Le statu quo n’était pas tenable

La situation européenne était présentée comme verrouillée pour longtemps, mais le statu quo imposé n’a pas duré. La venue au pouvoir dans des conditions chaotiques d’une coalition des deux partis anti-système italiens est surprenante, mais elle montre bien que l’Italie est un morceau trop gros pour être avalé. Toute honte bue, les marchés ne s’y sont pas trompés, se réservant pour la suite.

Toutes affaires cessantes, celle-ci est venue d’Espagne avec la chute du gouvernement Rajoy au profit d’une coalition formée autour du PSOE. Les situations espagnole et italienne ne sont pas comparables, mais il se dessine un axe des pays du Sud de l’Europe, de la même manière qu’un autre s’est constitué sous le nom de groupe de Višegrad à l’Est. Hétérogène, l’Europe est parcourue par des courants contradictoires que sa construction, inachevée, ne peut contenir. Avec comme victime expiatoire l’euro chargé de tous les péchés. Dans l’immédiat, Schengen est menacé et les Traités sont en passe de devenir caducs à ce rythme-là.

On s’était placé dans la perspective de la fin des mandats des présidents de la Commission et de la BCE, et l’on se trouve devant l’entrée dans une ère nouvelle. La recherche d’une porte de sortie par tous les moyens, le plus souvent inattendus et pas nécessairement les plus plaisants. Les partisans de l’ultra-libéralisme avaient cru qu’une alliance avec ceux de l’ordo-libéralisme allemand était à leur avantage, mais ils n’ont abouti qu’à approfondir la crise sociale et politique. D’autres alliances doivent être recherchées.

Que fait donc la BCE, ce sauveur de dernière instance ? Ne pouvant se préparer à actionner son programme OMT, car il serait assorti de conditions drastiques inapplicables dans le contexte italien, prise à contre-pied par une remontée de l’inflation qui doit à la poussée des prix de l’énergie, elle-même suscitée par la crise commerciale montante, elle fait pour l’instant silence. Peut-être aussi est-elle à bout de ressources, l’heure étant par ailleurs à la confrontation entre gouvernements. Mais ceux-ci sont occupés à étoffer une feuille de route franco-allemande que l’on attend toujours. Il serait temps, le sommet se tient les 28 et 29 juin prochains.

Certains pensent que l’offensive de Donald Trump pourrait être l’occasion pour Emmanuel Macron de négocier son appui à Angela Merkel qui appelle de son côté à l’unité, ayant bien besoin d’une solidarité qu’elle refuse quand elle est financière. Les exportations allemandes sont les premières visées par l’administration américaine et les autorités européennes ne sont capables que de réaffirmer qu’elles ne négocieront pas sous la contrainte, ce qui semble avoir plutôt réussi aux dirigeants chinois. Mais là aussi attendons la suite. En attendant, la taxation de l’acier et de l’aluminium est intervenue et les mesures de rétorsions européennes restent du domaine de l’anecdotique. La question est posée, Donald Trump ne vise-t-il pas un autre éclatement, celui de l’OMC ?

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10 réflexions au sujet de « Le statu quo n’était pas tenable »

  1. Allemagne, Italie, Espagne, Portugal, finalement les coalitions sont ‘ à la mode’…!?
    Quand à mister Trump, ne vise t-il pas surtout sa réélection… 🙂

  2. Les européens ne « négocieront pas sous la contrainte » est un euphémisme pour dire qu’ils ne négocieront que des brins d’herbe et encore. Quant aux contre-sanctions elles n’arriveront jamais tant l’EU est inféodée à son « parrain » américain.

  3. « Les mesures de rétorsions européennes restent du domaine de l’anecdotique » ?

    Junker vient d’appeler à la fin du « russian-bashing ».
    La levée des sanctions serait-elle anecdotique ?

  4. Faites vos jeux, rien ne va plus ! La bonne nouvelle serait (simple espoir) de briser les dogmes et les allégeances (euh, pardon), les alliances convenues, avec en ligne de mire le TINA…mais dans la situation actuelle, l’adversaire pourrait vite contre attaquer, voire choisir le camp de l’extrême droite….en ce sens, le cas de l’Italie va être très intéressant….

    1. La nuit porte conseil..(dit-on..).
      On devrait (Je devrais) cesser de se (me) fixer exclusivement sur l’alternative « création monnaie fiscale »/ou pas.. et ne pas perdre de vue ce que ce commentaire(« Ben »-ailleurs) met bien en musique :
      … » On a donc un gouvernement où l’extrême droite est aux commandes à des postes clés, flanqué d’un ministre des finances qui veille à l’orthodoxie libérale et europeiste.
      Le pouvoir avant tout, tel semble être l’objectif de ces gens. Très banal.
      La différence avec Syriza se verra lorsque l’extrême droite au pouvoir s’occupera de la question migratoire. Syriza avait été très correct sur ce chapitre, malgré des conditions particulièrement périlleuses.
      Cette affaire me paraît mal partie. D’autant plus que les euro-fanatiques ne manqueront pas de monter en épingle les débordements racistes que la situation politique autorise désormais (ça risque d’être odieux).
      En réalité, l’UE ne risque rien avec un tel ministre des finances et une telle équipe dépourvue de vision politique convaincante.
      En revanche,
      [faire ]assimiler l’euro-sceptiscisme à l’extrême droite xénophobe sera un jeu d’enfant. Cette affaire est pourrie et dangereuse « .

      1. Merci pour la citation.
        Ce commentaire est remarquable. Il manque le versant extrême gauche. Les idées ne manquent pas, par exemple un glissement de populaire à populiste…

        1. Petite passerelle pour populisme de gauche : allez voir l’interview de Bernie Sanders sur le Blog de Paul Jorion : populisme de droite = démagogie et mensonge, populisme de gauche = authentiquement populaire…

          1. https://www.francetvinfo.fr/monde/italie/italie-les-populistes-au-pouvoir_2780981.html
            Incroyable…
            Le mot « populaire » est bien là, mais pour une pizzéria…

            En revanche, « 500000 migrants expulsés » font mal.
            Mais.
            Les italiens (individus, ONG, associations d’entr’aide et municipalités) ont fait beaucoup pour les immigrés, sans implications européennes sérieuses.
            L’histoire montre que l’état italien et ses institutions n’ont jamais été très efficaces dans ses résolutions extrémistes. Agitons ces 2 observations et nous trouvons de quoi alimenter notre confiance.

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