L’Italie à l’épreuve des combinaisons romaines

Courage, attelons-nous au résumé de l’inextricable situation politique italienne ! Le M5S cherche avec opiniâtreté à accéder au pouvoir, tout comme la Ligue, mais seule une coalition introuvable permettra de dégager une majorité dans un jeu de billard à bandes. Et de son côté le Parti démocrate, défait, annonce avoir choisi de faire une cure d’opposition.

Le président de la République Sergio Mattarella a donné un premier mandat exploratoire à la Ligue, et devant son insuccès au M5S. Le premier jure de sa fidélité à Forza Italia tout en cherchant à l’écarter du jeu, le second est prêt à passer une alliance avec la première, mais à condition de la dominer. Écarter Silvio Berlusconi, qui s’accroche, est leur seul incontestable point commun, mais cela ne règle rien de leurs différends.

Prêt à tout et paré à toutes les éventualités, Luigi Di Maio a publié au nom du M5S un programme en dix points qu’il estime compatible avec les idées de la Ligue comme avec celles du PD, la trame selon lui d’un programme de gouvernement. Mais les tractations portent d’avantage sur la répartition des postes de pouvoir. Car, la confusion aidant, les repères que constataient la gauche et la droite ont disparus, les familles historiques sont éclatées et ne sont pas prêtes d’être recomposées.

Au dernier lever de rideau, le parti démocrate s’est réveillé, n’excluant plus d’engager des discussions avec le M5S, qui y met comme condition que Matteo Renzi en soit écarté, qui de toute façon s’y oppose fermement.

À défaut de pronostic sur la suite des événements, une première constatation s’impose : la course au pouvoir est acharnée. Mais, faute de coalition, il ne restera plus au président de la République qu’à nommer un premier ministre à la tête d’un gouvernement « technique », dans l’attente de nouvelles élections pour tenter de dénouer la situation. Ce qui n’est pas garanti, ce dont tout ce petit monde est conscient.

Pendant ce temps-là, la BCE a abandonné son projet de consolidation des bilans bancaires malades des prêts non performants, les NPL, dont les contraintes étaient rejetées par les repreneurs des banques italiennes, les grandes banques européennes qui restent dans l’attente de bonnes affaires à réaliser. Par défaut, il ne reste plus qu’à espérer que la croissance, même faible, va se maintenir et que le stock des NPL va progressivement trouver acheteur à des prix bradés sans déséquilibrer les banques qui vont les céder. Cela n’ira pas sans restructurations, mais c’est le chapitre suivant.

Restera à entrer dans les clous budgétaires et de déficit de la Commission, à moins qu’elle continue de fermer les yeux au nom des intérêts supérieurs de l’Europe, entendez de son Europe. Nous n’y sommes pas encore. Les jusqu’au-boutistes ne perdent pas une occasion de se manifester et pourront pousser au crime, mais auront-ils tant que cela à y gagner, à part la satisfaction d’avoir raison tout en ayant tort ?

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Une réflexion sur « L’Italie à l’épreuve des combinaisons romaines »

  1. La monnaie unique européenne substitue les intérêts anonymes du capital et de la rente à l’intérêt général. La sécurité des possédants et des rentiers prévaut sur le plein emploi du travail de chacun au bien être de tous dans les sociétés intégrées par les nations. Au jeu de la compétition oligarchique européenne, l’Italie doit forcément abandonner sa république et sa démocratie pour que la caste italienne puisse tenir son rang.

    Contrairement à l’Allemagne, il n’y a pas en Italie d’idéologie protestante nationaliste pour tenir tranquilles tous les intérêts particuliers contradictoires au bénéfice des féodalités nationales. Tant que l’Italie est maintenue disjointe des démocrates français par l’euro austéritaire et autoritaire, la société des nations européennes est condamnée à se dissoudre dans l’Euroreich acteur décadent de la guerre économique mondiale des empires financiaro-militaro-industriels.

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