Le capitalisme condamné à vivre d’expédients

Le livre des recettes macro-économiques disponibles est bien mince. On en revient toujours au même sempiternel remède de la croissance salvatrice, et la réunion annuelle du FMI à Bali n’y a pas dérogé.

Pointant du doigt une « combinaison inédite » de risques, le FMI se veut néanmoins rassurant en faisant état d’un niveau de croissance mondial suffisamment solide pour absorber le choc. Après une diminution de 0,2% des prévisions, 3,7% sont encore attendus cette année et l’année prochaine. Si l’on comprend bien, la croissance de l’économie n’a plus pour objet d’améliorer le bien-être social mais de palier aux dysfonctionnements du système. Drôle d’époque ! Tout comme l’éducation est dans les pays émergents le remède passe-partout aux inégalités.

Face aux dangers que dissimulent l’opacité du shadow banking et à l’envolée de l’endettement public et privé, il a été une fois de plus préconisé à Bali d’accroitre les réserves budgétaires en réduisant les dépenses afin de diminuer la dette publique. Il se confirme que la croissance est destinée à pallier à l’absence de régulation de la partie du système financier en pleine expansion.

Le gouverneur de la Banque de France Villeroy de Galhau a traduit l’urgence du désendettement par une formule destinée à convaincre les nigauds : « c’est quand il fait beau qu’il faut réparer le toit ». En réalité, croissance de l’économie et de l’endettement vont de pair. La seconde est devenue le principal levier de la première. Le parasitisme du capitalisme financier n’a pas de limites.

La dette publique et privée a atteint l’année dernière deux fois le montant du PIB mondial et cela ne prend pas le chemin de s’arrêter. Il est à cet égard symptomatique que l’on ne parle que de la diminution de la dette publique, et non pas de l’arrêt du gonflement de la dette publique et privée. Ce qui inciterait à s’interroger sur ses causes au lieu de se contenter de vilipender l’État dispendieux pour justifier la réduction de son périmètre d’intervention.

Pour rompre avec ces histoires destinées à l’endormissement des enfants, la hausse des taux de la Fed représente un facteur de risque, clairement identifié par le FMI, en raison de la forte pression qu’elle exerce sur les marchés émergents, comme on l’observe déjà en Argentine et en Turquie. Mais Jerome Powell, le président de la Fed, n’a pas fait mystère à Bali de son intention de la poursuivre. Il est donc admis du bout des lèvres, comme un moindre mal, que les pays émergents vont si nécessaire pouvoir « jouer de la flexibilité de leur taux de change » – l’arme de la dévaluation compétitive pour l’appeler par son nom – ou adopter des mesures d’encadrement des mouvements de capitaux, c’est à dire porter atteinte à leur circulation.

C’est dire que si les membres du FMI ont cru devoir s’engager à Bali à ne pas entrer dans la «  guerre des devises », c’est que la tentation existe dans le cadre du chacun pour soi et de la fin du multilatéralisme triomphant. Comment cela pourrait-il être évité ? À terme, demandant un grand doigté, le système monétaire international devra tenir compte de l’évolution des rapports de force, suite au classement de la Chine à la première place des puissances économiques mondiales. Donald Trump peut le retarder, pas l’empêcher, sa bataille contre le déclin américain est d’arrière-garde.

La crise du capitalisme financier est une histoire de longue haleine. L’incapacité à trouver des remèdes aux déséquilibres qu’il suscite, car cela impliquerait de se remettre en cause, le condamne à vivre d’expédients en attendant la prochaine crise aigüe.

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