Qui succédera à Trump sinon lui-même ?

L’accord avec la Chine présenté il y a moins d’un mois n’était qu’une courte trêve et les hostilités sont relancées en grand. Donald Trump menace désormais de surtaxer de 10% les importations chinoises représentant une valeur globale de 200 milliards de dollars, dont la liste sera publiée à la fin du mois. « Des mesures supplémentaires doivent être prises pour encourager la Chine à changer ses pratiques déloyales et à ouvrir son marché aux biens américains » a-t-il justifié, afin de compenser le vol de technologies et de propriété intellectuelle américaines qu’il dénonce.

Pour réfuter les dangers de sa politique, Donald Trump prétend que les dégâts de ce qu’il cherche à corriger sont déjà intervenus. Mais si la guerre commerciale sino-américaine devait monter en puissance, il aura plus à craindre de son opinion intérieure que la direction du Parti-État chinois.

Ainsi, les signes d’inquiétudes se multiplient aux États-Unis devant les effets collatéraux de cette relance, notamment dans les secteurs de la construction automobile et de l’aéronautique. Y compris au sein de l’électorat de Trump, où les agriculteurs du Midwest s’inquiètent pour leurs exportations vers la Chine.

« Nous soutenons le but de l’administration de réduire l’énorme déficit commercial des États-Unis – affirme le président du deuxième syndicat agricole du pays, National Farmers Union, Roger Johnson – mais notre organisation redoute de plus en plus que cette administration n’ait pas vraiment de plan pour s’assurer qu’agriculteurs et éleveurs ne deviennent des boucs-émissaires ».

La National Retail Federation, le lobby de la distribution, n’est pas en reste et estime que « cette escalade dangereuse est l’ultime rappel que le Congrès doit intervenir et exercer son autorité sur la politique commerciale ». Selon elle, 455.000 emplois seraient menacés par les dernières mesures punitives et une hausse des produits de base devrait s’en suivre.
Kevin Brady, le président républicain de la commission de la Chambre des représentants en charge notamment des taxations, s’inquiète de leur impact négatif sur « les industriels, les agriculteurs, les travailleurs et les consommateurs américains ». Enfin, Thomas Donahue, le président de la Chambre de Commerce, met en garde contre la perte de centaines de milliers d’emplois.

Cela commence à faire beaucoup, mais Donald Trump semble ne pas en tenir compte. Jouerait-il contre lui-même, à quelques mois des élections de mi-mandat ? À moins qu’il profite de n’avoir en face de lui que du vide.

L’agence américaine Associated Press vient de rendre public les conclusions d’une enquête révélatrice. Le président ne prépare pas seulement cette échéance, comme on pourrait s’en douter, mais également les prochaines élections de 2020. À la question « pourrait-il être réélu ? », que les Américains se posent et que les Européens ignorent, il apporte un élément de réflexion. L’agence de presse américaine vient en effet de révéler que la société Cambridge Analytica, coupable d’avoir utilisé des données des utilisateurs de Facebook pour influer sur les dernières élections présidentielles américaines (entre autre) a été reconstituée sous le nom de Data Proprio avec le même encadrement. Elle serait sous contrat pour les élections à mi-parcours de novembre et Brad Parscale, le responsable numérique de la campagne de Trump qui a des intérêts dans l’actionnaire principal de Data Proprio, a déclaré à AP qu’après avoir passé le cap de novembre « je commencerai à travailler à la réélection du Président ».

Préparer une élection n’est pas la gagner, certes, mais peut-on sous-estimer la facilité avec laquelle Donald Trump a bousculé l’état-major républicain pour s’imposer ? Il lui fallait pour cela un solide levier électoral, qu’il a obtenu. Le succès du mouvement Tea Party lors du démarrage de la crise financière des années 2008-2010 a vite été oublié. Celui-ci illustrait déjà le profond malaise des travailleurs blancs en voie de déclassement sur des thèmes qui pour certains se recoupent avec ceux que Donald Trump agite, dont celui des migrants. Celui-ci a d’ailleurs multiplié les coups de chapeau à l’égard du mouvement lors de sa campagne, et il a été dit que sa contribution à la victoire n’a pas été négligeable.

Les mêmes ont aujourd’hui encore toutes les mauvaises raisons de voir en lui un sauveur, un rôle auquel il s’applique avec beaucoup de persévérance. Et il est notable qu’il n’émerge pas du côté des démocrates de figure et de thème de campagne pouvant prétendre lui faire barrage. Seul Bernie Sanders, un autre candidat hors norme, prétend qu’il pourrait le battre. Donald Trump exploite à son profit la poussée « populiste » qui bouscule les jeux politiques établis dans le monde occidental.

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5 réflexions au sujet de « Qui succédera à Trump sinon lui-même ? »

  1. Coucou,

    Je me souviens du point de vue de oncle bernard alias bernard maris, qui expliquait que le dollar et le yuan formaient de fait une monnaie commune.
    Trump veut rompre cet equilibre.
    Cette histoire me rappelle celle de guliver.

    Bonne journée

    Stéphane

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