèrent inférieures aux prévisions, tout en prétendant mordicus s’en tenir à celui-ci.

Derrière cet affrontement s’en cache un autre. Matteo Salvini a pris l’ascendant sur Luigi Di Maio dans l’opinion, et la Ligue devance désormais nettement le Mouvement des 5 étoiles dans les sondages. Cela augure, à la première occasion, de la tenue d’élections afin de capitaliser sur ce nouveau rapport de force, et de renouer avec Forza Italia de Silvio Berlusconi. Une nouvelle coalition très marquée à l’extrême-droite et accueillant Fratelli d’Italia en serait l’aboutissement naturel. Elle aurait l’avantage de supprimer le financement des promesses électorales du Mouvement des 5 étoiles, les plus dispendieuses, et de rapprocher les bords de la plaie budgétaire…

L’Espagne a disparu des titres de la presse, mais ce n’est que partie remise. La situation en Italie accaparant les médias, le premier ministre socialiste Pedro Sanchez en profite. Son gouvernement minoritaire ne tient toujours qu’à un fil, bénéficiant de soutiens disparates. Mais va-t-il parvenir à faire adopter le budget 2019 et à engager avec les indépendantistes catalans un dialogue ?

Pour les vingt mois d’ici la législature, et au-delà, un pacte détaillé a été signé entre le PSOE et Podemos, assorti d’une augmentation du salaire minimum, qui vaut programme de gouvernement. Mais les deux formations n’ont pas la majorité aux Cortes, ce qui implique le fragile soutien des nationalistes basques de droite du PNV, ainsi que du PDeCAT et de l’ERC catalans. L’année prochaine sera décisive, avec les élections municipales, régionales et européennes, ainsi que nationales le cas échéant. Sauf inattendu, l’Espagne montera en « une » l’année prochaine, dans un contexte imprévisible.

Ce qui peut être attendu du départ d’Angela Merkel est la question centrale. Atteindra-t-elle d’ailleurs la fin de son mandat ? La campagne pour sa succession est lancée et l’élection du nouveau président de la CDU à son congrès de décembre prochain pourrait éclaircir le paysage. Le gouvernement français se raccroche cette fois encore à l’idée d’un poulain dont il pourrait attendre moins d’indécision que la chancelière et croit l’avoir trouvé avec Friedrich Merz. Celui-ci a déclaré qu’Emmanuel Macron mérite «  plus » de réponses à ses propositions de relance européenne, c’est maigre…  Il aurait le soutien du monde des affaires, soucieux à ce titre de la cohésion européenne, et dirige depuis 2016 l’organe de contrôle de la filiale allemande de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde.

Mais, dans un pays à ce point imprégné des dogmes de l’ordolibéralisme, il ne peut être attendu que des accommodements à la marge qui ne reviendront pas sur l’obligation de ramener le déficit à zéro et l’endettement à 60% du PIB ainsi que sur l’interdit de toute mutualisation en attendant. Réduite au mieux à des mesures symboliques, la relance de la construction européenne se résumera à un habillage destiné à masquer le rôle prépondérant de l’Allemagne, qui ne tient pas à l’assumer.

Se protéger des réfugiés s’annonce être un grand thème de la campagne européenne. Les électeurs sont désormais contaminés par la crainte d’une vague d’émigration qui a été pourtant bloquée, conscients de la fragilité des digues et de la force de la pression.

Les dirigeants européens se sont pris à leur propre piège en attisant la peur consécutive aux attentats, puis en distillant ou en laissant se répandre un amalgame entre terroristes et réfugiés. Pour finalement récolter une forte réaction populiste dont ils font les frais électoraux. Les réfugiés, cette proie facile, ont détourné le choc qui aurait dû atteindre les responsables de la crise, les vieux fonds xénophobes latents ne demandant qu’à être réveillés par l’extrême-droite. Un schéma connu et éprouvé.

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4 réflexions au sujet de « Qu’avons-nous en magasin ? »

  1. Suivant l’expression d’un ami italien, un vent sud-américain plane sur l’Italie… Mais pour compléter ce panorama, il serait intéressant de poursuivre le petit tour d’Europe: qu’en est-il des autres pays, la Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Pologne, Autriche, Slovénie, Croatie (sic !) ; mais aussi des pays baltes, des Pays-Bas, des pays scandinaves, de la Belgique, des pays plus à l’Est (Bulgarie, Roumanie)…..etc…?

    1. Pour info, quelque soit le sens du vent, Pologne, Tchéquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Croatie, et aussi la Suède (je crois), sont normalement ‘obligés’ d’adopter l’euro, mais aucune date n’est réellement fixée…! 🙂

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