L’Europe du sud source de bien des tracas

La dette publique italienne est comme on sait un très gros morceau, et il viendra nécessairement un moment où, à l’instar de la Grèce, la fiction de son remboursement ne sera plus tenable. En attendant l’espoir fait vivre. Pour la suite, cela promet des transactions sans fin, car si le statuquo finit par ne plus pouvoir être maintenu, un abandon de créance n’est pas pour autant acceptable pour nos édiles. Elles se raccrochent à un reprofilage qui a le mérite de repousser le moment où il deviendra inévitable, c’est tout ! Les Allemands sont conscients de cette impasse. Pour ne pas y pénétrer, ils veulent imposer des tours de vis supplémentaires à la Grèce en cherchant à imposer l’intervention du Bundestag dans l’examen annuel du reprofilage de sa dette. On ne se refait pas.

Pour revenir à la dette italienne, elle n’est pas uniquement publique. Elle est également privée en raison d’une masse des prêts non performants (NPL) détenus par un système bancaire composé de nombreuses petites banques. Celles-ci sont sommées de s’en délester, et l’opération doit se faire en deux temps. Dans un premier mouvement, elles soldent leurs NPL à très bas prix, afin de trouver preneur, ce qui impliquera leur recapitalisation par la suite.

Les hedge funds sont à l’affut sur leur terrain d’élection, et les grandes banques attendent que leur tour intervienne, quand le temps des restructurations sera venu. Mais la mission qui pourrait être assignée par la nouvelle coalition politique à la banque Monte dei Paschi di Siena (BMPS), qui est désormais publique à 68,2%, suscite la polémique car pouvant bouleverser ce schéma initial.

« L’État actionnaire doit procéder à la redéfinition de la mission et des objectifs de l’institut de crédit dans une optique de service », peut-on lire, sans aucune autre précision, dans le contrat de gouvernement des eurosceptiques. Il y a de quoi s’inquiéter.

Au minimum, le doute s’est installé : la BMPS aux mains de l’État sera-t-elle appelée à devenir un instrument de la restructuration du système bancaire italien, conduisant les grandes banques européennes à abandonner leurs ambitions ? De fait, le nettoyage des NPL a été entrepris et des banques comme UniCredit, Intesa Sanpaolo et BMPS dégagent dorénavant des bénéfices substantiels.

Comme si cela ne suffisait pas, une autre menace plane avec la mise en cause du bail-in (sauvetage aux frais des actionnaires) prévu par l’Union bancaire afin de protéger les contribuables. Les petits investisseurs italiens font partie de la clientèle électorale des mouvements antisystème qui veulent les épargner en raison de leur poids politique. En conséquence, Sergio Mattarella ne faiblit pas et refuse toujours de nommer ministre des finances Paolo Savona, au risque de faire rebondir et approfondir la crise.

Simultanément celle qui couvait en Espagne a fini par éclater, Ciudadanos rompant son alliance avec le Parti populaire, ne pouvant plus attendre pour accéder au pouvoir l’échéance des élections, et le PSOE proposant aux Cortes d’adopter une motion de censure que Podemos va voter. Elle n’aboutira pas, Ciudadanos ne le suivant pas, ne voulant pas donner le pouvoir au PSOE et réclamant des élections anticipées.

La coupe est pleine en Espagne, l’Audience nationale vient de rendre public un arrêté dévastateur pour le Parti populaire, pointé du doigt comme étant l’organisateur d’un vaste système de corruption. C’est le point d’orgue de la condamnation de 29 accusés à un total de 351 années de prison, dont celle de l’ancien trésorier du parti Luis Bárcenas, déjà condamné à 33 ans de prison et à une amende de 44 millions d’euros. Mariano Rajoy pourra-t-il longtemps continuer à nier toute implication dans ce système ?

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3 réflexions au sujet de « L’Europe du sud source de bien des tracas »

  1. « Mon » Yanis dans
    http://nymag.com/daily/intelligencer/2018/05/yanis-varoufakis-has-some-ideas-about-how-to-save-the-future.html :

    Journaliste :  » et que penser de l’argument qui veut qu’une réglementation forte du marché du travail soit en partie responsable du taux de chômage plus élevé dans certains pays européens ?

    Y.VAROUFAKIS : » Jamais je ne refuserai à quiconque le droit de s’humilier publiquement en se basant sur de telles hypothèses.
    Pensez la Grèce comme un laboratoire du néo-libéralisme. La Grèce a aujourd’hui un marché du travail plus flexible que celui du Bengladesh. Lors des huit dernières années, nous avons mis en place des mesures et des politiques qui sont le fantasme d’un néo-libéral ou d’un libertarien. Nous avons réduit de 60% les paiements d’allocations sociales, de 48% les pensions payées par l’état. Nous avons aboli la négociation collective, de sorte que les syndicats ont à présent un rôle purement cosmétique. Ils ne jouent plus aucun rôle dans l’établissement des salaires. Les libertariens attendraient de telles mesures un rebond massif de l’emploi, et une éradication du chômage des jeunes. Que s’est-il passé au lieu de cela ? Nous vivons une grande dépression, nous avons perdu 28% de PIB nominal, comme ce fut le cas pour les USA en 1929, et une famille sur deux n’a aucun membre qui ait du travail
    .
    On ne peut être plus clair….  » A bon entendeur… »!!

  2. Les Allemands sont désespérants….avec cette façon obsessionnelle de poursuivre leur propre logique (quitte à ignorer les dégâts humains de cette « logique »- je pense à la Grèce). Avec cet état d’esprit, on peut comprendre l’échec de Macron, qui a tout fait pour donner des gages, mais non, cette « logique » n’admet pas de contrepartie…et il en a été ainsi, c’est l’erreur de calcul de Macron, qui s’attendait à quelque chose en retour… mais cette logique est univoque, et ne semble pas admettre de réciprocité. Si cette intuition est juste, l’idée qu’il faudrait exclure l’Allemagne de l’euro (cf. la suggestion passée de PJ) n’est (ou n’aurait été – car il semble bien que cela soit trop tard) pas du tout saugrenue. L’impasse désespérante où se trouve plongée l’Italie en est une résultante….

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