Une hirondelle ne fait pas le printemps, même en Chine…

« Nous allons faire de grands progrès ensemble ! » a tweeté Donald Trump au lendemain du discours de Xi Jinping, comme si la voie à un accord était désormais toute tracée. Sa porte-parole Sarah Sanders a toutefois tempéré l’enthousiasme forcé du président en ajoutant « nous sommes encouragés par les mots mais nous voulons voir des actes concrets ».

Le président chinois a repris dans son discours les têtes des chapitres faisant l’objet des revendications américaines, renouvelant des assurances déjà données mais n’apportant aucune précision. Les conditions peuvent néanmoins paraitre réunies pour que s’engagent des négociations. La Chine et les États-Unis n’ont pas intérêt à ce que le conflit qui en est resté au stade de la joute oratoire dégénère, et les rapports de force sont suffisamment équilibrés, chacun pouvant porter de sérieux préjudices à l’autre s’il passe à l’acte.

On assiste à la naissance d’un nouveau monde bipolaire, où la Chine, irrésistible puissance montante, remplace l’Union soviétique. En prenant des mesures protectionnistes, Donald Trump est sur la défensive, tandis que le gouvernement chinois peut voir dans cet affrontement une opportunité : à condition d’en conserver le strict contrôle, la poursuite de l’ouverture commerciale et financière du pays va dans le sens de la mutation de l’économie chinoise qu’il veut approfondir.

Le Parti-État veut associer le développement du marché intérieur – afin de moins dépendre de ses exportations, qui lui ont servi de rampe de lancement – à une totale prééminence du Parti dans tous les domaines, ce qui vient d’être réaffirmé. Raisons pour lesquelles Xi Jinping dispose désormais du pouvoir d’un empereur à défaut du titre, et qu’un changement de gouverneur de la banque centrale chinoise est intervenu, avec pour mission de renforcer la stabilité financière devant le poids de l’endettement et de la banque de l’ombre.

La Chine a besoin d’attirer les capitaux américains pour poursuivre sa mutation et n’ignore pas les conditions qu’il lui faut remplir pour les obtenir. Le président chinois a ainsi réitéré les promesses d’un accès accru au gigantesque secteur financier chinois en autorisant les entreprises étrangères à contrôler des banques, firmes de courtage ou de gestion d’actifs. Les financiers et les industriels américains rêvent pour leur part d’accéder sans obstacle au gigantesque marché chinois. Ce n’est pas nouveau, mais l’enjeu du conflit actuel est que cela se concrétise enfin.

Cela suppose toutefois une reconfiguration d’ensemble des rapports commerciaux américano-chinois et de la régulation des investissements. Ce qui conduit à s’interroger sur les objectifs poursuivis par Donald Trump. L’OMC pourrait vite se trouver sur la sellette, coupable selon l’administration américaine de s’être érigée en tribunal suprême de l’ordre commercial mondial et de couvrir les comportements chinois fautifs, expression d’un multilatéralisme mis en cause dans de nombreux domaines.

Dans son langage imagé de météorologue, Christine Lagarde du FMI voit « pointer des nuages plus sombres » en raison des menaces actuelles au libre-échange, ce protectionnisme tabou qui voit le jour et pourrait se propager. On ne peut mieux signifier que ce repli n’est pas momentané et qu’il n’y a pas d’autre alternative au mondialisme. La crise, il est vrai, est aussi celle d’une pensée économique décidément bien courte…

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2 réflexions au sujet de « Une hirondelle ne fait pas le printemps, même en Chine… »

  1. « La Chine a besoin d’attirer les capitaux américains pour poursuivre sa mutation »

    Les dollars (ou les euros) accumulés par la vente de ses productions à l’étranger ne suffisent-ils pas pour se procurer les brevets, machines et savoir-faire dont la Chine a besoin?

    Je pense par contre que ce en quoi les entreprises US sont difficilement remplaçables c’est qu’elles parviennent à susciter ailleurs que dans leur pays des comportements et désirs de consommation qui sinon n’y apparaîtraient que très lentement ou même pas du tout.

  2. « Tuer le capitalisme pour que l’humanité survive ? »
    C’est sur ce sujet que Jorion va disserter à l’ENSAE.
    J’ai l’impression que d’autres sont en train de faire le choix inverse.

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