Premiers pas hésitants à Rome et ailleurs

Pas à pas, le gouvernement italien se met en place. Giuseppe Conte a été chargé de le constituer par le président de la République Sergio Mattarella, qui se positionne comme un rempart contre les excès futurs. Le premier ministre est chargé de faire l’interface entre les turbulents leaders des deux mouvements et le sage président. La nomination du ministre des finances est maintenant attendue.

On assiste à une construction originale du pouvoir que la constitution ne prévoit pas. De même que les réactions très prudentes de la Commission, qui ne veut pas donner l’impression qu’elle ne respecte pas le vote du 4 mai. Cette attitude exprime la même volonté de tout faire pour éviter l’irréparable que représenterait la sortie de l’Italie de l’euro. Quand bien même le commissaire Pierre Moscovici déclare au quotidien Les Échos que « Sur le plan budgétaire, l’Italie a déjà bénéficié de toutes les flexibilités existantes ». Il va falloir être très créatif…

Les chiffres donnent le frisson  aux grands argentiers : 685 milliards d’euros de la dette italiennes sont détenus hors du pays, soit trois fois le montant grec de 2010. En d’autres termes, l’Italie est trop endettée à l’extérieur pour sombrer. Ce qui ne donne pas pour autant la marche à suivre pour l’éviter.

Le contexte européen n’est pas favorable à l’austérité. Afin de faire adopter son budget 2018 et d’accomplir son mandat, Mariano Rajoy dispense des cadeaux électoraux ciblés. Dernier pays faisant l’objet d’une procédure pour déficit excessif, avec l’espoir d’en sortir cette année, l’Espagne va néanmoins accroître son déficit budgétaire à ce jeu-là. Dans le cas de la France, qui vient de sortir de cette procédure après neuf ans, c’est le montant de la dette et non pas du déficit qui pourrait poser problème, le gouvernement ayant finalement décidé de prendre en charge 35 des 47 milliards d’euros de la SNCF afin de tenter de calmer les cheminots en grève. Or la dette représente 94% du PIB, proche du seuil symbolique de 100% et loin du seuil admissible de 60%.

La discussion avec les partenaires allemands n’allant pas bien loin, faut-il d’avantage attendre, pour obtenir un changement, de cette poussée qui s’exerce partout ? Car le sommet de juin approche et la feuille de route annoncée est encore blanche. Tous les autres évacués, deux dossiers restent sur la table de travail des ministres : le filet de sauvetage bancaire destiné au MES et la garantie européenne des dépôts. Mais les interlocuteurs allemands n’en démordent pas, ils exigent que le système bancaire européen soit au préalable nettoyé des créances douteuses afin de minimiser les chances que leur garantie ait à se concrétiser et afin que son montant soit réduit.

C’est le but que poursuit le projet de titrisation intitulé SBBS de la Commission, mais ce n’est pas gagné. Il est fait valoir que toute ingérence d’une entité publique serait exclue, depuis l’émission de ces titres jusqu’à l’achat de l’une de leurs deux tranches « senior » et « junior », ces dernières plus spécialement destinées aux fonds spéculatifs. Les SBBS ont-elles pour autant un avenir ? Les analystes financiers en doutent mais la BCE pourrait les sauver si elle les acceptait comme collatéral, ce qui reviendrait, une fois une décote de leur valeur faciale intervenue, à ce que la Banque centrale assume au final les risques. À suivre.

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3 réflexions au sujet de « Premiers pas hésitants à Rome et ailleurs »

  1. Merci de bien vouloir expliquer au quidam que je suis ce que représentent ces 685 milliards de dettes italiennes détenues hors du pays (qui a prêté a qui, et qui se retrouvera à devoir rembourser si l’état italien fait defaut). ….

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