Le fossé s’agrandit entre le discours et la réalité

Que va-t-il rester aux chefs d’État et de gouvernement à décider lors de leur prochain sommet consacré aux réfugiés ? S’ils partagent la même volonté de limiter au maximum leur afflux, ils s’étripent sur la façon d’y parvenir et la montagne accouche d’une souris. Avec comme avantage que l’on ne parle pas d’autre chose.

À leur actif, ils peuvent mettre le soutien à la création de la zone maritime de recherche et de secours (SAR) de la Libye. L’objectif poursuivi est qu’il ne soit pas fait appel aux navires des ONG et de favoriser la récupération loin en mer des réfugiés par les garde-côtes libyens, afin de les débarquer dans un port du pays d’où ils seront renvoyés dans un camp. Ce qui revient à les refouler en violation de la règlementation maritime, mais qui s’en soucie ?

Pour la suite, aucun des différents plans ne tient la route. À commencer par celui de la Commission qui prévoit un fort renforcement de Frontex, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. La période n’est pas favorable aux pertes de souveraineté.

Deux autres plans ont d’ores et déjà sombré corps et âmes. Faute de candidats, il n’est pas envisageable de créer dans un ou plusieurs pays européens des centres de tri des réfugiés qui parviennent malgré tout en Europe, afin de déterminer ceux qui peuvent bénéficier de l’asile. L’implantation de tels centres sur le pourtour méditerranéen – l’Égypte était particulièrement en vue – s’est également heurtée à des fins de non-recevoir catégoriques.

Que reste-t-il à décider ? Faute de mieux, il serait en désespoir de cause tenté de mettre en place un dispositif faisant appel à la solidarité des États membres de Schengen. Pour intéresser la partie, ceux qui accueilleraient des centres de tri bénéficieraient d’une aide financière et de diverses expertises. Mais, si ce système voyait le jour, il resterait à trouver une solution à deux derniers problèmes : comment répartir les réfugiés bénéficiant de l’asile, et comment refouler vers leur pays d’origine ceux qui sont déboutés ? On retombe toujours sur les mêmes impasses.

Comme l’avait annoncé Angela Merkel dès le démarrage de la crise, rien ne peut arrêter un exode de l’amplitude que l’on a connu et qui se poursuit malgré toutes les tentatives de fermer les routes qu’il continue d’emprunter.

En dépit de la vigilance et de la brutalité des garde-côtes marocains, l’Espagne est devenue le principal point d’accès à l’Europe. 40.000 réfugiés y sont parvenus depuis le début de l’année. Rapporté à la population des pays de la zone Schengen, accueillir tous les 100.000 réfugiés qui sont arrivés en Europe, voire plus, est parfaitement gérable, mais dans le climat politique actuel même l’accueil de chaque petit groupe de réfugiés devient un problème quasi insurmontable, comme on l’a vu quand il fallut se partager quelques petites dizaines de naufragés.

Il ne déplait pas nécessairement aux dirigeants européens de projeter sur le devant de la scène leurs désaccords afin de détourner l’attention des opinions publiques d’une fâcheuse constatation : contrairement à leurs promesses, aucun réveil économique tangible ne se manifeste, signe de la faillite de leur politique. Les élections européennes ne vont pas être l’occasion d’un grand débat au profit, plus prosaïquement, de la poursuite de la profonde mutation politique en cours. Sans que cela annonce un quelconque changement de politique européenne. Ils vont continuer à éveiller dans l’opinion publique de mauvais instincts et à en porter la responsabilité.

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Une réflexion sur « Le fossé s’agrandit entre le discours et la réalité »

  1. « Il ne déplait pas nécessairement aux dirigeants européens de projeter sur le devant de la scène leurs désaccords afin de détourner l’attention des opinions publiques d’une fâcheuse constatation : contrairement à leurs promesses, aucun réveil économique tangible ne se manifeste, signe de la faillite de leur politique. »

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