L’insaisissable changement de l’ordre mondial

Combien de temps vont-ils continuer à jouer à faire semblant, à déplorer l’abandon des relations à l’ancienne mode ? Donald Tusk, le président de l’Union européenne, est dans le vrai quand il reproche à Donald Trump de défier « l’ordre mondial » à l’occasion du G7, mais dans le faux quand il considère implicitement que celui-ci est immuable. D’où le malaise de dirigeants devant cet ordre en train de basculer, qu’ils ne savent pas comment rattraper.

Leur déni, nous y sommes depuis longtemps habitués. Il participe de cette rengaine qui veut que la crise financière n’est qu’une parenthèse et que tout va repartir comme avant. Mais par les temps qui courent, le conformisme ne paye plus, et les gouvernements rencontrent les plus grandes difficultés dans la conduite de leurs affaires. Regardez la confusion pathétique dans laquelle baigne le Brexit ! Pour ne pas parler de l’Italie ni même de l’Espagne…

L’impensable est pourtant en train d’arriver, de nouveaux rapports de force se construisent dans la douleur. Des mises en causes profondes sont inévitables, à l’échelle planétaire mais elles posent problème, n’étant pas de même nature que les réformes ultra-libérales qui nous sont promises.

Les dirigeants américains et chinois trouveront toujours les moyens d’accommoder leur compétition, dont le résultat en faveur de la Chine est connu d’avance, mais quelle place les autres vont-ils trouver, que le multilatéralisme leur avait accordé et qu’ils vont devoir abandonner ? Le personnage de Donald Trump a permis de se raccrocher à l’idée qu’une erreur de casting était intervenue et qu’il suffisait d’attendre que cela se passe. Cette dangereuse idée ferait mieux d’être abandonnée.

Les espoirs se sont d’abord portés sur la tenue d’une enquête pouvant aboutir à sa destitution. Accréditant cette issue, le président a déclaré être prêt à se gracier lui-même. Mais rien ne vient. L’échéance des midterms de novembre prochain se présente maintenant et conforte ceux qui veulent se convaincre que tout cela n’est qu’un mauvais rêve. Donald Trump pourrait perdre sa majorité au Congrès, et ce serait le commencement de la fin, prédisent-ils. Mais si ce n’est pas le cas, l’opiniâtreté de ses efforts ayant convaincu son électorat qu’il n’a pas de meilleur représentant ?

Nous l’avons déjà souligné, le déclin américain n’est que relatif et peut – provisoirement – être partiellement comblé suite aux retombées de la guerre commerciale de Donald Trump, sa puissance financière et militaire s’étant au contraire encore renforcée. Il suffit de dresser la liste de l’entourage du président pour y relever l’omniprésence de banquiers et de militaires, symboles de cette oligarchie arrivée à maturité qui n’entend pas abdiquer.

L’hypothèse d’un nouveau mandat de Donald Trump renvoie nos dirigeants à leurs responsabilités. Que doivent-ils faire pour revoir et poursuivre une construction européenne dont le chantier s’est arrêté en chemin ? Ils sont pris à contrepied par l’évolution des politiques américaine et chinoise qui privilégient le développement de leurs marchés intérieurs, alors que le modèle allemand privilégiant les surplus commerciaux à l’export a ses jours comptés.

Pour aller au fond du problème, croire que l’Europe peut à elle-seule être porteuse d’une solution à l’endettement croissant exprime l’étroitesse de la pensée de ceux qui défendent leur vision bec et ongles. Mondial, le phénomène réclame une solution qui passe non pas par son remboursement mais par sa restructuration à la même échelle.

D’une manière ou d’une autre, il va falloir se résoudre à sortir du cadre d’une pensée dogmatique qui a failli. Les enjeux sont trop nombreux et trop proches pour que l’on puisse se réfugier derrière le pragmatisme habituel, cette arme des paresseux et des conformistes. Les remises en cause sont inévitables, mais rien n’indique que nos élites y soient prêtes. On ne peut au contraire manquer de relever le glissement vers l’extrême-droite des partis de droite. Nous allons vers des temps difficiles si un sursaut n’intervient pas.

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24 réflexions au sujet de « L’insaisissable changement de l’ordre mondial »

  1. Les raccourcis sont l’ennemi de la nuance et de la subtilité, mais en dernier ressort, si l’ordre mondial s’effondre, c’est principalement lié à l’évasion fiscale systémique organisée au niveau planétaire avec l’accord de tous les dirigeants occidentaux.

    Aux US, Trump déclenche la guerre commerciale pour tenter de maintenir provisoirement à flot les classes moyennes, et comme dans l’Euroland aucune échappatoire n’existe à la « rigueur », la montée des partis nationalistes et xénophobes semble irrésistible, avec comme corollaire l’implosion programmée de l’UE.

    Tant d’intelligence, de capacités à tirer les leçons du passé ou à se projeter dans l’avenir, laissent sans voix.

    1. « ..;si l’ordre mondial s’effondre, c’est principalement lié à l’évasion fiscale systémique organisée au niveau planétaire avec l’accord de tous les dirigeants occidentaux… »

      Non ! C’est la baisse tendancielle du taux de profit !
      Même si la bourgeoisie payait l’impôt, cela ne changerait rien à l’impasse du mode de production capitaliste.

      1. Je ne suis pas très à l’aise avec l’idée de « lois » en économie, et j’en viendrais presque à plagier de Gaulle pour dire qu’en économie tout n’est que contingence, tant sont innombrables et difficilement généralisables les situations micro et macroéconomiques liées aux particularismes de chaque pays.

        Une chose certaine est que le taux de profits dépend étroitement de la valeur attribuée aux biens ou aux services, et que celle-ci laisse une grande part à la subjectivité et à l’irrationalité. Alors baisse-t-il sur le long terme ? Comme à l’habitude on trouve tout et son contraire dans les réponses des économistes, entre ceux qui l’affirment et ceux qui prétendent que les nouvelles technologies compensent, voire accélèrent l’augmentation du taux de profits par ailleurs en déclin dans les ‘vieilles’ industries.

        La seule chose d’absolument certaine est que le mode de production capitaliste est en train de provoquer la sixième extinction, et que Dame nature risque de siffler la fin de la partie avant que les économistes ne se mettent d’accord entre eux.

        Rajoutez à cette épée de Damoclès que des sociétés de plus en plus inégalitaires ne pourront se maintenir que par la force, et il devient clair pour tout le monde, marxistes, marxiens, keynésiens ou même adorateurs du Mont Pèlerin, que la voie actuelle va nous mener en droite ligne de la guerre économique du tous contre tous, à la guerre tout court !

        Quand nous ne savons plus quoi faire, nous faisons ce que nous savons faire…

        1. « …Une chose certaine est que le taux de profits dépend étroitement de la valeur attribuée aux biens ou aux services, et que celle-ci laisse une grande part à la subjectivité et à l’irrationalité. Alors baisse-t-il sur le long terme ? Comme à l’habitude on trouve tout et son contraire dans les réponses des économistes, entre ceux qui l’affirment et ceux qui prétendent que les nouvelles technologies compensent, voire accélèrent l’augmentation du taux de profits par ailleurs en déclin dans les ‘vieilles’ industries… »

          Mon camarade Roberto , le doute finira par vous miner, parce que quand nous ne savons plus quoi faire, nous faisons ce que nous savons faire , et vous ce que vous savez faire, c’est de continuer de vous protéger de ce marxisme qui risquerait de vous mener politiquement sur des positions que vous redoutez absolument.

          Alors non ! Il n’y a pas de contradictions intrinsèques du capitalisme ! Ah ces « …belles nouvelles technologies… » qui « …accélèrent l’augmentation du taux de profits » …  » par ailleurs … » !!!!

          Je ne retire rien de l’appréciation que je vous porte. Vous êtes un contradicteur charmant. Naïvement charmant !

          Non, le taux de profits ne dépend pas étroitement de la valeur attribuée aux biens ou aux services.

          1. Il est vrai que mon charme n’a d’égal que ma modestie, mais marteler une affirmation ne vaut pas preuve : lorsque vous affirmez que « le taux de profits ne dépend pas étroitement de la valeur attribuée aux biens ou aux services », il faut si ce n’est le prouver, du moins citer les sources qui l’affirment ou à minima en dérouler le raisonnement.

          2. @ Roberto et Eninel
            J’aime bien votre débat qui porte sur le point essentiel à mes yeux du degré de liberté humaine face aux évolutions sociale et historique.
            Mon point de vue:
            La « baisse tendancielle du taux de profit » est une réalité économique dont la perception a été longtemps différé par une prédation sans cesse accrue (géographiquement et technologiquement) des richesses naturelles. Cet accroissement allant se ralentissant depuis une vingtaine d’années, elle est désormais perceptible.
            Cette réalité économique n’interdit pas une autre réalité, la rapacité cultivée des « elites » du monde capitaliste contemporain. Face à cette baisse de leurs profits (et au désir, au contraire, de les accroître), les grands possédants ont décidé de cesser de financer le système de redistribution qui maintenait, depuis la seconde guerre mondiale, l’équilibre social des pays développés; en s’appuyant sur l’apparition de nouveaux consomateurs dans les pays émergeants.
            Je ne vois donc pas que votre opposition soit si irréductible. Je trouve même vos propositions complémentaires. Et propose d’élaborer des pistes d’action qui ne reposent ni uniquement sur l’amélioration des comportements de quelques humains dévoyés, ni sur la certitude qu’il n’existe qu’un chemin possible dans l’évolution des sociétés humaines.
            Cela dit, je suis bien conscient que la psycho-histoire et Hary Seldon ne feront leur apparition que dans un centaine de siècles.

          3. @ Roberto.

            Nous avons beaucoup plus de charme Roberto que de modestie, puisque l’un et l’autre, nous écrivons immodérément à la première personne du singulier.

            Mais je me considère un peu plus modeste que vous , puisque moi j’admets intellectuellement avoir des maîtres à penser. Pas vous !

            Alors oui dans le cadre de cet échange je ne peux que marteler, puisque je ne vois pas comment nous pourrions refaire une introduction à l’étude du marxisme. Un vieux proverbe chinois nous invite à ne pas donner à manger à un homme un poisson, mais lui apprendre à pêcher. C’est ce que je fais camarade Roberto !

            Quelques pistes cependant :

            – Les technologies nouvelles, mêmes si elles amènent un gain de profit supplémentaire pour les heureux propriétaires, ne provoquent en rien par contre une augmentation du taux de profit. C’est même exactement le contraire.

            – Ce qui apporte de la valeur ( d’échange, la seule qui compte dans le capitalisme) aux biens ou aux services, c’est la loi de l’offre et de la demande, s’exprimant sur un marché. La valeur n’est donc pas intrinsèquement liée au taux, et même au profit du capitaliste.

            – Ce qui a permis au capitalistes au quatre coins du monde de maintenir leur taux de profit ces 50 dernières années, c’est comme le dit le camarade Renard, pour compenser l’augmentation d’un investissement onéreux, s’attaquer toujours plus radicalement et sauvagement à la valeur de la force de travail.

            – Ce qui a permis au capitalistes au quatre coins du monde de maintenir leur profit ces 50 dernières années, c’est par les gouvernements et leurs banques centrales l’extension ex nihilo d’un marché artificiel reposant sur le crédit.

            Ce marché menace à tout moment d’être englouti par une nouvelle crise financière dévastatrice. Chaque gouvernement prend les devants, et les cow-boys ne sont évidemment pas les derniers à dégainer !

            Mais le monde serait-il lié contre l’impérialisme français, il ne lui ferait pas 1% du mal qu’il se fait à lui même !

            On jacasse beaucoup et on déplore que l’Europe face à Trump manque d’unité. Et la bourgeoisie française est elle unie ? Au moment même où courageusement Macron au G7, va défendre l’accord iranien, les directions Total et Peugeot, au nom de la défense inconditionnelle des intérêts étroits de leurs actionnaires, se tirent de Téhéran.

            Il faut d’urgence organiser un séminaire à l’attention des technocrates de l’ombre qui entoure Macron. Dans ce séminaire, leur faire un petit topo sur l’introduction à l’étude du marxisme, et le fait -objectif- voulant qu’un gouvernement ne peut être qu’un conseil d’administration des affaires communes de la bourgeoisie.

            La guerre est là. et si un gouvernement bourgeois ne vient pas mettre un peu de discipline vis à vis des comportements unilatéraux et égoïstes de tel ou tel groupe d’actionnaires, et bien tout ceci va accélérer grandement l’avènement d’un gouvernement ouvrier en France, et par ricochet l’émergence des Etats Unis d’Europe Socialiste . Chic chic camarade Roberto !!!

            De grand maître , hardi valet !

          4. Eninel, si tout comme vous je m’autorise à dire que pour la modestie je ne crains personne, je ne vois pas en revanche ce qui vous autorise à affirmer que je n’ai pas de maitres à penser ?

            Et ce n’est certainement pas diminuer les mérites de la pensée de Marx que de faire remarquer qu’existent d’autres penseurs en économie politique ayant développé des théories cohérentes qui ne recoupent pas (ou pas totalement) celle de Marx. Bref, si Marx est incontestablement un grand penseur, il n’est pas Dieu et ses théories doivent pouvoir être discuté.

            Comme par exemple :
            – Les technologies nouvelles, mêmes si elles amènent un gain de profit supplémentaire pour les heureux propriétaires, ne provoquent en rien par contre une augmentation du taux de profit. C’est même exactement le contraire.
            Je laisse aux spécialistes le soin de déterminer le taux de profit sur un vieux téléphone S63 filaire, mais je gage fort qu’il est bien inférieur, et de loin, à celui réalisé sur un smartphone.

            – Ce qui apporte de la valeur (d’échange, la seule qui compte dans le capitalisme) aux biens ou aux services, c’est la loi de l’offre et de la demande, s’exprimant sur un marché. La valeur n’est donc pas intrinsèquement liée au taux, et même au profit du capitaliste.
            Vous semblez partir du postulat que le marché détermine mécaniquement le juste prix au travers de la « loi » de l’offre et de la demande. Outre qu’il s’agit d’une pensée hérétique, je n’ose écrire déviante, pour l’analyse marxienne, elle est battue en brèche par l’industrie du luxe (http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/03/05/20002-20180305ARTFIG00252-fashion-week-quel-est-le-poids-du-luxe-dans-l-economie-francaise.php). Prenons l’automobile par exemple. Comme je ne suis pas économiste spécialiste de ce secteur, je veux bien partir du postulat que malgré la robotisation et le déport des charges de développement sur les fournisseurs, le taux de profit n’est pas intrinsèquement lié au prix de vente du produit, et qu’une Clio ne rapporte guère plus de profits qu’une Ford T. Mais ce postulat ne s’applique pas chez les marques de luxe et d’hyper-luxe (Ferrari, Rolls, etc) qui ont vu en monnaie constante le prix de leur production, et donc le taux de profit, exploser. Tout simplement parce que la valeur d’un bien est hautement subjective et que dans l’achat d’un bien de luxe, ce qui compte plus que l’objet en lui-même, c’est le prix qui signe de puissance pour l’acquéreur, se doit d’être le plus élevé possible (le fameux « pas assez cher mon fils »).

            – Ce qui a permis au capitalistes au quatre coins du monde de maintenir leur taux de profit ces 50 dernières années, c’est comme le dit le camarade Renard, pour compenser l’augmentation d’un investissement onéreux, s’attaquer toujours plus radicalement et sauvagement à la valeur de la force de travail.
            C’est tout à fait exact, mais cela n’autorise pas à balayer d’un revers de main les 1.000 milliards d’euros qui échappent annuellement aux fiscs des pays de l’UE. C’est même une des bases des travaux de Piketty sur l’accumulation délirante du capital.

            – Ce qui a permis au capitalistes au quatre coins du monde de maintenir leur profit ces 50 dernières années, c’est par les gouvernements et leurs banques centrales l’extension ex nihilo d’un marché artificiel reposant sur le crédit.
            Également d’accord. De toute évidence l’unité de valeur de l’industrie financière s’appelle la dette. C’est au travers de sa production, de sa transformation (ah, l’imagination débridée des produits synthétiques), de sa vente et de son assurance, que la ploutocratie vole la richesse des nations.

            Et j’aime bien votre idée de séminaire marxiste à l’attention des technocrates qui entourent Macron (ceux qui restent quand le petit personnel politique passe et qui adorent aller pantoufler dans les grands groupes privés).

            Me vient immédiatement à l’esprit l’image d’Alex subissant la méthode Ludovico dans le film Orange mécanique.

            Il va sans dire que je suis pour l’application immédiate de ce traitement à tout Bercy ! Et pas que ! 😀

            https://www.youtube.com/watch?v=Uw0NqbRLKao

          5. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/06/10/97001-20180610FILWWW00043-nucleaire-iranien-teheran-demande-a-l-europe-de-se-decider.php

            Ils ont raison les iraniens !

            C’est quoi ces merdes d’européens ???

            « ..;La réimposition de sanctions américaines contre l’Iran commence à faire fuir les investisseurs étrangers, y compris européens. Or la contrepartie de l’accord pour l’Iran était de voir les sanctions internationales levées avec la perspective de nouveaux investissements… »

          6. @ Roberto

            Le taux de profit et la différence entre l’investissement et le gain. Le modèle du téléphone en question et son raffinement ne rentre donc pas en ligne de compte.

            Je vous invite à pousser vos recherches théoriques cher Roberto sur ce que Marx veut faire comprendre lorsqu’il écrit que le mort saisi le vif !

            Ici , et vous le comprendrez parfaitement, nous ne pourrons pas prolonger nos critiques sur les travaux de Marx (une forme d’hommage pour cette seule doctrine économique scientifique ), parce que comme on dit, on étanche pas une soif avec de l’eau salée.

            Bon dimanche my camarade.

          7. Cher Eninel, lorsque je compare un S63 au PV de quelques dizaines de francs à un smartphone vendu quelques centaines d’euros, je ne parle naturellement pas du différentiel technologique entre les deux produits, mais du fait que dans le second cas le taux de profit est incomparablement supérieur.

            Et que Marx n’ait rien écrit sur les smartphones et les GAFA n’enlève rien à l’intérêt de ses travaux, mais en marque simplement les limites liées aux progrès de la technologie.

            Bon dimanche itou.

      2. La baisse tendancielle du taux de profit me semble être la clé de compréhension de la situation tragique dans la quelle nous trouvons, car elle induit la difficulté du capital à se valoriser et une fuite en avant infinie.
        Mais cette baisse n’a rien d’un déterminisme mécanique et le capital tente de l’enrayer particulièrement depuis la fin de la parenthèse de l’après seconde guerre mondiale. Spéculation financière, intensification de l’extorsion de la plus value et extension de la sphère marchande sont les principales dimensions de cette réaction. La guerre peut également constituer la poursuite de la concurrence par d’autres moyens.
        Nous en sommes donc au moment d’une grande bifurcation : socialisme (à réinventer) ou barbarie.

  2. Merci Monsieur Leclerc pour cet article tout à fait dans le coup.
    Il y a comme un vertige saisissant le monde, juste avant de sauter dans le vide…
    A coup sûr les paradigmes ancien éculés sont hors service.
    Le contrôle de l’oligarchie sur les médias donne une comme inertie illusoire à la situation actuelle intenable.
    Il y a toutefois un point sur lequel il y a contestation:
    La puissance militaire US est battue en brèche par les nouveaux armements russes hypersoniques.
    Le physicien Jean-Pierre Petit détaille la validité de ces nouvelles armes:
    https://www.youtube.com/watch?v=IMpcaEixdWo

    1. J.-P. Petit n’est pas forcément la meilleure caution à une argumentation.
      Cependant les nouvelles armes russes semblent suffisamment réelles pour modifier la représentation que se faisaient les Etats-Uniens de leur domination. Grosso modo, ils pensaient avoir aboli en leur faveur l’équilibre de la terreur de l’époque de la guerre froide et ils découvrent qu’ils ont balancé des centaines de milliards par la fenêtre pour s’offrir un bouclier anti-missile obsolète. Gène.
      De plus, des incertitudes planent sur l’efficacité du F-35 (avion prétendument polycompétent, sur lequel ils ont tout misé) et sur leurs missiles et anti-missiles qui, si l’on en croit les mauvaises langue, auraient prouvé leurs limites sur les différents champs de bataille moyen-orientaux.
      Je ne sais pas ce qu’il en est exactement.
      Mais si c’est vrai, on comprendrait mieux pourrquoi les US menacent de déclencher aujourd’hui des conflits qu’ils seraient surs de ne pas gagner demain.

      1. Plutôt que d’équilibre de la terreur il vaudrait mieux parler d’incertitude: en cas de conflit on ne peut savoir à l’avance quelle serait l’issue une fois les combats terminés:

        – soit les territoires des deux belligérants sont entièrement dévastés (ou du moins les plus grandes villes ont disparu)

        – soit l’un des deux belligérants a subi nettement moins de dégâts que l’autre parce qu’il est parvenu à arrêter la plus part des bombes ou parce que les armes de l’adversaire n’étaient plus en état de fonctionner correctement (au bout de quelques dizaines d’années sans avoir pu faire d’essai…)

        Vu que les quantités de bombes encore en stock sont énormes et les moyens de les expédier sur l’adversaire nombreux et variés (avions, fusées à longue ou moyenne portée, sous-marins, missiles de croisière, drones et surement d’autres) il semble logique de penser que le plus probable serait qu’une puissance tierce soit finalement maîtresse de la situation à la fin des combats (o;

        Je suis peut-être exagérément optimiste mais, de même que personne ne peut réellement prévoir les résultats d’une guerre commerciale déclenchée entre des pays où plus grand-chose ne fonctionnerait au bout de quelques mois si leurs frontières étaient fermées, l’absence totale d’expérience de guerre entre deux puissances dotée d’armes nucléaires fait que personne ne peut appuyer sur le bouton avec une chance raisonnable de survie…

      2. Si on comprend bien les explications de JPP il semble qu’il n’est plus nécessaire d’avoir a ce jour un gros potentiel nucléaire pour concevoir des missiles très sales indépendamment de la nature de leur charge et pratiquement inarrêtables. Le petit réacteur sans blindage destiné à la propulsion dont parle JPP est loin de nécessiter de grosses ressources de plutonium comme les bombes atomiques. Le retour des sanctions contre l’Iran n’est peut être pas survenu pour rien, la commission de contrôle international se concentrant sur l’inspection de grandes installations destinées a produire de grosses bombes, pas sur de petits ateliers destiné a fabriquer des missiles hypersoniques avec des matériaux basiques du nucléaire civil. De même on comprend mieux la légèreté avec laquelle la Corée du nord abandonne son programme nucléaire classique… Le principe de ne plus dédier le nucléaire a la charge du missile mais a sa propulsion change toute la stratégie de dissuasion. On peut très bien imaginer demain un petit pays disposer d’une capacité de destruction terrifiante sans posséder le moindre gramme de plutonium, il lui suffit d’avoir un essaim de petits missiles hypersoniques qui peuvent cribler le territoire ennemi en s’affranchissant de toutes les défenses anti aérienne, peu importe que la charge qu’il porte soit explosive, chimique ou bactériologique, l’effet est tout aussi destructeur que quelques grosse bombe atomiques classiques (et à ce jour vulnérables faces au défenses anti-aériennes). Rien n’empêche même d’imaginer ces missiles propulsés au Thorium considéré comme un système de nucléaire civil ne permettant pas de produire d’armes nucléaires. Si JPP ne se trompe pas c’est la totalité de la géostratégie mondiale qui est en train d’être remise en cause, et ça doit gamberger dur dans les états majors ! …

  3. Quand bien même les « élites » seraient intellectuellement convaincues des évolutions en cours ( et elles sont les mieux situées pour les percevoir ) , ont elles vraiment la possibilité d’agir tant que les peuples qui les mettent en place et défont louchent sur le présent dans une grande confusion ?

    Sur l’Histoire longue , on sent bien que l’humanité ,pour survivre, devra aller vers ce qu’un certain appelait l’hyper-démocratie mondiale , dans un contexte chaotique où l’hyper puissance américaine sera de plus en plus relative ( mais significativement puissante ) , que l’on soit en multilatéralisme ou pas , ou en bipartisme américano-chinois .

    Que reste -t-il pour  » les autres » ?

    Les européens ont encore la chance de l’héritage de leur passé humain , financier , technique , scientifique , patrimonial pour rendre ce demi siècle à venir à hauteur d’adaptations supportables , surtout s’ils savent trouver des alliances et convergences d’intérêts avec d’autres sans se laisser manipuler , ou pire, se laisser détruire de l’intérieur ou vendre par les « souverainistes  » bardés d’oeillières .

    Pour « sortir du cadre  » économique, il faudra sans doute d’abord sortir du cadre actuel des relations sociales ( rapports à l’éducation , au travail , à l’organisation des temps , éthique , drogues , permis/autorisé , accès au soins , indépendance de la justice, les gratuités , renforcement des espaces et modes de démocratie directe ,lace et défense des langues, économie d’énergie et anti -gaspi , la création plus que la rente et le patrimoine ,retraites et fins de vie , la défense commune ….).

    Autant de chantiers qui , s’ils ont bien sur des initiatives et des acteurs nationaux , resteront économiquement non viables et sans avenir s’ils ne concernent pas de la manière la plus homogène possible , un groupe d’une taille significative face aux deux mastodontes .

    Ce qui suppose que la sortie du cadre économique est conduite simultanément et pas à pas , l’un validant l’autre et réciproquement .

    Au moins trente ans à souffrir , à perdre des plumes et à gagner des forces et du terrain moins mouvant .

  4. « Sur l’Histoire longue , on sent bien que l’humanité ,pour survivre, devra aller vers ce qu’un certain appelait l’hyper-démocratie mondiale ».
    Ça a une saveur déjà vue… Le « certain » n’est-il pas Jacques Attali?

    Depuis qu’il a agité cette idée, parmi bien d’autres toutes aussi dangereuses, je ressens comme un malaise. En fait cette idée est nettement totalitaire et occidentale. Je vois mal les pays d’Afrique et ceux d’Asie adhérer à un groupement éloigné de leurs préoccupations. Et encore moins les dirigeants occidentaux résignés à perdre leur prépondérance et les peuples mettre en danger leur niveau de vie. Car nous sommes vis à vis du reste du monde comme les Allemands vis à vis de l’Europe: notre gain, leurs pertes.
    Ce n’est certes pas glorieux mais nous oublions trop souvent notre égoïsme fondamental pour ne pas le rappeler. Les bonnes intentions pavent la voie au néo-colonialisme. Sommes-nous prêts à cautionner les pratiques démocratiques de la Russie ou de la Chine?

    Sur le plan pratique, la démocratie s’oppose à la dilution et à l’uniformité. C’est la cause actuelle du malaise ressenti par les 500 millions d’européens.

    1. Le « certain  » est bien Attali … qui n’a fait que reprendre une analyse et un constat faits par bien d’autres , dans pas mal de pays et cultures et depuis bien longtemps , même si c’était avec d’autres mots ou d’autres concepts .

      La démocratie et la mesure des temps n’est effectivement pas la pente naturelle des peuples et sur tous les continents . Mais c’est ça ou guerre , mort et misère .

      Les européens l’ont testé pendant deux millénaires voire plus . C’est leur faiblesse et leur avantage . Les femmes et les hommes conscients et véritablement soucieux du bien commun doivent ne pas passer par perte (définitive ) et profits( très immédiats ) ce douloureux apprentissage qui s’inscrit en longue liste de batailles , de monuments , de cimetières , de vies brisées …

      Sera-t-on assez con , décervelé de la mémoire et de l’expérience pour ne pas saisir ce seul bien commun de l’union de peuples qui se choisissent pour assurer l’avenir des siens , une défense , une monnaie , une fiscalité , une vie sociale , une justice , des institutions ….communes .

      Trente ans pour s’anémier , se vendre , se disloquer , se combattre …ou défendre le beau , le juste , le libre , l’égal , le frère , le vivant .. Ensemble . Et seulement possible parce qu’ensemble .

      Même si je ne suis plus qu’ un vieux , serviteur de sa nation , qui n »oublie rien de la peine , du courage , des drames surmontés de ses aînés ou contemporains , qui jure de ne pas céder aux illusions égoïstes morbides jusqu’à l’instant de sa propre mort , pour que tout n’ait pas été et ne soit pas vain .

      Il n’y aurait donc plus que des vieillards en fin de vie pour avoir envie que la vie ( pas la leur ) se prolonge ?

      Combien faudra -il de Trump et d’autocrates à l’antique , de toutes nationalités , pour que la démocratie vraie sauve le monde ?

      1. Je suis bien d’accord avec vos idées, au lyrisme apprécié. La Démocratie est essentielle, les droits de l’Homme et sa liberté tout autant.
        Mais.
        Notre vécu de ces choses est locale et circonstancielle. Nous ne pouvons rien proposer, ni imposer à autrui. Il me semble que Bush et Obama avaient de « bonnes » intentions au Afghanistan et en Irak. A coup de bombes, pour une meilleure efficacité sans doute.
        Je ne crois pas en notre sagesse et en notre tolérance. Il suffit de voir les branquignoles que nous nous obstinons à élire depuis plus de 30 ans, contre nos intérêts et surtout contre l’expérience renouvelée de nos déceptions. Comment faire confiance à des élus quand ils s’obstinent en des pratiques anti-sociales ? Comme si l’objectif était de décimer les pauvres et singulièrement la classe ouvrière, devenue classe inutile.
        Cette idée de démocratie mondiale en l’état est dangereuse. Parce qu’elle vient d’un fond rien moins que sincère, ou bien parce que son dévoiement est trop facile. Il suffit de laisser parler notre mauvaise part, ce que, en tant qu’électeurs, nous faisons sans cesse, pour que le néo-colonialisme prenne les commandes. Et donc transforme une bonne idée théorique en cauchemar. Dit autrement, je ne nous fais pas confiance.
        Nous ne sommes pas exemplaires. Pour en avoir discuté avec 2 africains (francophones) notre dossier est plutôt chargé…
        Nous ne pouvons que montrer la voie de la solidarité par l’abandon de notre organisation prédatrice. Le critère est simple : Cuba comme exemple d’emprunt sur la nature. Ou comme je l’ai dit ailleurs , France 1942-43, le progrès médical collectif en plus (et un peu plus de pinard, mais pas beaucoup plus). Comme d’hab, l’effort est à prononcer exclusivement sur nous mêmes.

        1. Mais qui te dit qu’il faut imposer les DdH et la Démocratie à coup de bombes et de fouets, ou développer les Droits Humains par la force ? C’est dans ta tête ça mon pauvre Daniel et cela te conduit au relativisme culturel et au chacun chez soi qui est une autre forme doucereuse du racisme ordinaire…

          Je précise de suite qu’une Démocratie sans droits, éthique et humanisme, sans égalité, qui se réduirait à une simple votation/décompte sur tout et n’importe quoi y compris le pire, n’est pas une Démocratie qui m’inspire.

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