Dans l’attente repoussée de son démantèlement, l’Union européenne se décompose

La crise allemande bat son plein. Les alliés bavarois CSU d’Angela Merkel n’ont pas voulu lui accorder les deux semaines de répit qu’elle demandait, avant la tenue du sommet européen, afin de négocier au mieux la future interdiction de pénétrer en Allemagne des réfugiés clandestins ainsi que de ceux qui ont été enregistrés dans le pays européen de leur arrivée qu’ils exigent.

La chancelière voulait trouver un accord au niveau du Conseil européen au lieu de créer un fait accompli en présageant d’autres, et la possibilité de négocier en bilatéral avec les gouvernements italien et Grec, au premier chef concernés. Que peut-il maintenant se passer ? Soit son ministre CSU de l’intérieur Horst Seehofer signe une décision exécutive mettant en vigueur cette interdiction, comme il en a le pouvoir, ce qui devrait conduire Angela Merkel à le démettre de ses responsabilités ministérielles, soit un compromis de dernière minute va être trouvé qui ne fera que repousser l’échéance. Dans le premier cas, les électeurs seront à nouveau convoqués, la coalition n’y survivant pas. Mais dans tous les cas, c’est l’AfD d’extrême droite qui en profitera.

Le gouvernement autrichien, qui va prendre la présidence tournante de l’Union, n’a pas fait mystère de ses intentions. Il étudie la création de « centres de protection » situés hors des frontières européennes où seraient étudiées les demandes d’asile des réfugiés, et où les recalés pourraient attendre d’être renvoyés dans leur pays d’origine. La fermeture des frontières européennes aux réfugiés prime dorénavant sur tout autre plan et l’on peut prédire que, dans sa nouvelle définition restrictive qui est aussi à l’étude, l’asile ne sera dans l’avenir accordé qu’avec parcimonie. C’est à ce prix que l’Union maintiendra une unité de façade.

La préparation du prochain sommet de la fin du mois bat son plein, et le gouvernement français tente d’obtenir des concessions allemandes de dernière minute, faisant valoir celles qu’il a déjà faites. Mais le contexte actuel de crise en Allemagne est le pire moment pour les obtenir. Au centre des décisions contestées figure le droit de veto accordé au Bundestag, qui dans la pratique décide pour toute l’Union, mais sur lequel il est hors de question de transiger pour les autorités allemandes.

Sur toutes les questions qui divisent, l’objectif est désormais de sauver les apparences. Mais, même ainsi limité, il apparaît bien difficile à atteindre. Quand l’Union européenne ne se démantèle pas, elle se décompose.

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4 réflexions au sujet de « Dans l’attente repoussée de son démantèlement, l’Union européenne se décompose »

  1. Si l’Europe se délite, ce sera pour de mauvaises raisons. Les trucs importants, comme la finance folle, la désindustrialisation, la pauvreté induite, la nature sur-exploitée, la démocratie réduite etc… seront prêts à reprendre du service, inchangés.

    1. Hélas oui, et si des essais originaux anti-rigidités-système sont mis en oeuvre : « monnaie » parallèle(fiscale) fondante ou non, rejet du CETA, voire d’autres, ce sera l’oeuvre du gouvernement de coalition « rouge-brun » italien, que nous serons condamnés à applaudir…une pitié!

  2. Je ne crois pas trop au « démantèlement » imminent de l’UE. Faudra voir, mais je pense que toutes les parties ont encore plus à gagner avec elle que sans. Ne serait-ce que pour faire pression sur leurs concurrents et partenaires (voir rabibochage franco-italien).
    Ce qui est en revanche évident c’est que sur les quatre sujets qui la divisent (migrants ou pas ; rigueur ou pas ; justice sociale ou pas ; Russie ou OTAN) deux sont tranchés (ni Russie, ni justice sociale). Alors, plutôt que de se colleter aux problèmes économiques, ont va règler leur compte aux migrants, genre fermeture du robinet, que ce sera pas facile mais que ça donnera du temps pour parler d’autre chose tandis qu’on essaiera de dégager une solution commune nord-sud sur les équibres financiers.

  3. Je constate que nous avons deux nouveaux fronts de corruption généralisée (au delà de la corruption financière et fiscale) :
    on vient de découvrir que de nombreux pesticides ont échappé aux fonctionnaires de protection des aliments aux Pays bas, grâce à une société d’analyse des oeufs bio, plus analytique après le scandale du fipronil ; on vient de découvrir une pollution d’ensemble des moteurs diesel en allemagne. Bref on nous vend des produits corrompus, hors la loi. Et quasiment personne n’est en prison, même si cette pollution est meurtrière. On ne songe qu’à s’en prendre aux consommateurs.
    On vient de comprendre que le modèle économique de services gratuits (chaînes d’info, réseaux sociaux, serveurs…) est un modèle de corruption de notre vie privée pour marchandiser notre profil et mieux nous manipuler commercialement et politiquement.
    En l’absence de réaction des mouvements démocrates, ce sont les mouvements populistes qui surfent sur cette vague de « la ploutocratie », comme disaient les fascistes pour désigner la croissance des inégalités, que nous (re)vivons aujourd’hui.
    C’est désespérant d’attendre « une belle et grande voix » pour nous mobiliser autrement.

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