Le talon d’Achille de Trump

Pour voir, les autorités chinoises ont fait un pas en avant dans l’escalade, et elles n’ont pas été déçues. En incluant dans la liste des produits destinés à être taxés le soja, les voitures et les avions, elles ont touché aux œuvres vives américaines et ont suscité de fortes réactions.

Mais elles ont pris des précautions, ne fixant aucune échéance pour l’application de ces mesures de rétorsion, qui prennent ainsi le caractère d’une invitation à négocier avant qu’elles ne prennent effet à une date indéfinie. Elles ont par ailleurs laissé une ambiguïté de taille à propos des avions qui seraient concernés – de moins de 45 tonnes sans plus de précision – dont les conséquences pourraient être désastreuses pour la vente des moyen-courriers de Boeing.

L’industriel affecte la sérénité d’usage, mais il a souligné l’importance qu’a une industrie aéronautique nationale solide, un message de modération lancé à Donald Trump. Les déclarations incitant à un compromis n’ont pas manqué aux États-Unis, devant la crainte que l’économie et l’emploi américains ne sortent affectés du conflit, montrant que les autorités chinoises ont fait mouche. Ce qui a conduit Larry Kudlow, le nouveau conseiller économique de la présidence, afin d’éviter que ces réactions prennent trop d’ampleur, à douter que quoi que ce soit de concret puisse intervenir dans les prochains mois. Sans toutefois accepter de confirmer que des négociations sont en cours.

Quoi qu’il en soit, les réactions appelant à la négociation pleuvent. Elles proviennent des producteurs de soja, qui demandent au président de s’engager dans « une voie constructive et non punitive ». Des manufacturiers, qui se déclarent « très concernés par la détérioration des relations américano-chinoises ». Des représentants de l’industrie chimique qui appellent les gouvernements américain et chinois « à prendre des décisions mutuellement bénéfiques avant que la situation ne se détériore ». Cela fait beaucoup et cela pèse électoralement.

L’administration Trump doit délivrer le 22 mai sa position finale sur la liste des 1.330 produits qui feront l’objet d’une taxation. Cela lui donne l’opportunité de faire un geste en direction des autorités chinoises, mais rien n’indique qu’il en sera ainsi. Un critère de moindre impact sur les importations chinoises – exception faite de l’acier et de l’aluminium – avait présidé à leur sélection initiale, dans le but d’en limiter les effets sur les consommateurs américains, mais les menaces chinoises ont ruiné cette précaution.

Donald Trump a relancé sa campagne en faveur de la fermeture de la frontière avec le Mexique. Faute de pouvoir avancer sur la construction d’un mur, en raison du refus de Congrès de lui accorder 25 milliards de dollars pour la financer, il annonce avoir l’intention de déployer la Garde Nationale tout au long de celle-ci pour frapper les esprits. Une vue de l’esprit ! En permanence, il a besoin d’avoir quelque chose sur le feu afin de flatter sa clientèle électorale, mais c’est dans les circonstances présentes son talon d’Achille, car les milieux d’affaire pèsent aussi…

Recommandez par mail Recommandez par mail

Partagez

6 réflexions au sujet de « Le talon d’Achille de Trump »

  1. Si les choses en venaient vraiment à s’envenimer et à dégénérer en guerre commerciale, la direction du PCC aura beau jeu de flatter le nationalisme chinois dans le sens du poil afin d’attribuer toutes les difficultés internes que connait le pays « aux impérialistes yankees qui veulent maintenir la Chine à genoux et l’empêcher de retrouver la place qui lui est due, etc, etc »

    Prochaine étape prévisible pour el gringo loco, dénoncer le 12 mai prochain les accords sur le nucléaire iranien. Avec en pochette surprise pour les européens, le fait de savoir si cette dénonciation serait suivie de sanctions contre leurs entreprises qui décideraient d’investir en Iran…

  2. Le talon d’Achille de Trump, ce n’est pas nouveau, c’est le fait que les dimensions populistes de son programme ne sont soutenues que par une très petite partie des élites économiques, médiatiques, gouvernementales américaines. La plupart des Républicains notamment ne lui accordent leur soutien que lorsqu’il s’agit de baisser les impôts des riches, de libéraliser davantage encore la finance ou de diminuer les services sociaux, ou encore lorsqu’il reprend à son compte l’interventionnisme néo-con. Bref, lorsqu’il se montre un Républicain « classique », aligné sur un George Bush, probablement en pire.

    S’agissant de la fermeture à la future immigration (« Mur ») et encore plus du protectionnisme pour restaurer industrie et emplois (Chine), la plus grande partie de la classe dirigeante est debout sur les freins.

    Or les Etats-Unis sont de toute évidence une démocratie, et qui plus est une démocratie nettement moins présidentielle que la française. Il est impossible au président de se comporter en autocrate à la Xi Jinping ou Vladimir Poutine.

    D’où le blocage, et la possibilité très réelle que les Etats-Unis ayant de loin la position la plus forte dans leur relation commerciale avec Pékin, mais divisés, ne plient face à la Chine unie.

    1. Le populisme est la chose la mieux partagée à Washington, que ce soit par le président actuel, le Sénat ou la Chambre des représentants. C’est pourquoi Trump à l’égal de ses prédécesseurs gouverne par décrets pour passer outre le blocage des institutions (on se souvient de l’interminable guerre de tranchées qu’avait dû mener Obama pour parvenir à imposer une version hautement édulcorée de l’Obamacare).

      Et il n’est pas évident que l’annulation de ses décrets par les tribunaux gène beaucoup un Trump, plus préoccupé de consolider le socle de son électorat que d’efficacité. Le discours est rôdé : si le décret passe, il nie ses effets néfastes et gonfle ses éventuels apports, s’il est abrogé, il en accable les élites washingtoniennes pour le plus grand plaisir de son électorat.

      Ça n’est pas forcément une tactique électoraliste idiote, les élections de mi-mandat le diront.

  3. Je maintiens mon analyse : le protectionnisme trumpien ne peut pas être qualifié de guerre économique.
    La guerre économique, c’est la politique de la canonnière par laquelle un pays impose à un autre des importations dont il n’a objectivement aucun besoin, voire qui sont nuisibles à ses équilibres économique ou social.
    En ce sens la politique de Trump consiste avant tout à retirer son pays du champ d’affrontement là où il est en difficulté.
    En revanche se poursuit une véritable guerre civile économique entre les un pour cent que nous dénoncions il y a dix ans et les un pour mille qui les ont supplantés. Entre les simples milliardaires qui ne veulent pas être exclus du jeu et les multimilliardaires qui souhaitent les en évincer ; chaque camp cherchant des relais dans l’opinion américaine, classe moyenne et perdants de la mondialisation pour les uns, élites et minorités pour les autres.

    1. Politique de la canonnière, quel vilain nom ! Le FMI a rebaptisé la chose d’une manière plus smart et sexy : les réformes structurelles. En échange de la corde au cou, pardon, de prêts.

      C’est ainsi que l’agriculture vivrière des pays africains fut détruite – à l’exemple de l’éleveur local qui n’est plus suffisamment ‘compétitif’ pour pouvoir lutter contre les importations de poulets chlorés surgelés -, en poussant les gens à s’entasser dans les bidonvilles de gigantesques mégalopoles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.