Le risque systémique, risque roi

La chute de la livre turque a entraîné la baisse des valeurs financières et des Bourses européennes. L’exposition du secteur bancaire européen fait en effet craindre une propagation de la crise qui pourrait vite affecter les banques turques en dépit des mesures de protection de leur banque centrale. BBVA, Santander, BNP Paribas, Unicredit et ING en ont fait les frais.

On ne parlait plus des banques qu’en raison du volume de leur détention de « prêts non performants », pays par pays, le risque systémique semblant avoir disparu du paysage, le voilà qui revient au galop. À tort, l’attention se concentrait sur le délestage de ces actifs toxiques de leurs bilans. Cela signifie-t-il que ce risque indiscernable est en passe d’être maitrisé, une fois ce problème digéré (ce qui n’est pas pour demain) ?

Le Bulletin de la Banque de France publie les résultats d’une étude portant sur un échantillon de neuf banques européennes (1). Il en ressort en premier lieu que la proportion des prêts interbancaires figurant à leurs bilans a diminué, or ils représentaient un canal privilégié d’exposition au risque systémique entre établissements bancaires. Et en second que le rapport entre dépôts et financement de marché avait évolué, les deux sources de financement s’équilibrant désormais, la deuxième ayant régressé.

Tout va donc pour le mieux ou n’est-ce qu’une illusion ? Dans le premier cas, les injections de liquidités par la BCE expliquent la diminution du volume des actifs interbancaires aux bilans. Mais lorsque celle-ci en viendra à assécher le marché – son intention affirmée – l’effet en disparaitra d’autant. Dans le second cas, la faiblesse des taux d’intérêt et de l’inflation incitent fortement les particuliers à laisser dormir leur épargne sur leurs comptes-courants. Qu’en sera-t-il demain si, comme annoncé, les taux augmentent ainsi que l’inflation ?

Si le risque systémique a diminué, les raisons n’en sont pas durables, dépendant de l’avenir de l’assistance des banques centrales. Dix ans de réformes destinées à renforcer les fonds propres des banques et à faire face à une crise de liquidité ont été nécessaires pour en arriver à la conclusion que cette assistance est cruciale. Sera-t-il possible à ces banques centrales de faire table rase de toutes leurs mesures accommodantes, au risque de créer les conditions d’une relance de la crise financière après l’avoir stabilisée ? Les commentaires vont bon train sur le rythme qu’elles vont adopter pour revenir à la case départ. Mais ils ne posent pas la question de fond : est-ce un luxe à leur portée ?

D’autant que les autorités européennes ne parviennent toujours pas à s’entendre pour finaliser l’Union bancaire qui devrait leur donner les moyens collectifs de maitriser une telle crise, sans imposer un nouveau sauvetage des banques sur fonds publics hors de portée.

Par la dimension de leurs bilans, qui est destiné à s’accroître, les mégabanques sont moins que jamais la solution mais le problème. Elles sont par nature systémiques en raison de l’importance de leurs besoins de financement qui les rend vulnérables.

Dans de nombreux pays européens où subsiste un maillage de petits établissements, une vague de concentration est à l’horizon. Lorsque les conditions en seront réunies, elle interviendra et accroîtra encore la taille des mégabanques. Quel gouvernement pourra alors résister à ce processus déjà très engagé ?

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(1) UniCredit, KBC, BBVA, Erste, ING, Barclays, BNP Paribas, UBS et Deutsche Bank.

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