Il va falloir plus que des mots et des envolées…

L’heure était hier aux mâles assurances face à Donald Trump et aujourd’hui sera célébrée l’entente franco-allemande à l’occasion de la remise du prix Charlemagne à Emmanuel Macron. On est prié dans les deux cas de ne pas s’en tenir aux apparences.

Les signataires européens de l’accord avec l’Iran – Allemagne, France et Royaume Uni – clament qu’ils veulent le préserver « à tout prix », utilisant la formule peu convaincante qui signifie qu’ils en ignorent le coût ! On attend de connaitre la position des deux autres signataires de l’accord, la Russie et la Chine, car la partie est mondiale et promet des rebondissements. Mais cette occasion d’isoler le président américain va-t-elle être saisie, ces deux partenaires pouvant préférer agir par eux-mêmes ? Cela n’en prend pas le chemin, en tout cas chez les trois  européens, malgré que l’on assiste à une véritable rupture au sein de l’Alliance atlantique.

Pour préserver l’accord, l’équation est simple à poser : les autorités iraniennes ont besoin des contreparties économiques et financières européennes. Le guide suprême Ali Khamenei, a hier souligné que l’Iran ne resterait pas dans l’accord sans « garanties réelles » des Européens. Et les autorités européennes devront compenser les mesures de rétorsion que les autorités américaines prendront à l’égard des entreprises européennes ne se pliant pas à leurs exigences. Difficulté supplémentaire, toute utilisation du dollar devra être proscrite.

Sans attendre, Norbert Röttgen, un haut responsable de la CDU a jugé que les sanctions américaines seront « impossible à compenser ». De son côté, l’ONG des grandes occasions, le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG), étudie la question sous tous ses angles afin de trouver un moyen d’absorber le choc économique prévisible. Mais toutes les pistes étudiées ne vont-elles pas aboutir in fine à une négociation avec Steven Mnuchin, afin d’obtenir des exemptions, car la seule autre option est la confrontation ?

Des mesures de rétorsions à l’égard des entreprises américaines pourraient être annoncées, ainsi que le refus de permettre une quelconque action militaire américaine contre l’Iran utilisant les bases européennes, un risque non négligeable. On entend déjà des bruits de botte en Arabie Saoudite et en Israël, le prélude possible à un embrasement de tout le Moyen-Orient. Mais il est bien plus probable qu’une autre ligne a été adoptée, se contentant de demander des délais afin d’obtenir des exemptions pour les entreprises européennes.

Une première leçon peut être tirée après la rupture de l’accord climatique : que valent les traités internationaux s’ils sont soumis au bon vouloir du président américain ? Les mots ne suffisent plus, seuls les rapports de force comptent ainsi que la détermination. Quant à la politique d’Emmanuel Macron, qui consiste à accompagner pour mieux dévier, ses résultats européens sont pour le moins peu probants. Est-elle à la hauteur de l’évènement ?

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31 réflexions au sujet de « Il va falloir plus que des mots et des envolées… »

  1. « Les mots ne suffisent plus, seuls les rapports de force comptent ainsi que la détermination. » Bizarre, il me semble que quelqu’un disait cela pendant la dernière campagne électorale, il était « hargneux » « violent » etc… Macron est parti expliquer aux allemands qu’il transforme la France en colonie allemande et en plus il font toujours la fine bouche…

    1. Oui,je suis d’accord avec vous.Mais François Leclerc dont j’apprécie souvent les analyses,qui pense qu’un rapport de force est nécessaire pour faire avancer le « bouzin »éprouve des « pudeurs de gazelle »envers celui qui comme vous le rappelez prône ce rapport de force.Allez comprendre!!!!

      1. Avant de « prôner » le rapport de forces (ce qui n’est une « nouveauté » pour aucun dirigeant digne de ce nom de par le monde ) , il faut avoir des forces et des alliés , sinon on ne fait pas long feu au grand casino international , et changer le monde tout seul ,c’est mourir seul . Ce qui pourrait être recevable si l’on était vraiment seul à mourir .

        Sur le long terme , si mon intuition vaut mieux que moi , l’erreur majeure de Trump ( pour lui et les intérêts qu’il défend) , c’est d’avoir été le premier à bouger devant la roue de l’histoire .

        La partie mondiale commence vraiment et les premières cartes tombent sur la table .

        JLM , voire Poutine là dedans , c’est pas grand chose .

  2. Oui, il n’y avait de toute évidence que peu de chance de succès à tenter de s’assurer une influence sur le cerveau de Trump supérieure à celle des Pompeo et autres Bolton, mais cela devait tout de même être essayé. Macron l’a essayé, il a eu raison. Maintenant que l’échec est patent, il est nécessaire de passer à autre chose.

    Je ne vois à ce stade pour les Européens que deux politique possibles :

    1. Tenter à tout prix de sauvegarder l’accord, ce qui suppose nécessairement d’entrer en conflit direct avec les Etats-Unis, avec affrontement commercial à la clé, et pas un petit. En somme, « faire du Trump » sur le plan commercial pour éviter de laisser à Trump le champ libre en matière de guerre et de paix

    Problème = la majorité des pays européens dépendent de Washington pour leur sécurité, et Berlin aussi pour une bonne part de ses chers excédents, ce qui rend difficile d’imaginer les rassembler pour un bras de fer contre leur protecteur

    2. Acter l’effondrement de l’accord, le risque de guerre à court ou moyen terme, et se retirer du chemin. Rester bien multilatéraux et bien soumis envers Washington, mais lui laisser la victoire dans sa marche à la guerre contre Téhéran

    Problème = une guerre au Moyen-Orient nous éclabousserait nous aussi, par augmentation du prix du pétrole et possibles vagues supplémentaires de réfugiés

    Je choisirais sans hésiter la première :
    – La guerre commerciale est un risque moindre que la guerre tout court, même si c’est d’autres pays qui en pâtiraient le plus
    – L’influence ne s’acquiert pas par l’acceptation de tout et n’importe quoi de la part de ses partenaires
    – Et puis il y a une question de respect de soi, enfin !

    Cela dit, je suis plutôt pessimiste. Je peux assez facilement imaginer la deuxième option s’imposer, par inertie de la part de Berlin et de tout ce qui se trouve à son est.

    Voire pire encore : une collaboration de certains voire la majorité des pays européens, pour « montrer notre solidarité » (y compris envers un allié historique en train d’aligner faute sur stupidité), ou « protéger nos alliés » (les si recommandables Saoud), ou « défendre Israël » (ce à quoi les Allemands seraient obligés, du moins on le leur intimera sans doute)

  3. Rien qu’à lire les dépêches de l’AFP, on sent le découplage franco-allemand progresser (une de ces dépêches porte le titre hilarant : « Macron met la pression sur Merkel »).
    On voit notre énarque tenter de répondre aux critiques qui ont suivi sa virée américaine : « Ne soyons pas faibles, ne subissons pas. » Mais, tout en dénonçant la politique trumpienne, il se contente d’évoquer « d’autres puissances », sans oser nommer les USA par leur nom. Puis de se coucher en proposant de négocier un (illusoire) nouveau traité.
    Merkel de son côté est plus claire : « Le temps où l’on pouvait compter tout simplement sur les États-Unis pour nous protéger est révolu. » « L’Europe doit prendre son destin elle-même en main, c’est notre défi pour l’avenir. » Sans remettre cette prise en main à un très éventuel approfondissement institutionnel.
    Je ne pense pas que nos duettistes la jouent good cop bad cop. Je suppose plutôt que l’Allemagne éprouve des velléités d’indépendance dont les jours prochains nous diront si elle s’en sent réellement les moyens.

    1. « sans oser nommer les USA par leur nom. Puis de se coucher en proposant de négocier un (illusoire) nouveau traité.
      Merkel de son côté est plus claire : « Le temps où l’on pouvait compter tout simplement sur les États-Unis pour nous protéger est révolu. »

      Et en complément, Jupiter n’a toujours pas protesté publiquement contre les insultes proférées par le président US aux victimes des attentats de Paris.
      Il s’est laissé ridiculisé par Trump (geste de domination du président US lorsqu’il lui a enlevé les pellicules, etc, …) et continue dans ses précautions linguistiques qui sont interprétées comme autant de signes de faiblesse et de soumission sur la scène internationnale.

      1. Ce qui serait ridicule , c’est de se mettre au niveau de Trump et de répondre à ses turpitudes de plus bas étage .

        Il vaut mieux répondre vraiment à ses conneries de chef d’Etat .

        Pourvu que les peuples aient conscience et envie de répondre aux insultes qui tuent l’avenir .

        Plutôt l’antrophologie que le spectacle .

        Mais quand on met la com à sa disposition , c’est vrai que , comme l’ironie , c’est une arme à double tranchat .

    2. Merkel, plus claire quand elle dit « Le temps où l’on pouvait compter tout simplement sur les États-Unis pour nous protéger est révolu. » ?

      Talk is cheap, comme disent les Godons. Parler ne coûte rien.

      J’attends d’avoir des nouvelles de la sortie de l’Allemagne du TNP et de la mise en service de ses missiles GBB-1 (*) à tête nucléaire avant de prendre ce genre de proclamation au sérieux.

      Ou alors, au strict minimum, le retrait des armes nucléaires américaines B-61 à double clé stationnées en Allemagne pour remplacement par des ASMP-A français à double clé.

      D’ici là, c’est juste M’dame Angela qui cause dans le poste.

      (*) Groß Boum-Boum

  4. Ce qui est acté aujourd’hui c’est l’inexistance européenne: impossibilité de faire face en commun à une situation issue de l’arbitraire,impossibilité de hisser le fameux Euro au niveau d’une monnaie d’échanges internationaux…..Par contre au nom d’une Europe forte qui est purement utopique ,nous avons abandonné notre souveraineté…Trump aura eu le mérite de tirer un trait pour que nous écrivions au dessous le Bilan…

    1. Faites vous tout de suite chinois ou américain ( chinois serait un pari plus sur ) …..

      Trump aura surtout permis de montrer que nous n’aurons de souveraineté que par une Europe forte , un euro au service des nations qui la composent , et un formidable et difficile pari sur un changement de notre rapport à la planète et au travail .

      C’est étrange que les peuples en soient encore avec de la merde dans les yeux et des rêves nationalistes archaïques .

      Mais il est plus agréable de retourner dans le ventre de sa mère , que de définir son propre destin et agir de cœur et de raison en conséquence .

    1. Hervey,
      Merci de vous renseigner sur Mike Pence avant de passer à l’acte.
      C’est Trump en plus propre, plus libéral, plus pire…

  5. A ce stade les dirigeants occidentaux n’ont d’autre solution raisonnable que d’accélérer la chute de Trump. Or le refus catégorique de soutenir Trump face à l’Iran est un bon moyen de précipiter cette chute. Bref, parier sur Muller et l’opinion publique américaine. Donner des gages d’amitié au peuple américain. Plutôt que de parier sur l’apaisement improbable du docteur Folamour. Israël de Netanyahou ne doit pas non plus se sentir les coudées franches, la diplomatie européenne doit donc exercer une pression maximale sur Netanyhaou afin de le ramener à de meilleurs sentiments. Netanyahou sait bien de toutes façons que Trump est sur un siège éjectable. Il profite seulement d’une petite fenêtre inespérée, car lui-même est menacé par divers affaires.

  6. Derrière les mots et les envolées…
    1/ Attendre les élections de novembre aux USA… sera sans doute le pari de la plupart.
    2/ Sortir de l’OTAN, ne plus soutenir Israêl (clause de la « nation la plus favorisée) mais Téhéran, s’allier à l’URSS et à la Chine, seraient des mesures de rétorsion toutes légitimes, mais qui ne trouveraient aucune majorité (ou unanimité) en Europe, et Trump le sait.
    3/ Notre énergie en Europe dépend de la Russie (Gaz) et de l’Arabie Séoudite (pétrole). Ce qui nous pousse à l’indécision…
    4/ De Gaulle est sorti de l’OTAN, trois pays européens (All., Bel., France) se sont désolidarisés de la première guerre d’IRAK. Quels contextes ont rendu cela possible ?

      1. Je ne pense pas en savoir assez, cela demanderait un travail. Il y a eu une proximité des trois dirigeants de droite européenne, si je me souviens bien, veillant à ne pas se mettre à dos la gauche européenne (Chirac pérorait sur « la fracture sociale » à cette époque ? Je crois que je mélange, vous voyez…). De Gaulle avait une aura et des moyens (diplomatiques, industriels, coloniaux (?) de la France qui ne sont plus réunis. Mais tout cela est discutable, avec documentation.

  7. Avec la loi américaine sur l’extraterritorialité les européens sans réagir se sont mis en état de servilité et par ailleurs sont en concurrence en eux. Après quelques propos bravaches pour la forme tout le monde pliera au nom du Divin Marché. Tout est dorénavant dédié au Marché, le droit du travail, la loi sur le secret des affaires … alors on peut toujours bavarder, échanger mais la caravane passe … Trump ne fait que mettre en oeuvre les lois passées par ses prédécesseurs dont Clinton qui dérégula la finance.

      1. Et
        pt’être que l’problème c’est pas Trump. Pas seulement.
        Qui n’a pas ratifié le traité ? Qui s’est arrogé le droit de sanctionner n’importe qui sur la planète ? Qui a déployé près de 1000 bases militaire à travers le monde ?
        C’est les US, état voyou, qui jouent du droit du plus fort pour humilier jusqu’à leurs « alliés ». Obama jouait son rôle avec élégance, Trump avec vulgarité. Unique différence.

    1. Le seul problème il me semble c’est que l’extraterritorialité juridique soit réservée à un pays en particulier, mais sur le principe, la compétence universelle des juridictions pour l’économie serait une bonne chose, et même une avancée pour l’humanité. A condition qu’il y ait une constitution pour l’économie, en vertu de la quelle précisément la concurrence dans ce qu’elle a de destructeur (non respect de l’environnement, moins disant social …-, serait mise or jeu.
      Dans cet article http://geographiesenmouvement.blogs.liberation.fr/2018/05/10/extraterritorialite-ca-suffit/, l’auteur fait fausse route, ou plutôt mauvaise route, car en prétendant défendre l’Union, il entérine l’idée de la guerre économique. La belle affaire si Total peut faire des affaires en Iran. Total — qui exploite des gaz de schiste au Algérie, en Argentine, en Amérique du nord, est plus le problème que la solution à nos maux. Alors si Total est des contrats en moins, je ne m’en plaindrai pas ! Bref revenons à l’essentiel qui est la menace que fait peser l’attitude de Trump sur la paix lorsqu’il renonce à un traité concernant le nucléaire.

  8. Qu’est ce qui permet à l’impérialisme US de malmener comme il le fait ses partenaires ?

    La supériorité militaire ? On peut en douter , partant du principe que dix bombes peuvent être aussi dissuasives que cent.

    En réalité je crois que le monde tient sur une tête d’épingle, et une seule sortie médiatique un jour, d »un ancien Secrétaire au Trésor américain, John Connally, qui bravache lançait à la cantonade: « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème ».

    Nous étions en 1971, et aujourd’hui les choses ont bien changé. Pas sûr que la tentative d’hégémonie de l’impérialisme US ne soit une très bonne chose pour le peuple US.

    Le Dollar pourrait très vite devenir pour Trump un problème majeur.

    1. @Eninel.
      Les USA sont en train de perdre leurs supériorités économique et militaire.
      Economiquement, le monde est en train de basculer vers le continent asiatique et ils se retrouvent tels qu’ils sont : un pays surendetté incapable de produire quoique ce soit de façon concurrentielle. Double déficit, etc.
      Militairement, on voit ici ou là filtrer des informations qui laissent entendre qu’il en est de même. L’incapacité depuis plus de 10 ans à déployer le fameux F-35 qui devait assurer leur domination aérienne absolue. Nouveaux missiles russes hypersoniques dépassant les capacités d’un bouclier anti-missile à 1.000 milliards de dollars. Efficacité sans cesse déclinante des missiles de croisière, …
      Economiquement comme militairement, ce déclin est causé par la corruption généralisée d’un système entièrement au service de milieux d’affaires toujours plus avides et ne voyant leur profit qu’à court terme.
      Les Etats-Uniens sont conscients de cela (tout le monde en est conscient), ils savent qu’ils ne leur reste plus que peu de temps pour faire jouer leurs atouts (1 an, 2 ans, 5 ans ?). D’où leur décision d’avancer à marche forcée pour soumettre définitivement ceux qui leur résistent (autant que leurs « alliés ») et pérenniser leur système de prédation mondiale.
      Nous vivons une époque intéressante.

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