Réformes européennes : il n’y a pas de quoi fouetter un chat !

Le sommet de juin s’approche et la feuille de route de la relance européenne n’est toujours pas remplie. Mais la discussion s’anime. Le gouvernement espagnol, qui n’en est pas à son coup d’essai – passé largement inaperçu – réitère en se donnant cette fois-ci des objectifs plus limités pour essayer d’avancer. La Commission n’est pas en reste.

Elle entend faire d’une pierre deux coups, à la lecture d’un projet de résolution qui a fuité. Puisqu’il faut boucher le trou dans son budget que le départ du Royaume-Uni suscite, profitons-en pour élargir ses missions en la dotant d’une capacité de prêt aux pays subissant un choc macro-économique, fait-elle savoir.

Le dispositif fonctionnerait sur un tout autre mode que les plans de sauvetage de triste mémoire, propose-t-elle. Contrairement au MES, l’aide financière ne serait pas assortie de conditions telles que des réformes ou des mesures de consolidation budgétaire. Les fonds seraient prêtés à un taux très bas après avoir été empruntés sur le marché, garantis sur le budget européen, tandis que les intérêts pourraient être financés sur ce même budget, ou en utilisant les revenus du seigneuriage (*) de la BCE, ou bien encore par un fonds spécialement constitué auquel les gouvernements participeraient sur une base volontaire. Quoi qu’il en soit le budget de l’Union devrait dépasser 1% du PIB des pays membres, afin notamment de conserver la meilleure notation des agences de crédit. Et les fonds qui pourraient être dégagés via ce mécanisme resteront d’un montant modeste.

Le gouvernement espagnol cherche à avancer sur un autre terrain, celui de l’Union bancaire. Il prend au mot les responsables allemands qui font de l’assainissement des bilans bancaires un préalable à la constitution d’un fonds européen de garantie des dépôts pour ne pas être entraînés dans une mutualisation taboue. De quel risque parle-t-on, avance sa proposition ? Et, lorsque l’on parle de sa réduction, quels actifs sont concernés, à quel degré et selon quelle échéance ? Inclut-on ou non le risque porté par la dette publique ? Il y a là du grain à moudre pour mieux définir ce qui devrait être préalablement réglé sans faire preuve de jusqu’au-boutisme.

De la même manière, lorsque l’on parle « d’héritage » à liquider, à quoi se réfère-t-on ? La crise bancaire a débuté en 2008 et celle de la dette publique en 2010. Les mécanismes de supervision ont commencé à être mis en place en 2014 et nous sommes en 2018 ! Les prêts non performants (NPL) créés après 2016, date de la mise en place du fonds de résolution unique, ne participent plus de cet héritage. Pour le justifier, il est fait référence à cet égard à la proposition de la BCE de provisionner intégralement les nouveaux NPL, sur laquelle elle semble vouloir revenir, tout du moins sous sa forme initiale.

L’optimisme qui pourrait résulter de ces tentatives d’entamer un débat avec les autorités allemandes doit toutefois être tempéré. La question de la restructuration de la dette grecque, qu’elles continuent de bloquer, reste un excellent thermomètre de leurs véritables intentions.

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(*) Revenus provenant des intérêts sur ses prêts ou du rendement des actifs qu’elle acquiert.

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Une réflexion sur « Réformes européennes : il n’y a pas de quoi fouetter un chat ! »

  1. Macron est en train de perdre son pari européen….se transformant petit à petit en une machinerie financière, à l’image des institutions internationales telles que le FMI et la Banque Mondiale, et un statu quo (traduire un blocage) voulu par l’Allemagne, conforme à son intérêt. Sans projet, sans avenir ? Et côté USA, Trump conforte son image de Patron face à ses invités, d’abord Macron, et puis bientôt Merkel ; mettre au pas le trublion français, et faire rentrer dans les rangs Mme Mutti ; et là aussi, l’Europe est dans le sac. Demain le Brexit va rajouter une couche de complexité, d’abord un trou dans le budget de l’UE, qui va devoir s’appliquer un politique d’austérité et réduire un peu plus sa voilure, et puis le casse-tête pour finaliser un accord qui puisse sauver la face des deux parties en présence, sans trop faire « marchand de tapis » et en gênant le moins possible « l’establishment » (car, je crois comprendre que de part et d’autre, il s’agit de maintenir grosso-modo le même niveau d’échange commercial qu’avant, en laissant entendre de chaque côté qu’on aura été le plus malin). Business as usual ?

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