Les Allemands n’ont pas de plan B

Ces derniers temps, il est fait assaut de créativité afin de contourner le diktat des autorités allemandes et de leurs alliés, dont le modèle de croissance est mis à mal par Donald Trump. L’objectif est d’assouplir les contraintes qui pèsent sur la politique budgétaire sans violer le pacte signé avec le démon, mais tout bute sur la constatation que, plus que jamais crispées, elles n’ont pas de politique de rechange.

La tentative de la Commission ne va pas loin comme prévu. Sa proposition de SBBS (sovereign-bond-backed securities), à peine proposée à l’Ecofin, s’est attirée un rejet catégorique du ministre allemand des finances. La cause est entendue pour Olaf Scholz, il ne s’agit que d’une énième version des euro-obligations, qui ne sont pas acceptables et que l’on tente de réintroduire par la porte de derrière. Chacun doit rester maitre chez soi et responsable de ses propres affaires sans être dans l’obligation de financer les déficits budgétaires des autres.

Les mises en cause de la politique allemande s’accumulent avec les nouvelles attaques de Donald Trump visant l’industrie automobile. En passant à l’acte, le président américain amoindrirait les excédents commerciaux allemands, comme les organisations internationales n’ont cessé de le demander. Angela Merkel a tenté de ne pas être prise à revers en se rendant à Pékin, au prétexte maintenant dépassé de faire front commun. Avec le Japon, l’Europe est bien partie pour faire les frais de l’accord cadre trouvé avec le Parti-État Chinois.

Ce n’est pas tout, un pan entier de l’argumentaire justifiant la politique budgétaire européenne des autorités allemandes disparait. Les surplus à l’exportation ne sont plus la panacée, le modèle revendiqué. Une autre politique s’appuyant sur le développement des marchés intérieurs pourrait lui succéder, mais… Bien que poursuivie par Pékin et Washington, où l’endettement prospère, les autorités allemandes ne font pas le même choix. Les deux, en vérité, ne mènent nulle part.

Mais cela ne s’arrête pas là. La presse allemande s’est engagée dans une campagne d’explication de la monnaie parallèle dont le gouvernement italien envisageait d’étudier le lancement dans un projet d’accord depuis remanié. Sans surprise, il est conclu que l’accroissement de la dette qui en résulterait se ferait aux frais des partenaires européens de l’Italie, au premier chef l’Allemagne. Dans le cas de l’Italie, contrairement à celui de la Grèce, Thomas Meyer, l’ancien économiste en chef de la Deutsche Bank y voit maintenant une autre dynamique, celle d’une sortie de l’euro.

Il est toutefois intéressant de remarquer que l’argument habituel de l’illégalité d’une telle introduction n’est pas agité. Il est seulement question d’une rupture de l’esprit des traités européens, ce qui ne menace pas des foudres de guerre de la Cour de justice allemande et se place sur le terrain politique.

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5 réflexions au sujet de « Les Allemands n’ont pas de plan B »

  1. Dans le même temps, la Deutsche Bank prévoirait, selon Le Monde, le licenciement de 7 000 salariés sur 90 000 à l’échelle de la planète.

  2. Il me semble que pour une fois les allemands ne sont pas logiques: ils ne peuvent pas avoir « en même temps » le beurre économique de l’euro-schlague comme arme supranationale pour imposer leur vision de l’économie, et l’argent du beurre de politique intérieure de la souveraineté nationale, bien à l’abris du droit et de la jurisprudence de la Cour de Karlsruhe. Il faut qu’ils choisissent leur camp, visiblement celui de l’Europe des Nations envisagée par de Gaulle. La survie du projet européen est sans doute à ce prix. On ne peut rien construire de solide sur l’énorme malentendu actuel qui, faute d’un projet d’Europe cohérent pour s’opposer au projet actuel , – qui soit plus soucieux du bien-être de ses habitants que de la compétitivité à court terme de ses entreprises -, ne laisse aux peuples que le choix entre l’UE de l’argent et des lobbies actuelle, et le souverainisme populiste.

    JP

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