C’est loin la Chine ? Tais-toi et souris à la caméra !

Vaste région semi-désertique peuplée de 20 millions d’habitants située au nord-ouest du pays, le Xinjiang est un des laboratoires du projet de société de contrôle et de surveillance qui se met progressivement en place en Chine. Les violences perpétrées par des membres de la minorité ouïghoure et le danger de séparatisme qu’elles expriment justifient ce choix aux yeux d’autorités centrales qui ne lésinent pas sur les moyens.

Toutes les ressources technologiques disponibles sont déployées en grand, à commencer par l’implantation dans les restaurants, les boutiques, les bureaux et les mosquées de réseaux de caméras dont les images sont exploitées avec des logiciels de reconnaissance faciale. L’objectif est de supprimer les angles morts en les densifiant. Hikvision, leader mondial d’équipements de surveillance, va fournir clé en mains aux municipalités « un système de prévention et de contrôle social ».

Il ne faudrait pas croire que ce nouveau marché s’ouvre uniquement en Chine. Fidèle à son rôle de vigie, la Quadrature du Net a découvert que des entreprises comme Engie-Ineo (filiale de l’ex Suez) ou bien Thalès se positionnent sans attendre sur ce marché en France, où le concept de Smart City (les villes intelligentes) doit comprendre celui de Safe City (les villes sûres).

Marseille et Nice sont déjà des prétendantes déclarées, et cela ne va pas s’arrêter là. Afin de justifier d’onéreux investissements en réseaux de caméras de vidéosurveillance qui ne servent à rien, les élus vont trouver leur réconfort dans le discours marketing sur la vidéosurveillance intelligente. En renfort, Gérard Collomb, le ministre de l’intérieur, a fait part de la « grande marge de progression » de celle-ci, en référence à l’authentification des individus au « comportement bizarre ».

Le discours marketing va bien plus loin, l’objectif des systèmes à venir étant selon les documents de Thalès de « collecter le maximum de données existantes et d’en chercher les corrélations et les signaux faibles », et de « développer les nouveaux algorithmes d’analyse et de corrélation permettant de mieux comprendre une situation et de développer des capacités prédictives ». Ces données seront recueillies auprès des caméras, bornes escamotables, feux de circulation, boutons d’alerte, contrôles d’accès des bâtiments est-il précisé à propos de la « metaplateforme » SenCity, annonce de son côté Engie-Ineo. Sans oublier la surveillance des « données ouvertes » – les réseaux sociaux – confiée à des spécialistes de l’analyse sémantique. Il y a de quoi faire rêver ou cauchemarder.

Le propos est de surveiller l’espace public urbain ainsi que les réseaux sociaux, et le nec plus ultra de faire de l’analyse prédictive. Le discours marketing est rodé, les budgets peuvent être votés, les expérimentations peuvent commencer.

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8 réflexions au sujet de « C’est loin la Chine ? Tais-toi et souris à la caméra ! »

  1. Et inutile de fuir les villes pour échapper à la surveillance généralisée…

    La dernière trouvaille en matière de robots et d’intelligence artificielle vient du gouvernement chinois : des « pigeons drone de surveillance ». Ces oiseaux mécaniques volent de manière autonome, sont équipés d’une caméra, d’un GPS et peuvent transférer des images haute définition par satellite en temps réel à destination de la police ou de l’armée.
    Cinq provinces chinoises s’en sont équipées, dont le Xinjiang où l’armée surveille de près la population Ouïghour afin de réprimer les mouvements séparatistes islamistes. Leur autonomie de 30 minutes est encore faible, mais ils peuvent voler à 40 km/h et sont très discrets puisque indétectables par les radars.
    La Chine a donc débuté une « longue marche » vers la robotisation, pilotée par intelligence artificielle et va rattraper et certainement dépasser les pays les plus en pointe dans ces domaines sous peu. Pour le meilleur ou pour le pire ?
    TV5 Monde – Pascal Hérard

  2. Brader la Liberté à la sécurité, pour palier les insuffisances du capitalisme…et ça ne révolte pas grand monde, surtout pas Juannessy, pour qui aucun dispositif de surveillance n’est de trop, du moment qu’il est question de sauver 300 vies.

    Mort aux robots mouchards, et à toutes les caméras. Il faut prendre des aimants au néodyme, ce sont ces aimants de charge, qui sont capables de porter plusieurs centaines de kilos. Je suis sûr qu’en en mettant un coup sur un radar, on le fout en l’air en quelques secondes.

    1. « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux. » Las ! n’en déplaise à Benjamin Franklin, l’expérience c’est comme les cure-dents, personne ne s’en servira derrière vous…

      Et même sans le soutien d’une partie de la population, celle qui effrayée par la liberté a besoin d’un Roi, d’un Guide ou d’un Père de la Nation, le néolibéralisme a tout intérêt à mettre en place une société de surveillance orwellienne. Dans un monde de plus en plus inégalitaire, quelle autre méthode pour se maintenir ?
      Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre d’observer que le « pays des droits de l’Homme » ne vend pas que des systèmes d’armes de haute technologie à la dictature égyptienne, mais également des moyens de surveillance électroniques pointus permettant de cibler très précisément tout opposant. Non seulement la dictature égyptienne (avec l’argent saoudien) par ses achats d’armes améliore notre sacro-saint PIB, mais qui plus est, elle nous offre un retour d’expérience très précieux sur l’efficacité des moyens de surveillance de masse que nous lui vendons.

      Et la petite grenouille dans la casserole ne se rend toujours pas compte du danger que représentent de tels outils dans un régime qui a intégré l’état d’urgence dans la loi ordinaire. Tout est déjà en place, ne reste plus qu’à appuyer sur le bouton au prochain choc, qu’il soit terroriste de nature paramilitaire ou terroriste de nature financière.

      Bonjour chez vous…

  3. A quoi ça sert de sourire à la caméra , si on se met tout nu sur Facebook ou qu’on trimballe sa puce dans son portefeuille ?

    ( deuxième , voire troisième degré , pour calmer les ardeurs réflexes du corps )

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