La Grèce s’acharne à ne pas vouloir être un bon élève

Un Eurogroupe de plus s’est penché sur la dette grecque, cette fois-ci à Sofia, mais il serait plus juste de dire qu’il a survolé le problème, pour ne pas dire qu’il n’a rien conclu ! Au mieux un constat de désaccord, pour ne pas perdre les bonnes habitudes.

À toutes fins utiles, le commissaire Pierre Moscovici a rappelé que le 21 juin est la date limite pour s’entendre à ce sujet, mais la solution à l’insoutenable endettement grec ayant été toujours repoussée – car trop inconvenante, faut-il croire – pourquoi ne le serait-elle pas à nouveau ?

De quoi est-il question, au fond ? Les créditeurs de la Grèce, après l’avoir plongé dans une récession qui a duré neuf ans et a abouti à la chute de 25% de son PIB, pensent sans doute qu’elle est encore capable de rembourser des prêts consentis pour rembourser les prêts antérieurs en vertu d’un talentueux montage financier sans fin. N’y aurait-il pas un petit vice de forme ? Quelle croissance hors norme et dépassant celle de la zone euro la Grèce exsangue est-elle censée connaître, au prix de quels nouveaux vains sacrifices, afin de donner raison à ceux qui ont manifestement tort ?

Plus les créanciers de la Grèce s’acharneront, les gouvernements européens puisqu’il faut les nommer, plus ils démontreront l’impasse dans laquelle ils se sont fourvoyés, qu’ils ne veulent pas admettre. Ils prétendent encore faire de la Grèce – y croient-ils eux-mêmes ? – la démonstration de leur savoir-faire, mais ils font la preuve du contraire. Tous ceux qui y auront incité ou auront laissé faire porteront la marque de cette ignominie.

Selon un scénario bien établi, les Français relayés par la Commission voudraient lier à la croissance le remboursement par la Grèce de sa dette de plus de 300 milliards d’euros, feignant de croire que c’est vraisemblable, mais les dirigeants allemands à la poursuite de leur idée fixe refusent ce principe encore trop conciliant.

Tous se retrouvent pour mettre la Grèce sous étroite surveillance dans l’avenir, ajoutant l’hypocrisie au cynisme en spécifiant qu’il ne fallait surtout pas que cela ressemble à un nouveau plan de sauvetage, comme le recommande Pierre Moscovici. Dans le cas contraire, croit-on comprendre, il ne serait plus possible de se prévaloir d’une normalisation, à défaut de pouvoir carrément crier victoire.

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4 réflexions au sujet de « La Grèce s’acharne à ne pas vouloir être un bon élève »

  1. Quelle croissance hors norme et dépassant celle de la zone euro la SNCF exsangue est-elle censée connaître, au prix de quels nouveaux vains sacrifices, afin de donner raison à ceux qui ont manifestement tort ?

  2. La soutenabilité de la dette grecque, pourrait-elle devenir une « carte à jouer » pour Emmanuel Macron afin de relancer notre vieille Europe ?

    1. une « carte à jouer », pour perdre à coup sûr?
      Même un joueur de bonneteau sait flairer le trucage qui ne lui laissera aucune chance.
      La question grecque a été hissée du niveau patate chaude à légume pourri.
      Les grecs continueront à souffrir en silence, voilà tout.

      1. @ daniel
        A contrario, au regard de l’évolution du contexte international en constante évolution autour de la Grèce, bien des choses nous laissent à penser qu’il commence à y avoir de l’eau dans le gaz. Et que la règle soit-disant bienveillante de la dette, qui impose un silence forcé et pesant au peuple grec, pourrait se briser…
        « Le peuple grec paraissait avoir été réduit au silence. […] Depuis, j’ai appris à ne jamais croire au silence bienveillant des peuples. Les silences ne sont jamais bienveillants. La bienveillance, elle, est joyeuse, volubile. Le silence ne peut être que forcé. »
        Melina Mercouri

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