La guerre commerciale va attiser l’impasse budgétaire européenne

C’est cette nuit que l’imprévisible Donald Trump devrait décider ou non de prolonger l’exemption de la taxation de l’acier et de l’aluminium européen. Et la date d’échéance de sa décision à propos de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran tombe le 12 mai prochain.

En désespoir de cause, Angela Merkel, Theresa May et Emmanuel Macron se sont ensemble adressés au président américain pour infléchir ses positions en se référant à la valeur suprême de l’Alliance atlantique. Mais que pensent-ils obtenir ? Emmanuel Macron tente de crédibiliser sa proposition d’approfondissement de l’accord avec l’Iran, mais il se heurte au refus inflexible du président iranien Hassan Rohani d’entamer une renégociation. Et si d’aventure Donald Trump acceptait de prolonger l’exemption européenne, il ne ferait que déplacer le problème en divisant les Européens par des propositions de révision des taxations douanières scindant les européens. Une taxe sur les voitures haut de gamme affecterait un peu l’industrie française et beaucoup l’allemande ! Comme on ne peut pas l’ignorer, le président américain n’est pas favorable au multilatéralisme et le cadre de négociation que représente l’Union européenne n’a pas sa préférence.

Démunis et jouant petit bras, les dirigeants Européens travaillent selon la commissaire Cecilia Malmström à une riposte. Ils s’apprêtent à porter plainte auprès de l’OMC et à reprendre la liste initiale de leurs mesures douanières de rétorsion, un piètre prêté pour un rendu.

La stratégie européenne centrée sur la réplication du modèle allemand de développement des exportations s’effondre. Un coup d’arrêt est porté au développement des relations commerciales internationales, la Chine et les États-Unis favorisent tous deux leurs productions nationales et leur marché intérieur, et l’Europe est coincée entre les deux. Les inquiétudes qu’exprime la BCE à propos du fléchissement de la croissance européenne ont clairement cette origine. Et l’absence de croissance perturbe les équilibres budgétaires espagnols, italiens et même français. La guerre commerciale accroit la rigueur.

On en voit déjà les effets, le gouvernement espagnol appuyant le projet de taxation de l’économie numérique soutenu par la Commission et le gouvernement français. Les recettes boucheraient le trou budgétaire de 1,4 milliards d’euros créé par l’augmentation des retraites promise par Mariano Rajoy à son partenaire basque, le PNV, pour qu’il permette son adoption qui était bloquée ! Avec comme objectif d’atteindre la fin de mandat en juin 2020, les prochaines élections s’annonçant favorables à Ciudadanos, avec lequel le PSOE pourrait plus facilement trouver un terrain d’entente.

Comment va-t-il être possible d’échapper à la convocation de nouvelles élections en Italie ? Matteo Renzi bloque tout accord avec le Mouvement des 5 étoiles (MS5) et il ne va plus rester sur le tapis que cette solution, qui pourrait intervenir en juin ou en septembre. Les résultats en sont incertains, marqués par la poursuite de la dégringolade du Parti démocrate – le souhait du M5S – ou l’effritement du score de celui-ci en faveur de la Ligue. La coalition formée par celui-ci et Forza Italia pourrait alors disposer de la majorité parlementaire…

Mais l’équation budgétaire restera très serrée, quelle que soit l’issue des prochaines élections de juin 2020. Et le futur gouvernement aura pour pivot dans tous les cas une formation il y a encore peu de temps virulente contre l’euro, qui a mis de l’eau son vin pour la circonstance mais n’en pense pas moins.

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