La dynamique italienne est-elle encore enrayable ?

La Commission tentant de calmer le jeu avec le gouvernement italien, engager le fer avant la tenue des élections européennes entre le 23 et le 26 mai prochains n’étant pas concevable, que peut-il se passer d’ici là ? On peut être certes assuré que Matteo Salvini ne va pas cesser d’alimenter les tensions avec elle en multipliant les prétextes afin de poursuivre une conquête de l’opinion nationale bien engagée.

La mise en place de l’accueil partagé des réfugiés ayant réussi à rejoindre les rivages européens, de moins en moins nombreux, n’est pas pour demain. Mais la confrontation entre Rome et Bruxelles a trouvé un nouveau terrain d’élection. Il est désormais question de gros sous et de l’accord donné par la Commission à un budget 2019 de l’Italie dont le calibrage n’est pas encore établi mais dont il est sûr qu’il ne sera pas dans les clous.

Cela a commencé par la menace de ne pas payer la contribution italienne au budget communautaire, au prétexte d’un énorme déficit – résultant d’une confusion entre le brut et le net – qui se résume à 2 à 3 milliards d’euros… Puis cela s’est poursuivi avec celle de bloquer l’adoption de ce budget pluriannuel, qui réclame un vote unanime. Enfin, cela pourrait continuer sur le terrain choisi par Margaret Thatcher, lorsqu’elle avait exigé et obtenu une réduction de la contribution britannique. Matteo Renzi a épuisé tous les assouplissements réglementaires disponibles, la partie doit se poursuivre selon de nouvelles règles du jeu, les rapports de force s’y prêtent.

La tenue des élections européennes n’est toutefois pas propice à une confrontation majeure immédiate. Le deuxième acte, plus souterrain et décisif, résultera du remplacement de Mario Draghi, Jean-Claude Juncker et Danièle Nouy, qui actuellement dirige la supervision bancaire. La liste des prétendants s’allonge, les tractations s’engagent.

En Italie, les scores respectifs de la Ligue et du Mouvement des 5 étoiles vont être déterminants pour la suite. En cas de confirmation des sondages, la Ligue pourrait être amenée à réclamer de nouvelles élections, avec l’attention de gouverner seule ou sur une base consacrant sa primauté. Il va falloir passer à l’acte après qu’il ait été maintes fois relevé que la coalition actuelle était le mariage de la carpe et du lapin, et qu’elle ne serait pas durable. On a déjà pu enregistrer de premiers points de friction.

Les autorités européennes vont faire tout ce qu’elles pourront pour que cette perspective ne se concrétise pas, mais de quels moyens disposent-elles à part prononcer de beaux discours ?

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3 réflexions au sujet de « La dynamique italienne est-elle encore enrayable ? »

  1. Magnifique !
    Là, je vous rejoint à 100% !
    Comme presque toujours.
    La désobéissance est en train de devenir la maladie mortelle de l’UE et, comme on le sait, c’est une maladie qui se nourrit d’elle même.
    Une seule issue est disponible : la renégociation des traités.
    Mme Merkel va devoir se rendre à Canossa.
    Ça tombe bien, c’est en Italie !

  2. L’escalade verbale est en marche:les dirigeants européens comme M.Moscovici viennent de franchir un nouveau cap en insultant copieusement les dirigeants italiens.Ce n’est pas nouveau,cela avait déjà été le cas dès les résultats des élections italiennes connus en mars dernier.Il est désormais clair que tout habitant européen est un sujet européen soumis à l’ordre néolibéral,un sorte de béni-oui-oui.Si d’aventure ledit beni-oui-oui émet la moindre critique ou réserve à l’encontre de cette gestion économique désastreuse de l’Europe il est immédiatement recadré et mis au pas.C’est ce qu’ils appellent le « libéralisme ».Il n’est pas sûr que les peuples européens qui ont inventé la démocratie comme la liberté individuelle se soumettent aussi facilement à cette gestion néolibérale à la fois stupide et bornée.Les Italiens avec leur goût prononcé pour l’aventure humaine ouvrent la voie dans laquelle les autres peuples ne tarderont pas à s’engager.Cela devrait être savoureux.Sans remonter à l’antiquité rappelons quand même que nous devons aux Italiens d’avoir initié la Renaissance avec le « quattrocento »….

    1. Sans remonter à la Renaissance, rappelons quand même que nous devons aux Italiens d’avoir initié le Fascisme de sinistre mémoire, comme quoi y a des cons partout. D’ailleurs c’est exactement contre l’ordre libérale qu’ils l’ont initié…

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