La connexion turque de l’Allemagne

La livre turque continue de plonger et Moody’s a dégradé vingt banques et institutions financières en raison de leur dépendance aux financements en devises étrangères. Circonstance aggravante, la détérioration de l’économie turque « alimente l’inflation et compromet la croissance ». Le cabinet de conseil Capital Economics prévoit que le pays va basculer dans la récession. L’inflation, qui est déjà de 16%, devrait continuer à monter selon Berat Albayrak, le ministre des finances turc.

Selon le Wall Street Journal, des pourparlers sont engagés entre ce dernier et son homologue allemand Olaf Schulz, et il est prévu une visite à Berlin de Recep Tayyip Erdogan le 28 septembre prochain. Le gouvernement allemand n’a pas le choix et doit stabiliser la situation financière turque afin de préserver l’accord d’endiguement des réfugiés en trouvant une formule d’aide. Car celle-ci fait débat. Les Turcs ne veulent pas d’un package réunissant l’Union européenne et le FMI, sur le mode qui a prévalu durant les précédentes crises européennes. Et le gouvernement allemand est si désireux – ou désespéré – d’aboutir qu’il est prêt jusqu’à consentir un accord bilatéral, tel qu’utilisé pour la Hongrie dans les années 80. Mais il y aura un prix à payer : selon les derniers sondages, 72% des Allemands seraient opposés à toute aide à la Turquie et l’AfD d’extrême-droite entend bien en profiter.

Pendant qu’Angela Merkel tente malgré tout de préparer l’avenir en Afrique en se rendant au Ghana, au Niger et au Sénégal, que fait donc Emmanuel Macron ? « Il nous faut retrouver le fil d’une politique méditerranéenne », a-t-il déclaré lors de la Conférence des Ambassadeurs en annonçant lundi dernier la tenue d’un sommet sur la Méditerranée début 2019, à Marseille. Reconnaissant ainsi que ce fil est perdu mais n’avançant à nouveau que de beaux discours. En 2008, il y a dix ans, Nicolas Sarkozy avait lancé une Union pour la Méditerranée vite tombée dans l’oubli. Lors de la même conférence de cette année, le président français a souligné la différence entre Erdogan et Atatürk pour prendre toutes ses distances avec le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Va-t-il laisser seule Angela Merkel avec le fardeau turc, un pas de plus vers le démantèlement ?

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3 réflexions au sujet de « La connexion turque de l’Allemagne »

  1. Je préfère pour ma part parler d’interconnexion généralisée. Ce n’est pas pour sauver l’accord d ‘endiguement de la migration venant du Sud que l’Allemagne s’agite. C’est pour essayer de repousser l’arrivée de la crise globale générée par une offensive économique tous azimuts de Trump, bien dans son rôle. Cette offensive a pour conséquence la baisse de l’Euro, via la remontée des taux de la Fed. Trump a bien pris ses distances, préférant un dollar faible mais ira-t-il jusqu’a défier la FED ?. C’est peu probable vu son pragmatisme, une crise institutionnelle au plus haut niveau faisant fuir les liquidités. Et un dollar fort, contrairement à son appréciation naïve de l’économie ne contrariant pas le business US pour qui l’emploi américain reste secondaire. Mais la baisse de l’Euro dérange en Europe, à la fois pour ses importations et pour la dépression de la demande qui s’en suit. Erdogan est dans le même cas mais plus exposé. Faisant le pari d’un maintien de taux bas de la Livre turque pour préserver ses emplois, il est nécessairement perdant dans ce bras de fer de David contre Goliath, l’économie turque étant totalement immergée dans l’économie mondiale.
    La livre turque est condamnée a chuter si Erdogan s’entête, ce qu’il fera.
    Il joue donc le rôle d’un lest qui entraine l’économie européenne vers le fond. D’où l’intervention des Allemands qui, comme sur presque tous les sujets, n’ont pas de solutions.
    La crise, vous dis-je !!!
    France Culture hier :
    « Mais maintenant que la FED commence à remonter ses taux, les investisseurs trouvent bien plus intéressant et rémunérateur de revenir vers les Etats-Unis, laissant derrière eux des économies exsangues, en manque cruel de liquidités. C’est le même mécanisme qui a causé la chute du peso en Argentine et qui pourrait, en l’absence de politiques appropriées, se propager à l’ensemble de l’économie mondiale…

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