Un mystère bancaire savamment entretenu

Un mystère n’est pas loin d’être éclairci, il suffirait pour cela d’un tout petit effort ! Les banques européennes viennent de publier de solides résultats pour le second trimestre, bien que restant pénalisées par l’environnement de taux bas, alors que les tensions et incertitudes politiques grandissent. Se pourrait-il que leurs résultats soient pour partie confortés par d’avantageuses pratiques de maquillage comptable ?

Afin d’établir leurs comptes, les banques disposent d’une variable d’ajustement, les provisions pour créances douteuses, banalement dénommés « prêts non performants » (NPL). D’après les analystes, le montant de ces provisions serait beaucoup moins élevé que prévu, permettant d’améliorer d’autant les résultats. Mais comment l’établir et le mesurer, faute de disposer des données ?

Les banques ont deux moyens de réduire leurs provisions dans ce domaine, soit en en cédant les actifs correspondants, soit en minorant le calcul de leur risque. Dans le premier cas, devant accepter une importante décote pour que la cession se fasse, elles détériorent d’un côté leurs comptes pour les améliorer de l’autre, tout dépend donc de la balance. Dans le second, ce calcul étant comme on sait laissé à leur discrétion en application de « modèles propres », des accommodements sont tentants et relevés comme fort plausibles par l’Autorité bancaire européenne (EBA) en procédant par comparaison entre banques.

Beaucoup a été dit sur le boulet que trainent les petits établissements – 900 milliards d’euros de créances douteuses – dans des pays comme l’Italie, la Grèce, le Portugal, ou bien encore Chypre, la Slovénie et la Bulgarie, après que le ménage ait été partiellement fait en Espagne. Mais la BCE qui s’est réservée l’analyse des bilans bancaires des plus grandes banques européennes est restée très discrète sur le traitement réservé à leurs actifs douteux. Et les nouvelles modalités décidées par le Comité de Bâle, après avoir donné lieu à des discussions acharnées, ne sont pas encore entrées en vigueur.

L’hypothèse de résultats reposant en partie sur un « traitement comptable » avantageux des créances douteuses ne peut pas être exclue, et l’on pourrait espérer de la BCE des révélations. Elle a en effet engagé « une plongée en eaux profondes » dans les bilans de trois des plus importants établissements européens, dont deux français : BNP Paribas, Société Générale et Deutsche Bank. On connait la déconfiture de cette dernière et on a pu s’étonner de l’insolente bonne santé dont les deux premières ont fait preuve tout au long de la crise financière. Comme si elles avaient été protégées des regards inquisiteurs ou que leur poids rendait délicat de soulever des facteurs de fragilité.

Leurs livres vont être passés au peigne fin afin d’étudier les valorisations du risque qu’elles appliquent. Pas uniquement de celles des créances douteuses, une manipulation comptable classique des banques consistant à inscrire au « banking book », où ils figurent à leur valeur nominale, juste le temps des contrôles, des actifs relevant du « trading book » où ils doivent figurer à leur valeur de marché.

Mais il y a pire. S’appuyant sur un climat économique jugé favorable et moins susceptible d’entraîner des défauts de paiement, la bancassurance ING d’origine néerlandaise applique un très faible taux de 0,5% sur ses créances à échéance proche. Elle pourrait à ce compte se retrouver les doigts coincés dans la porte en cas de retournement de conjoncture. Enfin, si le gisement d’amélioration des résultats que représentent ces différents traitements comptables n’est pas extensible à l’infini, il représente dans l’immédiat une grande tentation à laquelle ING n’a pas résisté. Est-elle seule dans ce cas ?

Chiche que les découvertes de la « plongée en eaux profondes » de la BCE ne seront pas rendues publiques !

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Une réflexion sur « Un mystère bancaire savamment entretenu »

  1. J’ai un vague souvenir que, au moment ou plusieurs banques belges étaient secouées, le gouvernement belge devant voler à leur secours avec de l’argent public (Dexia, Fortis), en offrant une garantie même pour la part française de ces banques, Sarkozy avait argumenté qu’il devait aussi aider des banques françaises privées qui ne paraissaient pas en difficulté. J’aimerais en savoir davantage, mais puisque vous annoncez déjà que le rapport ne sera pas publié…

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