L’escroquerie légale des Credit default swaps (CDS)

Cela n’a pas duré longtemps, la dérégulation s’engage, les opérateurs financiers reprennent leurs aises, et l’on en observe de premières manifestations. Le FMI constate notamment dans son dernier rapport sur la stabilité financière que les normes de crédit ont faibli, redevenues proches de celles qui prévalaient il y a dix ans lors du démarrage de la crise financière. Comme si la relance du moteur à fabriquer de la dette était essentielle au retour de la croissance.

Illustrant ces nouvelles libertés, une escroquerie financière vient d’être rendue publique, de toute beauté car elle est légale ! De quoi s’agit-il ? Un hedge fund de la galaxie de Blackstone, GSO, a monté un coup financier avec la société immobilière américaine Hovnanian Enterprises. Au terme de celui-ci, cette dernière faisait volontairement défaut sur une échéance de remboursement d’un prêt, en contrepartie de quoi GSO refinançait un prêt de 320 millions de dette obligataire à un taux très avantageux.

Quel intérêt GSO trouvait-il à cette opération ? Le hedge fund avait précédemment acheté pour 330 millions de dollars de CDS sur la dette du groupe immobilier et le défaut de paiement allait déclencher leur mécanisme d’assurance pour un montant bien supérieur à ce qu’allait lui couter son prêt à taux préférentiel. Car, petit détail qui a toute son importance, GSO n’a pas mis un dollar dans l’achat des titres obligataires de son partenaire en affaires pour lesquels il a contracté une assurance.

Mais les choses ne se sont pas passées aussi simplement, car il y a des perdants dans ce montage financier créatif, les émetteurs des CDS qui doivent débourser les sommes versées à GSO. Or, ce sont non seulement Citadel et Solus, deux hedge funds de grande notoriété, mais également Goldman Sachs, et tous n’entendent pas se faire plumer par ce « stratagème frauduleux » et Solus l’a attaqué en justice.

Le hedge fund a réclamé l’interdiction de ce « défaut fabriqué », selon sa dénomination officielle, mais ne l’a pas obtenu car celui-ci n’est pas illégal… Une guerre s’en suit depuis afin d’un côté de faire baisser le montant de l’assurance et le contraire de l’autre.

Mais que font les régulateurs, qui assistent à ce spectacle ? La Commodity Futures Trading Commission  n’entend pas rester les bras croisés et annonce vouloir utiliser « tous les moyens disponibles, en coordination avec les autres régulateurs, afin de protéger l’intégrité du marché et combattre les manipulations ou la fraude impliquant les CDS ». Encore va-t-il falloir les identifier ! On verra à l’arrivée leur impact, les CDS étant depuis longtemps détournés de leur objectif – l’assurance – et devenus un levier des manipulations financières spéculatives.

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3 réflexions au sujet de « L’escroquerie légale des Credit default swaps (CDS) »

  1. Un épisode qui rappelle la définition donnée par un économiste des CDS : « la possibilité de prendre une assurance sur la maison du voisin et d’y mettre le feu pour toucher la prime ».

  2. Au Canada, le premier ministre Paul Martin (2003-2006) avait refusé que les banques canadiennes puissent «vendre de l’assurance», comme cela nous était présenté. N’est-ce pas la raison du bon comportement des banques canadiennes lors de la crise de 2008?
    Et on sait que depuis, le gouverneur de la Banque du Canada à l’époque, Mark Carney, est devenu directeur de la Banque d’Angleterre.
    Il semble évident qu’on ne peut perdre et gagner un pari en même temps, sans détruire le jeu. C’est vrai partout. Il y a là une donnée fondamentale de la logique qui, si elle n’est pas défendue fermement, obligera des tiers à payer l’addition, comme l’ont fait d’ailleurs les peuples après la crise, ce qui alors s’appelle pudiquement «nationaliser», comme quoi un mot peut dire une chose et son contraire. Si un parfait ignare en économie comme moi peut comprendre cela, c’est bien le signe que la fraude a assez duré.

  3. Les manipulations financières en tous genre seraient réduites s’il existait un véritable contrôle des activités bancaires et financières et cela passe par davantage qu’une simple régulation dont chaque segment est vite contourné. On peut se féliciter qu’un débat sera engagé là dessus à l’Assemblée nationale le 24 mai prochain.
    http://www.lacrisedesannees2010.com/2018/05/un-referendum-d-initiative-populaire-sur-la-monnaie.html

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