La Chine vue par le petit bout de son shadow banking

En Chine, une révolte de plus grandit via les réseaux sociaux. Venus des quatre coins du pays, des milliers d’épargnants ayant tout perdu ou presque dans la déconfiture des plate-formes de prêts entre particuliers qui ont fleuri ces derniers temps sont venus dans leur désarroi demander justice à Pékin cette semaine, leur dernier recours après avoir épuisé toutes les opportunités locales de se faire entendre.

Plus de 8.000 d’entre eux étaient attendus, mais ils n’ont pas pu se réunir, interceptés par la police dès leur arrivée dans le quartier où siège l’autorité de régulation des banques, où ils se rendaient. En douceur mais sous escorte policière, ils ont été transportés en autocars dans de lointaines banlieues. Où ils ont été logés dans des appartements ou des hôtels – faisant office de prisons clandestines, selon les ONG – avant d’être renvoyés chez eux sans autre forme de procès. Amnesty international dénonce l’existence d’un « trou noir », ces affaires étant destinées à n’obtenir aucune réponse.

L’attitude des dirigeants chinois est à mettre sur le compte de l’ampleur du problème qu’ils rencontrent. Selon Bloomberg, le secteur des prêts entre particuliers, très risqué et rongé par les fraudes, pèse l’équivalent de 190 milliards de dollars, et 4.300 plate-formes de P2P ont déjà fait faillite. À croire qu’une multitude d’arnaques ont fleuri et que les autorités de contrôle ont laissé faire ou n’ont rien vu. Pire, qu’elles ont même involontairement encouragé le désastre actuel. Mais qui en sont donc les auteurs pour pouvoir bénéficier d’une telle mansuétude ? Les campagnes contre la corruption et les détournements de fonds n’ont-elles pour objet que de supprimer des rivalités ?

Le régime tente d’éteindre le feu en dispersant les protestataires pour les renvoyer dans leurs lointaines provinces. Il en a les moyens. Mais la déconfiture que connait cette branche du shadow banking chinois illustre le grand danger que celui-ci fait peser. La question qui se pose est simple : est-il encore possible de contenir celui-ci, puis de le réduire ?

Si cela se révèle comme probable impossible, qui plus est dans le contexte d’une nouvelle expansion du crédit pour soutenir l’économie, les grandes banques publiques, et la banque centrale chinoise derrière elles, ne pourraient éviter d’intervenir en force si un choc secouait le shadow banking, afin de préserver la stabilité du système financier chinois.

Après le Japon, la Chine représenterait alors un second cas de mutation d’une banque centrale ayant à son tour pénétrée en profondeur en territoire inconnu.

Devant l’escalade de la guerre commerciale impulsée par Donald Trump, le Parti-État n’a pas le choix s’il veut maintenir un taux de croissance préservant l’emploi selon ses critères politiques. Pour ce faire, il desserre maintenant le crédit après l’avoir resserré, mais il amplifie ce faisant les dysfonctionnements financiers et crée un appel d’air favorable à un shadow banking qu’il cherchait à reprendre en main.

Partagez

Recommandez par mail Recommandez par mail

2 réflexions au sujet de « La Chine vue par le petit bout de son shadow banking »

  1. Très instructif. Pourtant, est-ce à l’Etat chinois d’empêcher une certaine frange des particuliers de s’encanailler avec des margoulins ? Pour une fois, le voilà libéral ! Rappelons le scandale Stavisky (France, +/- 1920) qui se suicida après avoir grugé la haute société française, dont des parlementaires.
    Rappelons ensuite que nous sommes confrontés sans arrêt avec des arnaques d’isolation, d’investissement dans les énergies alternatives, etc., se réclamant prétenduement d’un fonds d’État, ou de l’EDF, et invoquant l’urgence à investir et à profiter de niches fiscales (Blablacar vient de me faire profiter d’un cadeau de 15€ de carburant qui est en réalité un certificat vert ‘gouvernemental’ financé par nos contributions pour les économies d’énergie procurées par l’auto stop.) et qui restent des arnaques pour les particuliers (aucune garantie de résultat de l’investissement « gratuit »). Et que nous sommes « profilés » par des services privés ou publics (de FBook et Twitter à Sfr et LaPoste..) sans grande protection de notre vie privée par l’Etat…
    Donc, tournons notre langue dans la bouche avant de désigner du doigt les chinois !

  2. « Les campagnes contre la corruption et les détournements de fonds n’ont-elles pour objet que de supprimer des rivalités ? » ; excellente question …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.