À Washington, Trump persiste et signe

La décision de Donald Trump est attendue pour lundi : va-t-il ou non imposer une taxation de l’acier et de l’aluminium d’origine européenne ? À la lumière des résultats obtenus lors de la visite à Washington d’Emmanuel Macron, il est plus qu’improbable qu’Angela Merkel qui a pris sa succession obtienne plus de succès. À ceux qui espéraient un recul, ou au moins la poursuite d’une temporisation de la taxation, la réponse va être apportée en début de semaine : le président américain va selon toute vraisemblance passer à l’acte.

Les autorités européennes vont enregistrer le signal de fermeté auquel les chinoises peuvent désormais s’attendre. Et Donald Trump n’a pas besoin de l’alliance proposée par les Européens afin d’obtenir la diminution de leurs surplus d’acier et d’aluminium, préférant compter sur ses propres forces. Quant au préalable à l’ouverture de négociations commerciales d’ensemble que représentait l’annulation de tout projet de taxation, il va être tout simplement balayé.

Les demandes américaines ne se limitent pas à l’ouverture de ces pourparlers. Une fois la taxation introduite, leur liste comprendrait selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung l’abandon du projet de gazoduc Nord Stream 2, condamné pour accentuer la dépendance énergétique de l’Allemagne et de l’Europe vis à vis de la Russie, ainsi que l’accroissement des faibles dépenses militaires allemandes.

Dans tout cela, le cadre de l’OMC que souhaitaient préserver les autorités européennes aura disparu de manière irrattrapable, et Donald Trump aura imposé ses vues. Et les mesures de rétorsion européennes alimenteront la poursuite de la guerre commerciale, sur le modèle chinois. Laissant ultérieurement planer la menace d’une désunion européenne lorsque l’on en sera à discuter les bouts de gras, le Conseil des chefs d’État et de gouvernement s’étant finalement résolu à donner un mandat de négociation sans conditions à la Commission.

Les dirigeants français tentent un autre deal avec Donald Trump, à la manière de celui qu’a tenté Emmanuel Macron à propos de l’accord nucléaire, avec l’Iran en prétendant le durcir, sans se faire d’illusions mais pour ne pas revenir les mains totalement vides de Washington. Lors de son arrivée à la réunion des ministres des finances de Sofia, Bruno Le Maire a donc proposé d’ouvrir de plus vastes négociations « sur le futur de l’OMC, les améliorations à lui apporter et tout le système commercial multilatéral ». À condition, a-t-il ajouté ce matin, de « se débarrasser de ces nouveaux droits de douane »…

Larry Kudlow, le principal conseiller économique de Donald Trump, avait averti la veille que l’exemption des droits de douane ne serait prolongée que si les États-Unis obtenaient des concessions, évoquant en particulier le secteur automobile. Une condition immédiatement rejetée par le ministre français. Il ne lui a plus resté aujourd’hui qu’à déclarer que l’Union européenne était « prête à prendre toutes les décisions appropriées »… Dans l’hypothèse qu’elle retient de ne rien obtenir, Angela Merkel s’est contentée de déclarer : « il nous faudra voir ce que nous allons faire ».

À la guerre comme à la Guerre, Donald Trump est décidé à faire plier ses adversaires.

 

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4 réflexions au sujet de « À Washington, Trump persiste et signe »

  1. Billard à trois bandes.
    Pour isoler l’Iran, sanctionner la Russie.
    Pour sanctionner la Russie, menacer l’Allemagne.

    Nous avons quitté la simple logique économique (pour peu que la logique ait quelque chose à voir avec ça) pour entrer dans le tropisme proche-oriental des néo-conservateurs. Trump ne veut ni ne peut rien lacher.

  2. Réminiscence:
    Les accords du Plaza 1985, où les USA ont fait valoir leurs seuls intérêts face au Japon et à l’Allemagne. Le Japon ne s’en est jamais vraiment remis.
    Les partenaires changent, les faiblesses économiques des USA demeurent. L’OMC ne pèse rien face aux marchandages… politiques. Et la Chine ? Un adversaire, un comparse, ou un allié. Face à Trump, cette dispersion intra-européenne est à courte vue.

  3. Non seulement il ne lâche rien le Donald, mais il en rajoute… :

    E.U. « was put there to take advantage of the United States.”
    “Not anymore, we told them that yesterday, actually the exact same words, not anymore, those days are over. »

    Over…

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