Les objets connectés sujets d’un grand délire

On hésite à aborder ce monde des objets connectés tant il est annoncé allant être merveilleux. Les promesses liées aux innovations technologiques pleuvent, le marketing des objets et des services du futur devançant leur lancement… et la sanction des utilisateurs.

Lamartine a fait plancher des générations de collégiens en s’interrogeant sur l’âme des objets inanimés. À défaut d’âme, les objets connectés s’annoncent comme le prolongement naturel de la vente en ligne, au service de transactions dont ils permettront la commande plus ou moins automatisée. Car, on s’en doutait, leur but principal est commercial. Les projections de leur parc dans un futur proche donnent le tournis, il est question de 24 milliards d’entre eux d’ici 2020, donnant à ce nouveau monde toute la respectabilité due à un énorme marché naissant. Encore un de ces chiffres invérifiable calculé sur le dos d’une enveloppe qui permet toutefois d’appréhender le caractère massif du phénomène et l’importance des changements de comportement qui peuvent en être attendu.

Un tel développement fulgurant pose immédiatement la question de la sécurité des communications générées par ces objets d’un nouveau genre, ainsi que celles de leur utilisation. Elle est reconnue comme étant un point faible, accentué par le foisonnement des protocoles et de développements engagés dans la hâte afin de bénéficier de la prime au premier arrivant sur le marché. La Blockchain est bien entendu appelée à la rescousse, avec comme objectif de garantir l’intégrité des données transmises par les objets connectés, ou même entre ceux-ci. Le monde de demain ne peut être décrit que parfait.

Que l’on en juge, la borne de recharge des véhicules électriques facturera la consommation, mais elle fournira aussi des données sur l’utilisation du véhicule à une société de leasing, une compagnie d’assurance et un gestionnaire de parking. D’une manière générale, les données transmises par les objets connectés devront permettre de détecter les fraudes lorsqu’il y a transaction. La traçabilité des utilisateurs est appelée à un grand avenir.

Ce qui se prépare avec ferveur renvoie donc à l’interrogation, qui a heureusement pris de l’ampleur, sur l’utilisation et la propriété des données, qu’il faudra étendre à celle des données de nos objets connectés pour se mettre au goût du jour. Mais aussi à la grande faiblesse d’un système qui repose entièrement sur Internet et ne dispose pas de redondance. Comme si la société moderne ne cessait d’accentuer ses facteurs de fragilité.

Les sociétés de marketing vont nous faire partager le rêve d’objets pourvus de degrés d’autonomie affirmés afin de nous décharger des tâches asservissantes allant leur être déléguées, réagissant aux évènements et prenant des décisions de manière de plus en plus autonome. Les objets connectés vont être présentés comme fonctionnels et toute la créativité nécessaire va être mise à profit pour en créer le besoin.

Ce n’est pas seulement le monde du Big data qui est convoqué pour en convaincre, mais aussi celui des algorithmes, tout aussi prometteur mais source de légitimes inquiétudes à propos de leurs biais, leur impénétrabilité et leur contrôle. Ce dernier impliquant, si l’on veut bien y réfléchir, la création d’organisations internationales ayant la même mission que celles qui régissent la santé.

Dans l’immédiat, Amazon a pris naturellement les devants avec ses « Dash buttons » (tableaux de bord), petites commandes déportées permettent d’acheter certains produits via un réseau wifi local, puis internet. Exemple, la commande de lessive est fixée par adhérence à la machine à laver le linge, une manière habile de tester le marché des objets connectés avant même qu’ils n’existent.

Il va y avoir du boulot pour que cet avenir soit radieux.

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5 réflexions au sujet de « Les objets connectés sujets d’un grand délire »

  1. Un exemple (déjà en fonction aux USA) qui m’a paru tout à fait remarquable: la voiture achetée à crédit qui refuse de démarrer parce qu’on est en retard dans le payement des mensualités.

    Les nouveaux compteurs Linky permettent de couper l’électricité aux mauvais payeurs sans que personne n’aie besoin de se déplacer pour ça:

    Le distributeur d’électricité Enedis a réfuté vendredi tout risque de recrudescence de coupures d’électricité brutales pour impayés avec les nouveaux compteurs Linky, en réaction aux accusations de l’UFC-Que Choisir.

    http://www.europe1.fr/societe/linky-il-ny-a-pas-eu-devolution-sur-le-nombre-de-coupures-repond-enedis-a-ufc-que-choisir-3766982

    Génial: pour seulement 59,99 € * « Grâce aux 4 microphones longue portée, Alexa vous entend où que vous soyez dans la pièce » , et peut donc tenir Amazon informé sur vous et votre famille.

    https://www.amazon.fr/dp/B0792HCFTG/ref=ods_mccc_dn
    ____
    * en réalité il est probable que vous ne résisterez pas longtemps avant d’installer des appareils Echo dans les autres pièces de votre habitation, ça vous coûtera donc un peu plus cher…

    Notez bien que pour seulement 129,99 € vous pouvez préférer Écho Spot qui est lui équipé d’une caméra, comme l’avait prévu un certain George Orwell (lequel n’avait cependant pas imaginé que l’installation soit effectuée par vous et à vos frais!)

  2. Derrière tout cela se pose la question du « modèle économique » d’un service apparemment gratuit. La gratuité a un cout, dit-on. Et qui le paie ? Cela a commencé, selon moi (mais je peux me tromper) avec la carte bancaire. Puis avec la carte de fidélité des grands magasins, qui permet de répertorier vos choix de consommateur. Je connais une ONG qui a pu vérifier la pertinence de ses conseils d’achat (« zéro déchets ») en suivant les objets achetés durant plusieurs semaines par des consommateurs (sans accès aux données d’identité).
    Aujourd’hui personne ne contrôle plus le modèle économique du monnayage de votre vie privée. Aucune déontologie, aucun contrôle, même aucune transparence de base. Et l’État parait sans force.

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