Le compte n’y est pas, la dynamique du conflit est préservée

Pour couper court à toute spéculation, Angela Merkel a rompu un silence soigneusement entretenu depuis des mois. Elle a d’abord explicité ce que le porte-parole du gouvernement allemand Stefan Seibert entendait hier par l’adoption d’une attitude d’ouverture vis-à-vis du nouveau gouvernement italien : elle propose aux jeunes chômeurs qualifiés italiens de venir travailler en Allemagne.

Dans une interview au quotidien de référence Frankfurter Allgemeine Zeitung, la chancelière maintient par ailleurs ses positions, n’envisageant que des montants symboliques afin d’abonder un futur budget d’investissement européen. Voici la phrase clé de son intervention : « la solidarité entre partenaires de la zone euro ne doit jamais conduire à une union de l’endettement ».

La montée en puissance du MES afin de se substituer partiellement à ces empêcheurs de tourner en rond du FMI, n’est pas mieux dotée. Et d’éventuelles aides financière sous forme de prêts seraient conditionnées au pire de ce que celui-ci a pu exiger. Seuls « des pays confrontés à des difficultés d’origine extérieure » pourraient en bénéficier.

Tout cela ne fait pas l’affaire d’Emmanuel Macron et confirme que la venue au pouvoir des partis italiens anti-systèmes ne l’aide pas, créant une grande frayeur. Les autorités allemandes se crispent sur leurs positions et il ne faut pas attendre un miracle du prochain sommet.

Matteo Salvini l’a anticipé et va amplifier sa campagne xénophobe devenu ministre de l’Intérieur. Il a sur ce terrain de nombreux alliés européens. Il programme désormais la fermeture du « hot spot » de Pozzallo, en Sicile où il se rend sans attendre, où sont débarqués les réfugiés sauvés en mer par les ONG. L’arrivée de 13.500 d’entre eux a été enregistrée en Italie depuis le début de l’année, un chiffre en forte diminution grâce aux accords passés par le gouvernement italien avec les autorités et les milices libyennes.

Pour Matteo Salvini, ainsi que pour le M5S qui ne prend guère de distances avec lui, annoncer qu’il va être temps pour les réfugiés qualifiés de clandestins de « faire leur valise » est pain béni, évitant de s’affronter dans l’immédiat avec Bruxelles sur les questions budgétaires en s’attaquant aux « taxis de la mer », comme sont dénommées les ONG, afin qu’ils ne puissent plus aborder le sol italien. Mais cela ne fera que retarder les échéances.

Ce pourrait être l’occasion de couper l’herbe sous le pied aux campagnes xénophobes en accueillant dans les autres pays européens des réfugiés, au lieu de les bloquer en Italie en les alimentant, mais il vaut mieux ne même pas y penser. Les responsabilités des autorités européennes ne peuvent être éludées.

Recommandez par mail Recommandez par mail

Partagez

22 réflexions au sujet de « Le compte n’y est pas, la dynamique du conflit est préservée »

  1. Magnifique effet ciseaux en perspective pour l’UE : prise entre le nouveau gouvernement italien qui pour se maintenir va probablement torpiller le pacte de stabilité et de croissance, et l’Allemagne qui entend bien garder la haute main sur l’euro, quitte pour cela à en revenir au Deutsche Mark et à se replier sur l’hinterland de sa neue Europa.

    Et à part faire de beaux discours en regardant passer les trains, on ne voit pas très bien les marges de manœuvre de Jupiter…

      1. C’est bien sûr en totale opposition avec l’esprit de la Constitution, mais les faits sont ce qu’ils sont : le Premier ministre censé diriger l’action du gouvernement n’est qu’un collaborateur du Président, et l’Assemblée Nationale la chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif. Bref, Macron est parfaitement en droit de reprendre la formule attribuée à Louis XIV, l’État c’est moi.
        Dans ces conditions il est juste de rendre à Jupiter ce qui lui appartient: l’impuissance manifeste de la France à faire évoluer les positions allemandes, c’est également lui.

          1. Ho , c’est assez bref : Si c’est grave , c’est parce que la France n’est pas assez puissante pour faire évoluer l’Allemagne .

            Jupiter , c’est pas le problème , ni la solution .

            J’espère qu’il n’est pas seul pour réfléchir à la suite et à la meilleure façon de sauver les meubles pour préserver d’autres avenirs .

          2. Vous avez raison, Jupiter n’est pas le problème, les madrasas de Commerce en produisent des dizaines de milliers de clones par an. Le problème fondamental est qu’un individu seul ait les pleins pouvoirs pendant cinq ans pendant que le peuple est réduit à l’impuissance et n’a plus son mot à dire.

            Techniquement parlant, nous sommes sous le régime de la ploutocratie, non sous celui de la démocratie. Et comme celle d’outre-Rhin est la plus puissante, c’est elle qui va possiblement (probablement ? sûrement ?) décider de saborder l’UE pour sauver l’essentiel, sa monnaie.

          3. De fait, la France n’est pas assez puissante pour faire évoluer l’Allemagne.

            Les Etats-Unis non plus d’ailleurs.

            Même une très grande puissance ne suffit pas pour convaincre un peuple d’aller contre ses conceptions les mieux ancrées et qu’il juge à tort ou à raison non seulement la meilleure garantie de ses intérêts mais encore bonnes pour tous, toujours et partout, sans compter moralement justes.

            Le fait que l’Allemagne ne changera pas de conceptions sur l’euro n’a rien de nouveau. Ce qui change doucement, c’est plutôt que de plus en plus de gens semblent s’en rendre compte.

            Reste à accepter de regarder ce fait en face, et à en tirer les conséquences.

      2. Jupiter ! Quel surnom surfait trouvé par des communicants flagorneurs.
        Quoique…
        Si ce mec est Jupiter, nous sommes tous Amphitrion.

  2. Angela Merkel propose aux jeunes chômeurs qualifiés italiens de venir travailler en Allemagne.

    C’est ce que les italiens du nord ont fait en embauchant un grand nombre d’italiens du sud dans leurs usines à l’époque dite du miracle économique italien avec cependant la différence que Mme Merkel n’aura rien dépensé pour former les italiens qualifiés à qui elle suggère d’aller travailler en Allemagne. Cette « solution » n’en n’est pas une puisqu’elle ne peut aboutir qu’à augmenter les inégalités entre le nord et le sud de l’Europe…

    Miracle économique italien: https://fr.wikipedia.org/wiki/Miracle_économique_italien

    1. La phrase de Merkel est choquante, et est révélatrice probablement d’un état d’esprit du pays, ne se rendant pas compte de la situation démographique catastrophique de l’Italie. Taux de natalité ultra-bas à environ 1,3 enfant par couple, et la jeunesse qualifiée qui émigre : c’est le pire destin qu’on puisse souhaiter à un pays . Et frau Merkel d’en rajouter un couche…ah, décidément, avec les Allemands, vive l’Europe ! (Ça me met vraiment en colère…).

      1. Comment douter que Merkel ne soit pas au courant de la situation démographique de l’Italie. Je crains que l’Allemagne ne change jamais. Aujourd’hui elle n’a plus besoin de chars pour humilier et écraser les peuples sa méchanceté liée à sa puissance financière lui suffit et ce n’est pas Jupiter à la plage qui l’en dissuadera.

        1. À quoi sert-il d’avoir des indicateurs macro-économiques au vert si dans le même temps les conditions socio-économiques imposées par l’ordolibéralisme, font que la population est également vieillissante et en déclin,

          https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-population-allemande-vieillit-plus-rapidement-qu-en-france-et-au-royaume-uni-741292.html

          que les vieillards allemands sont délocalisés,

          http://www.slate.fr/lien/64247/allemagne-maisons-retraite-etranger

          que le nombre de travailleurs pauvres a doublé en 10 ans,

          https://www.lesechos.fr/09/07/2017/lesechos.fr/030437857671_l-allemagne-face-a-la-hausse-du-nombre-de-travailleurs-pauvres.htm

          et que bien entendu, les mêmes causes produisant effectivement les mêmes effets, l’extrême-droite est de retour au Bundestag,

          http://www.liberation.fr/planete/2017/10/24/au-bundestag-l-arrivee-fracassante-de-l-extreme-droite-annonce-une-nouvelle-ere-politique_1605253

          Dans ces conditions, difficile de démêler ce qui relève de la méchanceté ou bien de la bêtise crasse !

  3. Coucou,

    Si j’ai bien compris cette histoire d’ecart de taux qui revient sans cesse depuis 2008, on nous a vendu ou nous avons envisagé la monnaie unique avec ferveur et enthousiame, mais malheureusement, avec cette histoire de dette souveraine , c’est une monnaie commune, sans fluctuation souveraine possible; çà ne change pas grand chose par rapport au sme, sauf qu’au lieu de dévaluer, on vote des budgets en deficit, en demandant aux riches de préter à l’état;
    La perversion du systeme, c’est que l’etat fait semblant de se soumettre aux desidératas des préteurs; tina; C’est la que l’on s’approche de la valeur des choses, de la liberté et de la retraite de ma grand-mère;

    Que vaut la dette ? Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, ou de la taille du preteur

    Mais j’ai peut-etre rien compris;

    Bonne soirée

    STéphane

  4. @ Juannessy dit : 3 juin 2018 à 21 h 01 min
    Et pourquoi donc serait-il souhaitable que la France fasse évoluer l’Allemagne ?
    Un blogueur allemand serait-il légitime à espérer que l’Allemagne fasse évoluer la France ?
    Les situations économique, sociale et démographiques, pour ne prendre que ces trois aspects, ne sont pas semblables dans ces deux pays, comment pouvez-vous espérer les voir s’accorder sur une politique commune ?
    Et ceci est valable pour la quasi totalité des pays de l’U€.
    Merkel ou pas Merkel, Macron ou pas Macron, la question reste entière.
    La question c’est le projet de société et la volonté politique qui va avec.

    1. RV (4/6 à 18h51) écrit :
      … » Les situations économique, sociale et démographiques, pour ne prendre que ces trois aspects, ne sont pas semblables dans ces deux pays, comment pouvez-vous espérer les voir s’accorder sur une politique commune  » ?
      SVP , faites l’effort de remplacer… pays par villes(d’un même pays)
      puis …villes(d’un même pays) par quartiers (d’une même ville d’un même pays)
      et ainsi de suite… jusqu’à vous demander à quoi devraient servir les « élites » de nos démocraties représentatives , sinon à dépasser ce stade de retour à l’individualisme mortifère..!
      Et les élites, en particulier celles activement corrompues ou passivement par le « système », ça finit par se changer, au mieux légalement, au pire par la force!

      1. Il me semble acquis qu’entre les villes d’un même pays ou entre les Etats d’un même Etat fédéral il est institué une solidarité économique ce qui n’est pas le cas de l’U€.

      2. Changer les élites légalement ou par la force ?
        Oui, bien sur, mais avant il faut avoir élaboré un programme qui permette la prise de pouvoir du plus grand nombre, en un mot comme en cent, un programme qui ait pour but la construction d’une démocratie. Il n’y a pas de recette toute faite, la construction d’une démocratie sera un long cheminement semé d’embuches. Encore faut-il le savoir, l’affirmer et créer une situation qui permette son élaboration.

    2. @RV:

      Toute l’Histoire , c’est l’histoire de gens ( clans ,tribus , peuplades , peuples …voire niveau supérieur ) qui cherchent à s’influencer mutuellement en version la plus riche et féconde , à s’asservir mutuellement en version moins sympathique . La relation entre deux êtres est d’ailleurs de la même nature .

      Chaque peuple a un peu son « tempérament » propre , qui , toujours dans mes schématisations -repères temporelles, révèlent des formes de rapport au temps privilégié . Dans le cas des allemands ( mais c’est vrai aussi des japonais et des américains blancs ) le rapport est préférentiel avec le présent et le futur immédiat , et , même si la mondialisation et les migrations ont fait et feront évoluer la donne , les institutions et l’organisation de la vie publique en Allemagne traduit encore cette orientation « existentielle » . Dans le cas des français , globalement , si les romains nous ont aussi laissé une part d’affinité au Présent , il semble que notre talent particulier est la capacité à sortir des sentiers battus , donc rapport au Hors temps .

      Il y a eu d’ailleurs des penseurs ou politiques allemands ou français pour repérer que cette relation envie et admiration de l’autre VS mépris et conflit entre nos deux peuples , se nourrissait de nos différences de « caractère » .

      On peut faire le même type de repérage entre français et britishs ,encore que l’insularité de ceux ci leur a conféré des appétences plus difficiles à cerner , ce qui explique peut être que nous pouvons avoir parfois avoir des complicités avec eux .

      Au total , il n’y a pas de progrès possible , interne , national , européen , mondial , si cette organisation mondiale n’est sous tendue que par le rapport au présent et au futur immédiat, comme c’est le cas actuellement via le capitalisme-libéral et la loi comptable , qui est donc un des principaux obstacles au rapprochement et à l’enrichissement mutuel des peuples .

      Car le progrès vrai n’est possible que si l’on prend en compte simultanément et avec le même poids le passé , le hors temps , le présent et le futur moyennement éloigné .

      La dernière fois que ça a été possiblement jouable et en partie joué , c’est après une guerre mondiale qui a « bousculé » les certitudes et forces de chacun .

      J’espère que les dirigeants mondiaux en ont conscience et que les plus futés d’entre eux sauront marquer l’histoire en donnant un avenir qui ne soit pas que l’intérêt immédiat de « leur » peuple , car ce calcul ne peut être que désastreux pour le monde et pour eux .

      Mais je suis certain que si les allemands ne deviennent pas un peu français , et les allemands un peu Français , l’Europe ( et pas que ) est décédée et ses peuples à vau l’eau .

      Je ne sais pas si les manœuvres sont grandes , mais les manœuvres ont besoin d’être grands . Ce qui serait plus facile si leurs peuples étaient grands .

      L’espoir angélique des fondateurs de l’Europe était sans doute que les accords économiques ( cf les débuts par la CECA) amènerait mécaniquement , pour cause de moindre « concurrence  » interne , à ce partage des âmes et des caractères .

      Mais les fondements structurels du capitalisme libéral ,qui s’est imposé mondialement , ne permet pas le partage » , ni des âmes , ni des richesses . Ils ne permettent pas le rassemblement et l’intelligence des êtres , car ils ne permettent que la prise en compte de moins de deux des quatre rapports au temps qui sont notre source de vie et de survie .

      La dynamique du conflit est dans « les comptes » qui ne sont que comptes .

      Le conflit ne cessera ou n’évoluera que si les peuples s’éveillent aux vraies conditions de la survie en demandant , en conscience , à leurs représentants , de contractualiser les plus et les moins mutuels , dont la somme donne un horizon humain , toutes choses dont une block-chain n’est aussi pas capable ou porteuse .

      Ou par la disparition lente ou rapide des peuples et donc du conflit .

      A notre petite échelle , Macron , s’il s’inspire vraiment de Ricoeur , et Merkel si elle se souvient de quoi elle est venu dans l’Histoire , auraient une chance de jouer un rôle dans notre tragédie permanente .

      Encore faut il qu’ils le pensent , que leurs peuples le pensent , et que le capitalisme libéral et le cinglé de Wall Street le permettent .

      Vaste programme , et efforts partagés .

      1. @ Juannessy 4 juin 2018 à 21 h 42 min

        Pas très marxiste votre vision de l’histoire !
        Je ne pense pas qu’il soit pertinent de mettre en parallèle la nature de la relation entre deux individus et celle entre les classes sociales.
        Quel que soit le pays et le tempérament propre que l’on prête à sa population vous ne m’ôterez pas de l’idée que c’est bien le rapport de force entre classes qui domine la destinée politico-économique dudit pays. Le rapport de force n’empêche pas le développement des Erasmus entre pays de l’U€, ce sont deux domaines déconnectés comme le sont les divers tempéraments que l’on prête aux différents peuples.
        Quand au progrès il est bien plus lié à la reconnaissance ou au déni des aspirations du plus grand nombre et c’est bien ce qui s’est passé au sortir de la seconde guerre mondiale quand en France les quelques ministres communistes ont réussis contre vents et marées à faire passer quelques réformes avec lesquelles nous vivons encore aujourd’hui, le fameux modèle social à la française. Voir à cet effet les analyses de Bernard Friot.
        Quand les peuples « demandent à leurs représentants » ils se font envoyer sur les roses dans cette U€ ! Sans remonter au NON de 2005, l’exemple grec et aujourd’hui italien sont assez parlant.
        Il faut changer le cadre politique, c’est à dire la constitution, pour que les représentants n’aient pas les pleins pouvoirs dès les élections passées . . .
        Macron et Merkel jouent leur rôle, et fort bien, de leur point de vue !
        Sur quelle planète vivez vous pour croire que le capitalisme puisse permette quoi que ce soit qui porte véritablement atteinte à l’accumulation du capital sans mettre tout en œuvre pour l’interdire à nouveau ?
        Non, il faudra lui arracher nos prochaines conquêtes, comme au lendemain de la dernière guerre mondiale où le rapport de force lui était défavorables suite à ses accointances fort discutables avec les milieux d’affaires de la puissance occupante.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.