Un livre décrit l’ancêtre de la NSA sous Vichy

Qu’est ce qui a pu pousser Antoine à plonger dans de si volumineuses archives pour n’en retenir qu’une petite sélection dans son livre « Conversations secrètes sous l’occupation » ? Antoine, c’est Antoine Lefébure qui a à son actif quelques belles aventures, dont la revue Interférences qui était en avance sur ton temps et Radio Verte qui a marqué le sien.

Tout a commencé quand François Hollande a décidé en 2015 d’ouvrir aux chercheurs des archives restées inviolées de la Seconde Guerre Mondiale. Elles contenaient une masse de lettres et d’interceptions téléphoniques réunies entre 1937 et 1945, sous la III ème République puis sous Vichy. La tâche était immense, non seulement en raison du volume des documents à compulser que de leur dispersion dans différents fonds. Entre autre ceux du Ministère de l’intérieur de la Défense et des PTT, ainsi que du Commissariat général aux questions juives.

C’est sous Vichy que fut finalement crée le Service des contrôles techniques (SCT), un organisme policier ultra-secret, organisation tentaculaire où travaillaient 5.000 personnes. À l’origine de la création de cet instrument de surveillance et de répression, Antoine Lefébure a trouvé les preuves du rôle de René Bousquet, l’organisateur de la rafle du Vél d’Hiv, qui a bénéficié de l’appui de l’Amiral Darlan. Il en a résulté une « machine de guerre incroyable et très dangereuse pour ceux qui ont le malheur d’avoir été repéré, avec le risque d’être emprisonné et envoyés dans les camps… », constate l’auteur tout à son rôle d’historien.

Des milliers de lettres et de comptes-rendus d’écoutes téléphoniques sont réunies, constituant d’une histoire qui a vocation à « apprendre plus et expliquer moins » (Claude Lévi-Strauss). Antoine révèle une image méconnue de la France occupée, il montre que les dénonciations ont joué un rôle moins important que retenu, le SCT ayant une part sous-estimée dans la répression. Aucun procès de ses responsables n’a d’ailleurs eu lieu, peut-être parce que cette activité, même ramenée à des proportions plus réduites, n’a jamais cessée…

En référence implicite aux révélations d’Edward Snowden, sur lequel il a également écrit un ouvrage, l’auteur fait part de « l’immense danger pour la démocratie » que représente le contrôle des communications. Voilà la réponse à ma question initiale.

Conversations secrètes sous l’occupation – Antoine Lefébure – éd. Tallandier, 22,50 €

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12 réflexions au sujet de « Un livre décrit l’ancêtre de la NSA sous Vichy »

  1. Nombreux sont à l’affirmer : le nazisme avec de l’informatique, ça peut marcher !

    Et bien sûr, avec le développement des algos qui permettent de scanner des milliards de milliards de conversations vocales et de courriels, afin de pouvoir cibler précisément les individus ‘déviants’.

    C’est fou comme le diable présente toujours bien lorsqu’il affirme sous le coup de l’évidence, que la vie privée n’existe plus (enfin, celle des dominés tout du moins).

  2. Facebook est la plus grande agence mondiale de renseignement,
    elle n’est pas secrète et elle est de droit privée.

    La dernière loi de programmation militaire
    met notre vie privée et notre démocratie en danger.

      1. « La manipulation mentale ou comment récolter les données de Facebook, laver le cerveau des électeurs et faire basculer les élections »

        https://www.legrandsoir.info/la-manipulation-mentale-ou-comment-recolter-les-donnees-de-facebook-laver-le-cerveau-des-electeurs-et-faire-basculer-les.html

        …/… Aux Etats-Unis, Cambridge Analytica a développé les profils psychologiques de millions d’Etasuniens en utilisant les services d’une société appelée Global Science Research (GSR) pour diffuser des tests gratuits de personnalité. Les utilisateurs ont été attirés par la perspective d’obtenir gratuitement le résultat de leur test de personnalité, et Cambridge Analytica a recueilli les données, et accédé aux profils Facebook des utilisateurs. La semaine dernière, The Guardian a rapporté que Cambridge Analytica a ainsi recueilli les données de plus de 300 000 utilisateurs de Facebook. En acceptant les termes et conditions de facebook, ces utilisateurs ont également accepté d’accorder à GSR (et par extension, à Cambridge Analytica) l’accès aux profils de leurs ’amis’ Facebook – soit environ 50 millions de personnes. …/…

        article d’origine
        https://www.counterpunch.org/2018/03/23/the-mind-benders-how-to-harvest-facebook-data-brainwash-voters-and-swing-elections/

    1. @ RV

      « La dernière loi de programmation militaire
      met notre vie privée et notre démocratie en danger. »

      Il y a du progrès, ce serait bien la première fois que la fabrication en masse d’armes , ne mettrait pas en péril nos vies, mais seulement notre vie privée !

      Ouf !

  3. Les services de la statistique ( même si on ne les appelait pas comme ça ) ont toujours été liés , partout dans le monde , aux intérêts du pouvoir du moment qu’il soit terrien , religieux , institutionnel ou militaire .

    En France , le Service national de la statistique précurseur de notre numéro de sécu et de l’INSEE est fondé en 1941 , sous régime pétainiste .

    Ce sont des auxiliaires du pouvoir ,qui en bonne vision de Montesquieu , doivent être contrebalancés par des contre-pouvoirs capables de ne leur faire transpirer que le meilleur sans le pire .

    1. Que je sache ces entreprises, notamment FaceBook et Google, même si elles ont des liens avec l’Etat Nord américains, sont de droit privé, leur statut n’en font pas des agences gouvernementales.

      Vous ne pouvez les comparer ni au Bureau des statistiques de 1801, créé par le Ministère de l’intérieur, ni à la Statistique générale du royaume créé en 1833, ni au Bureau de la Statistique générale de la France créé en 1840 etc.
      source :
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_statistique_fran%C3%A7aise

      1. Cela existait antérieurement bien sur ( pas aussi pur que vous le présentez ) , mais à votre avis , pourquoi les regroupements et choses sérieuses ont commencé sous Pétain ?

        Précision : j’ai de bonnes raisons de faire confiance aux cadres de l’INSEE , remarque faite que « l’instrumentalisation médiatique » des chiffres et de leur « présentation » aux lecteurs rapides de journaux reste un sport très …cornaqué .

        1. oui, bien sur, mais ne faites vous aucune différence entre une administration étatique et une société privée, qui plus est de droit Nord-américain ?

          1. Si , sans conteste, … tant que l’Etat est bien l’Etat , et la démocratie la démocratie selon Montesquieu .

            Tant que le consommateur n’a pas phagocyté le citoyen .

  4. « L’immense danger pour la démocratie que représente le contrôle des communications. »

    Qui contrôle les communications aujourd’hui ?
    Sont-ce les états ou bien ceux-ci ne sont-ils plus que tigres de papier ?

    1. « Sont-ce les états ou bien ceux-ci ne sont-ils plus que tigres de papier ? »
      L’Etat est en voie de privatisation ce qui ne veut pas dire qu’il n’a plus de pouvoir. Il exerce son pouvoir au service d’une oligarchie ploutocratique.
      Il faudra ré-nationaliser l’Etat, qu’il exerce son pouvoir au service du plus grand nombre.

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