Les facettes de la pauvreté américaine

La remarque est devenue banale depuis que l’on sait mieux de quoi on parle : les États-Unis sont un pays riche où survivent beaucoup de pauvres. L’OCDE le confirme encore dans une note sur la pauvreté infantile qui classe le pays parmi ceux où un cinquième des enfants la subissent. Et ce taux progresse.

De nombreux éclairages documentent cette gigantesque pauvreté, à commencer par les 46 millions d’américains qui se nourrissent grâce aux food stamps du gouvernement fédéral. Ou à considérer l’accroissement du crédit à la consommation ou automobile afin de maintenir un niveau de vie plus à portée. Ou bien encore le plein emploi revendiqué qui est contredit par le taux de la participation au marché du travail. Selon les chiffres du Bureau of Labor Statistics (BLS), 23 millions d’adultes inactifs de 25 à 54 ans qui ne sont pas tous de prospères rentiers échappent totalement aux statistiques sur l’emploi .

L’emploi des personnes âgées offre une autre vision saisissante. Selon le bureau des statistiques américaines, le taux d’activité des personnes âgées de 75 ans et plus est passé de 5,3% en 2000 à 8,3% en 2017. Celui des 80 ans et plus est passé de 3,2% à 6%. À quoi occupent-ils les années qui leur restent à vivre ? Ils rangent les chariots à bagages des aéroports, emballent des colis, nettoient à l’aube les bureaux d’entreprises, vendent des vêtements ou sont caissiers dans des supermarchés. Dans le meilleur des cas, ils continuent à exercer en tant que professeurs, avocats et médecins. Mais, en règle générale, il ne fait pas bon d’être vétéran aux États-Unis, que ce soit d’une quelconque guerre ou du travail. L’accroissement de ces derniers est un stigmate de la crise financière. L’effondrement des marchés financiers et immobiliers a fait un sort à l’épargne des baby-boomers qui s’approchaient de la retraite. Et, pour payer les dépenses santé, et en générale les factures, continuer à travailler vaille que vaille est indispensable.

L’actualité est régulièrement défrayée par l’annonce d’un milliardaire qui consacre une partie de sa fortune à des œuvres philanthropiques. Le geste n’est pas nouveau chez les grands barons du capitalisme américain, mais il fait débat chez les nouveaux venus, les patrons d’Uber, Twitter ou Airbnb. Ceux-ci s’opposent à une proposition de taxation des grandes entreprises « high tech » de l’un d’entre eux – le patron de Salesforce – afin de financer l’aide aux milliers de sans-abris qui hantent les rues de San Francisco.

Partout où sont implantés les géants de la nouvelle économie, Apple, Facebook ou Google, Starbucks ou Amazon, une explosion des prix de l’immobilier est constatée, créant une crise du logement sans appel et accroissant la masse des sans-abris. À Seattle, un projet de taxe sur les entreprises avait également vu le jour, mais a dû être abandonné sous la pression de Starbucks et d’Amazon.

Les mécanismes de production de la richesse et de la pauvreté sont les mêmes.

 

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