À Rome, le pari très risqué du président Mattarella

Symbole pour symbole, Carlo Cottarelli le nouveau premier ministre italien est celui de l’austérité budgétaire. Surnommé « Monsieur Ciseaux », cet ancien du FMI s’est illustré pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques en 2013-2014, sous des gouvernements de centre gauche, et a pour fonction de calmer les marchés. Mais, comme Mario Monti, il ne disposera pas de majorité parlementaire. Il sera à la tête d’un gouvernement technique, chargé de préparer de nouvelles élections.

Quel est donc le calcul du président de la République ? En pleine ascension dans les sondages, la Ligue est désormais créditée de 25% des intentions de vote après avoir remporté 17% aux dernières élections. Avec les 13% de Forza Italia et les 4% de Fratelli d’Italia, elle dépasserait le seuil de 40% donnant la majorité parlementaire et le tour serait joué. Le Mouvement des 5 étoiles serait exclu de la partie.

Silvio Berlusconi, qui court après son immunité, n’a pas attendu pour accréditer cette hypothèse en se rangeant dès la nuit dernière derrière l’avis de Sergio Mattarella, déclarant que « dans les circonstances actuelles, le premier devoir de tous est de défendre l’épargne des Italiens, en protégeant les familles et les entreprises de notre pays ». Mais ce calcul du président de la République prend le risque que ce nouveau tour des élections adopte de facto le caractère d’un référendum pour ou contre l’euro, qui n’est pas gagné dans la confusion politique actuelle.

Voilà ce qui on arrive quand on manipule le résultat des élections. Dans l’immédiat, on renforce les discours xénophobes visant Berlin et Paris. Dans un proche avenir, on risque de conduire les partis antisystème, qui avaient tempéré leur discours anti-euro pour chercher une échappatoire avec la monnaie parallèle, à le reprendre en force. Le président de la République joue avec le feu, mais il n’a pas le choix. Et la coalition qu’il cherche à mettre en scène risque fort de se révéler plus instable, si elle se reconstitue, que celle qu’il veut défaire. Le pari de Sergio Mattarella est très risqué. Il suppose aussi que Matteo Salvini, le leader de la Ligue, s’y prête, qui a déclaré que l’alliance avec Silvio Berlusconi serait rompue si celui-ci votait la confiance à Carlo Cottarelli.

Que font nos édiles européens ? Ils laissent faire et favorisent la venue d’un gouvernement d’extrême droite en Italie afin de contenir la mise en cause de l’austérité budgétaire qui s’y annonce. « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » avait dit Jean-Claude Juncker. Cela se confirme.

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9 réflexions au sujet de « À Rome, le pari très risqué du président Mattarella »

  1. Extrémiste
    Nom et adjectif
    1. Partisan d’une doctrine poussée jusqu’à ses limites, ses conséquences extrêmes ; personne qui a des opinions extrêmes.

    Eh bien si MM Salvini et Di Maio peuvent être qualifiés de « populistes », il est clair maintenant que MM Mattarella et Junker méritent d’être qualifiés d’extrémistes.

  2. Quand un gouvernement qui a l’intention de déclarer la guerre à un ou plusieurs de ses voisins recherche l’appui de la population il prétend toujours que la guerre sera courte et qu’une victoire va nécessairement s’en suivre…

    Dans le cas présent, où il s’agit d’une guerre économique et (surtout) financière, on peut reprocher aux Cinque Stelle et à Ligue d’avoir largement laissé dans l’ombre pendant la campagne les moyens grâce auxquels ils comptaient gagner la bataille malgré l’hostilité explicite de leurs voisins de la zone euro.

    Ne serait-il pas une bonne chose que la participation du pays à cette zone euro et l’acceptation ou non du fait que l’Italie ait à peu près la même place en Europe que celle qu’occupent les régions du sud à l’intérieur de l’Italie elle-même soit le sujet central des prochaines élections?

  3. G L : … » l’acceptation ou non du fait que l’Italie ait à peu près la même place en Europe que celle qu’occupent les régions du sud à l’intérieur de l’Italie elle-même soit le sujet central des prochaines élections « ?
    Voulez-vous sous-entendre que la (future?) confrontation entre les « TINAs-boys » et les « TATAs-boys » se passera médiatiquement « à la régulière »…?.. que LÉMARCHÉS &Co joueront le rôle de l’observateur impartial…?… etc..etc.. , bref..voulez-vous croire ou nous faire croire que l’  » on  » va enfin vider l’abcès à cette occasion , dans l’intérêt du patient..?

  4. C’était prévisible.
    Pourtant certains sont surpris de voir une nouvelle fois l’Italie allait en débandade.
    Pas une erreur d’aiguillage ou la faiblesse d’un homme ayant blanchi trop vite sous le harnais.
    Non.
    C’est fait délibérément pour que ce soit pire.
    La marque de fabrique de l’ordo-libéralisme.

  5. Relai de deux commentaires écrits de proches, avec un angle de vision pas habituel.. :
    … » Alors, que penses-tu de ce qui se passe en Italie ? Le président n’a aucun problème avec la nomination d’un ministre de l’intérieur d’extrême-droite raciste et xénophobe qui a promis de traîner les dizaines de milliers de migrants hors du pays et de « solutionner » le problème des migrants venant de Libye.
    Par contre, il met son veto sur le ministre de l’économie & des finances, un homme certes anti-euro, mais une pointure dans le domaine, qui avait déjà dit qu’il jouerait le jeu des règles de l’UE..!
    L’idée que M. Savona, professeur, banquier, économiste et statisticien, haut fonctionnaire de la banque centrale italienne, ancien ministre de l’industrie, quelqu’un qui a probablement dirigé plus de banques, plus de commités technique macro-économique (y compris pour les traités européens) et siégé à plus de conseils d’administrations (y comprit au comité directeur de la réserve fédérale américaine) que quiconque en Italie, ne soit pas compétent comme ministre de l’économie est une injure insupportable, qui flirte avec la trahison.
    C’est quelqu’un qui est à 200% du système. La ligue et le M5S ne peuvent pas trouver quelqu’un qui soit plus l’homme du compromis pour les élites
    « …

  6. Et si le gouvernement « technique » n’avait pas la confiance des chambres ?
    Rappelons aussi que le 1er gouvernement Mitterand a subi le sabotage des milieux financiers après 1981, jusqu’à lui faire retourner sa politique et exclure les communistes de son gouvernement pour donner des gages à la classe des riches.
    On peut encore se demander ce qui se passe avec Erdogan en Turquie. On racontait qu’il avait rassemblé des moyens financiers venus « d’ailleurs » pour réussir et développer l’investissement. A quoi est du le retournement d’aujourd’hui, veille des élections ? On dirait que les financiers veulent manipuler l’opinion. Même si on espérait un coup d’arret au président sortant, on aurait voulu qu’il soit démocratique….

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