Mattarella a tout faux

Le président de la République Sergio Mattarella a jeté de l’huile sur le feu ! La nomination de Carlo Cottarelli au poste de premier ministre n’a pas convaincu les marchés et les électeurs. Le spread des taux italien et allemand à dix ans a bondi, et les sondages annoncent une forte progression du score de la Ligue. Il n’obtiendra pas la confiance au parlement et ne pourra pas faire adopter le budget 2019 comme il en rêve naïvement. L’opération du président de la République renvoie à l’épisode Mario Monti, qui a finalement échoué, à ceci près que celui-ci disposait d’une majorité parlementaire.

Le temps de Carlo Cottarelli va être compté, et le calendrier des prochaines élections qu’il va devoir convoquer dans ces conditions ne va pas lui en accorder beaucoup. Qu’aura réussi son mentor Sergio Mattarella ? À souder d’avantage le camp de ses opposants qui dénoncent un déni de démocratie et à renforcer leur position auprès des électeurs. Pour probablement se retrouver devant la proposition d’un ministre des finances – qu’il a obstinément refusé – membre d’un courant du monde des affaires italien qu’il rejette. Traités de populistes, ceux qui ont patronné sa candidature ne manquent pas de sens politique et montrent qu’ils sont d’autant plus dangereux qu’ils ne veulent pas casser la baraque !

On peut affirmer qu’il n’était pas dans les intentions des partis antisystèmes de précipiter la sortie de l’Italie de l’Euro, comme s’en émeuvent ceux qui craignent qu’ils se donnent unilatéralement des marges de manœuvres en créant une monnaie parallèle. Et la dernière contribution du président de la République est paradoxalement de rendre une telle sortie de l’euro plus vraisemblable. Car rien n’est à attendre venant des autres pays européens : Emmanuel Macron a loué le « courage » et le « grand esprit de responsabilité » de Sergio Mattarella, et Angela Merkel a rappelé que « nous voulons travailler avec chaque gouvernement, mais bien sûr nous avons des principes au sein de la zone euro ». À ce propos, Luigi di Maio n’a de son côté par arrêté de répéter que « rien dans la Constitution italienne n’interdisait de changer les règles de l’Union européenne ».

Il a appelé à une manifestation dans tout le pays le 2 juin, jour de fête nationale, faisant savoir que « la nuit dernière était la plus sombre de l’histoire de l’Italie ». Que va-t-il se passer ensuite ? La Ligue et le Mouvement des 5 étoiles pourraient formaliser leur alliance pour aller ensemble aux élections en dégageant une forte majorité, à moins qu’ils préfèrent instaurer une réforme de la loi électorale renforçant le scrutin majoritaire permettant à l’un des deux mouvements de gouverner seul.

AUTOCRITIQUE : Je ne pense pas m’être trompé sur les raisons du refus de nommer Paolo Savona au poste de ministre des finances. Mais j’ai confondu un projet de loi électorale qui n’a pas finalement été adopté avec celui qui l’a été, dont l’objectif était de contrer le Mouvement des 5 étoiles ! Selon les termes de la loi en vigueur, la majorité des sièges ne s’obtient pas si une coalition obtient 40% des voix, ce qui rend peu probable un retournement d’alliance favorisant le retour de Silvio Berlusconi. Par contre, l’enjeu peut se révéler être que la Ligue devance le M5S, aboutissant à un autre programme de gouvernement et à une autre composition de celui-ci.

Mea Culpa.

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7 réflexions au sujet de « Mattarella a tout faux »

  1. L’Europe des rentiers , des financiers et de leurs obligés politiciens comme ce président italien est toute saisie de pétrification.La rigidité ne conduira qu’à une explosion violente si par malheur l’introduction de concepts fluides n’aboutit pas.Les adeptes de la religion féroce sont des dogmatiques arrogants; paresseux au point de s’adjoindre des larbins.Cupides, sans scrupule ni compassion, ils creusent leur propre tombeaux.
    Que des forces politiques à priori aussi étrangères l’une à l’autre puissent composer un attelage comme la Ligue lombarde et le Mouvement 5 étoiles envisagent de le faire,est anti-conformiste.Il s’agit d’un concept fluide, dynamique, capable de coller au peuple en désarroi mais résolu à survivre. Etre solidaire dans l’adversité aiguillonne la volonté et favorise la créativité.

    Cela fait penser au Conseil National de la Résistance en France.

    En Italie, il existe une économie parallèle assez efficace;
    la « combinazione » appartient au tempérament italien;la propagation de la misère en favorise l’extension.

    Par ailleurs, l’entregent français, allemand et bruxellois , qui a abouti à la désignation d’un premier ministre serviteur de l’oligarchie bancaire, va exciter l’esprit populaire italien.
    Il n’y a aucun doute, cela va semer des germes de radicalité.
    J’ai remarqué au veston du président italien le petit macaron
    attestant de son affectation à la franc-maçonnerie…
    La suite sera nécessairement sportive.

  2. Mattarella sait qu’il ne gagne, au mieux, que quatre mois.
    Qu’attend-il de ces quatre mois ?
    Montée des tensions intérieures (néo-gladio ?) ou extérieurs (Russie ?) qui provoqueraient le retournement et le repentir du peuple italien ?
    Fort évènement rendant impossible le désarimage de l’Itale de la zone Euro ?
    Ou simplement quatre mois sans trublion populiste pour l’OTAN ou l’UE dont les calendriers estivaux semblent très chargés ?
    Nous vivons une époque intéressante.

    1. Plus simplement faire peur aux Italiens en les bombardant d’infos sur la supposée catastrophe économique que provoquerait une sortie de l’Euro, en faisant peut-être du chantage avec les avoirs bancaires.

      Mais aux dernières nouvelles, les élections auraient lieu en juillet, ce qui laisse moins de temps pour une campagne de propagande

  3. Le pathétique risque vite de tourner au tragique. Sûr que les manoeuvres et le chantage financier a dû commencer. La désintégration de l’UE est en cours. Résultat logique de l’aveuglement borne et l’arrogance de la technocratie européenne complètement bloquée. On pourrait rêver d’un degagisme du personnel européen mais malheureusement le système semble ainsi fait que son personnel politique est hors de portée des citoyens européens. Mais le verrou bruxellois risque en fin de compte de se retourner contre lui même.

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