Le Printemps de Prague vu de la Havane

Hors-série

Il y a cinquante ans, je suivais depuis la Havane à la télévision l’intervention des chars soviétiques à Prague, où j’aurai dû arriver le jour même. Prévenants, mes hôtes cubains avaient prétexté un quelconque problème technique pour différer mon départ et je venais d’en comprendre la raison. Ils savaient.

À la Havane, le Printemps de Prague était suivi du plus près que le permettaient les informations diffusées par Granma, le journal du parti communiste. Celui-ci diffusait sans commentaire sur sa dernière page les dépêches de l’agence Tass et celles de CTK, l’agence tchécoslovaque, sur lesquelles les lecteurs se ruaient. Car il ne faisait pas de doute pour qui le cœur des cubains battait dans les cercles que je fréquentais. Les camarades soviétiques, ils connaissaient et savaient ce qu’il fallait en penser.

Durant ces semaines qui précédèrent l’intervention, on vivait à La Havane par procuration ce que l’on espérait bientôt connaître à Cuba. Les temps étaient durs, le rationnement compté, la propagande omniprésente. J’y vivais moi-même une expérience insolite, abondamment pourvu de cigares par mes hôtes et portant la barbe, cette distinction réservée aux « barbudos » de la Sierra Maestra. Suscitant dans les yeux des cubains que je croisais dans la rue l’étonnement et l’incompréhension vu mon jeune âge.

Mais la fête eut une fin, et ce fut Fidel qui la sonna. Devant le Comité central du Parti communiste, en direct à la télévision, il approuva l’intervention. Et l’on pouvait voir les visages fermés et consternés de ces responsables qui à partir de ce moment-là ne dirent plus un mot quoi qu’ils en pensaient. La même fermeture prévalu dans le cercle de mes amis en dépit de tout ce que nous nous étions dit lors de longues soirées de discussion, perchés sur des terrasses où ni le Bacardi ni les Cohiba ne manquaient. Fidel avait parlé.

Les soviétiques ont fait coup double ce jour-là.

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5 réflexions au sujet de « Le Printemps de Prague vu de la Havane »

  1. En d’autres termes, comment K. Marx mène toujours et partout à Staline.

    quote

    ¨None of us can feel safe’

    With Lavrenty Beria now favourite to take power, other members of the Politburo feared for their safety: ‘As long as that bastard’s alive, none of us can feel safe,’ said one. Beria implemented an amnesty, releasing many from the gulags, but many saw this as a mere attempt on imposing his claim on succeeding Stalin.

    But it wasn’t enough – on 26 June 1953, Beria was arrested on trumphed-up charges, such as spying for the British. Nikita Khrushchev (who was to replace Stalin) described Beria’s reaction when arrested: ‘He dropped a load in his pants!’

    From his cell, Beria wrote several groveling letters to his politburo colleagues pleading his innocence and his devotion to the party and the communist cause. Exasperated by the flow of letters, Khrushchev ordered the removal of Beria’s pen and paper.

    In December 1953, Beria was put on trial. The whole case was a mockery but no more than Beria had subjected so many of his victims. He was, unsurprisingly, found guilty and sentenced to be executed. Beria fell on all fours and begged for mercy. He was taken down and promptly shot. Lavrenty Beria died as so many of his victims had. He has no known grave.¨

    unquote

    Source: Rupert Colley, 2012.

    1. Oui, Staline n’est pas mal du tout, mais dans la famille « marxiste », j’ai un faible pour les Kim qui ont quand même réussi à fonder une dynastie royale à partir des écrits du grand homme.

      Un des grands principes chez nous autres primates sociaux : toujours cacher sa volonté de pouvoir absolu derrière de beaux et grands principes de justice, de liberté et d’égalité.

      Ainsi l’amour de son prochain peut se transformer en Inquisition ou en jihâd, le communisme en stalinisme, ou la Liberté en droit du plus fort, milliardaires contre ubérisés. Il faut être un technocrate totalement hors-sol (avec un penchant marqué pour la dive amphore, ce qui provoque quelques couacs dans la néo-langue bruxelloise) comme Jean-Claude Junker, pour oser avouer le projet idéologique se cachant derrière les grands et beaux principes.

      Bref, sans le principe trivial qui veut que le pouvoir puisse arrêter le pouvoir, point de salut (mes frères).

  2. « …En d’autres termes, comment K. Marx mène toujours et partout à Staline… »

    Et il est content de lui ce « frère », tardant à nous expliquer comment toujours et partout, la grande démocratie bourgeoise débouche sur des Trump et des Macron … voir pire !

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