Mais, puisqu’on vous dit que c’est légal !

Par Roberto Boulant

Tout le monde connait le rôle éminent de la Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE qui assure l’intérêt commun de tous ses états membres. Elle s’appuie pour ce faire sur des taux d’intérêts et de change d’une monnaie désormais commune et non plus unique – variant en fonction des pays -, sur des dettes publiques garanties par la BCE empêchant la spéculation, et sur une stratégie budgétaire et fiscale ayant pour objectifs la transition écologique et une politique de redistribution visant à instaurer de hauts standards sociaux.

Avouez que vous avez eu peur !

Non, rassurez-vous. Dans la vraie vie, l’UE impose toujours des règles budgétaires aussi rigides qu’absurdes qui favorisent la spéculation, fragilisent les économies et en même temps, accentuent les déséquilibres entre pays. Grâce à la Sainte-Trinité compétitivité-réformes-austérité, les oligarchies nationales se sont emparées du verbe Churchillien en promettant aux peuples sang, sueur, et larmes, tout en omettant de préciser un menu détail : que dans la guerre éternelle de tous contre tous, il ne saurait y avoir de victoire. On comprendra aisément que dans ces conditions, le niveau de l’europhile ambiante ait tendance à baisser.

Pire, bien pire ! La contre-révolution néolibérale ayant réussi à mettre au point l’anti-gravité et à faire ruisseler les richesses vers… le haut de la pyramide sociale, les partis fascisants ou néo-nazis (voire nazis tout court), font leur entrée dans différents parlements nationaux. Soixante-treize ans après le suicide d’Adolf Hitler dans son bunker, c’est là pour une Union censée apporter paix et prospérité sur le continent, un exploit qu’il convient d’apprécier à sa juste mesure.

Vous vous direz sans doute qu’il n’est pas humain d’être stupide à ce point-là ! Que devant l’évidence du champ de ruines, nos chères élites vont enfin se rendre à la raison : que la fuite interstellaire ou la station Elysium ne sont que fantasmes, et que bloquées sur la planète, elles aussi seront balayées par les vents mauvais du nationalisme et de la xénophobie.

Eh bien, détrompez-vous !

M. Juncker, ci-devant Président de la Commission et qui place – c’est bien connu – l’application stricte des Traités avant la démocratie, vient de choisir son successeur. Celui qu’il surnomme affectueusement ‘le monstre’ ou ‘Raspoutine’, son ancien directeur de cabinet : M Martin Selmayr, membre de la CDU et partisan fanatique, pardon, acharné, d’un ordolibéralisme qui profite si bien à l’Allemagne et aux pays du premier cercle européen, mais si peu aux pays du Club Méd (dont la France pré-Jupitérienne).

Et la chose, comme il se doit dans toute bonne instance démocratique, s’est faite en totale transparence : aucun autre candidat auditionné, et une promotion expresse qui a vu l’impétrant passer, en quelques minutes à peine, du statut de secrétaire général adjoint de la Commission, à celui de secrétaire général tout court. Ce qui le mettra en position de force pour influencer sur le choix du successeur de J.C. Juncker au terme de son mandat en 2019. Aux quelques députés européens s’étonnant de la méthode, il a été répondu que « après des examens répétés, nous sommes désormais convaincus que les règles ont été totalement respectées ».

La personne en charge du personnel de la Commission ne pouvant s’empêcher d’avoir ce dernier mot définitif : « les règles ont été suivies religieusement ».

Comment mieux décrire en une seule phrase le fonctionnement réel de la Commission ?

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6 réflexions au sujet de « Mais, puisqu’on vous dit que c’est légal ! »

  1. Très bon billet.Le désignation de M.Selmayr est un scandale de plus, mais j’ai l’impression que nous, les 99% ,sommes fatigués et finalement laissons faire la commission européenne sans réagir.
    La lassitude me gagne aussi…

  2. Bonjour Roberto.

    Vous êtes très talentueux, c’est pourquoi j’aurais un petit boulot à vos confier.

    Mi avril ce tient le Congrès de la CGT-FO où le secrétaire général sortant à déjà désigné son dauphin comme candidat unique.

    Un peu de la même manière que le fait Junker.

    « …M. Juncker, ci-devant Président de la Commission (…), vient de choisir son successeur. Celui qu’il surnomme affectueusement ‘le monstre’ ou ‘Raspoutine’, son ancien directeur de cabinet : M Martin Selmayr … »

    Jean-Claude Mailly passera la main en avril 2018 à Lille.
    Secrétaire général de Force ouvrière depuis 2004, Jean-Claude Mailly, 63 ans, socialiste proche de Aubry, passera la main au profit de Pascal Pavageau, actuel numéro deux et seul candidat.

    Cette bureaucratie ouvrière comme celle de Bruxelles clame elle aussi: « …Mais, puisqu’on vous dit que c’est légal !… » !

    Mensonge !

    Auriez-vous l’amabilité cher camarade, à peu près dans les mêmes termes excellent que votre charge ici, sur la base du statut de ce syndicat, prouver que cette magouille n’est pas si légal que ça !

    Merci.

    1. Je vous remercie de l’appréciation de mon article Eninel, mais je me vois obligé de décliner votre invitation pour plusieurs raisons.

      En premier lieu, bien sûr, parce qu’il s’agit du blog de François Leclerc et qu’il est le seul à décider de la ligne éditoriale et de son contenu. Ensuite, et ça n’est qu’un avis personnel, parce que je ne suis pas convaincu que ce blog gagnerait à alimenter la guerre inter et intra-syndicale. Enfin, parce que je ne me sens aucune légitimité à court-circuiter les délégués syndicaux se battant chaque jour avec courage sur le terrain, ainsi d’ailleurs en général que tous les syndiqué(e)s chez FO.

      1. Même s’il y a des cons ou des salauds partout , je partage l’appréciation positive sur l’action et le désintéressement dans les syndicats qui sont traditionnellement les nôtres .

        La « désignation » des successeurs des leaders , dans tous les syndicats et depuis longtemps , est en fait une espèce de mise à l’épreuve de longue durée où se combine à la fois le respect des raisons d’être historiques des syndicats , le dynamisme du leader qui s’en va , le charisme du nouveau et son expérience acquise généralement sur plus de vingt ans . Dans tous les cas les divers statuts prévoient une procédure de dépôt de candidatures , de vote final par des instances nationales qui restent seules détentrices du pouvoir , même si le jeu traditionnel des chefs en place est de tenter de phagocyter les dites instances pour s’éviter de s’épuiser en combats internes , quand le vrai combat est bien sur ailleurs .Nobody is perfect .

        Un syndicat reste un engagement qui n’est pas de nature universelle dans ses fondamentaux et ses outils , même s’il est souvent , de fait , plus démocratique et citoyen que le modèle supérieur .

        J’ai quelquefois dit ici les qualités que je reconnaissais à Bernard Thibault pour la CGT . Pascal Pavageau , pour FO , ne devrait pas manquer d’atouts, pour bien connaître les sujets qui nous agitent ici , avec une certaine sensibilité à l’une des trois composantes du soliton
        ( environnement ) .

        Ce qui est sur , c’est que politiques ou syndicalistes sont impuissants et vains si les troupes de base n’ont pas les idées claires ….d’abord , sans attendre de Merlins enchanteurs .

  3. Je plaisantais Roberto. Croyez vous que nous ayons, que j’ai besoin de vos talents, pour faire le ménage dans les organisations ouvrières ?

    Je vous ai lu assez sur nos différents blogs, pour mettre rendu compte, que vous percevez les organisations ouvrières de manière idéaliste, un peu comme des images d’Epinal.

    Comme Juan se trompe à s’imaginer que les syndicats ouvriers sont « … de fait , plus démocratique et citoyen que le modèle supérieur … »

    Il y a des tendances anti démocratiques et bonapartistes, autant dans les organisations ouvrières, que dans les bourgeoises.

    Regardez le président du parti de gauche, comment au nez et à la barbe de ses militants ouvriers, il a rompu avec la gauche et mis en place via internet un mouvement populiste !

    Regardez l’évolution des méthodes et des mœurs démocratiques au PS. A l’époque de Mitterrand on décidait d’un congrès. Là des tendances discutaient et puis on votaient à la fin du congrès sur la base d’une ligne majoritaire. On votaient pour des secrétaires, qui eux mêmes votaient pour un secrétaire général du PS.
    Même Dieu se pliait à cette désignation démocratique. Et maintenant que voyons nous ? Un mec qui se fait plébisciter sur de vagues promesses, avant toute discussion du parti, 15 jours avant le congrès.

    Regardez ces directions syndicales, arc boutées sur leur syndicalisme de collaboration de classe, au nez et à la barbe de leur base ! Ont-ils seulement le réflexe de consulter leur base pour savoir s’il faut discuter avec Macron ou le combattre ?
    Non cette direction bureaucratique a surtout l’impatience de se trouver un chef auto-proclamé, au nez et à la barbe des délégués, qui lors de leur congrès n’auront plus qu’à applaudir ou de partir.

    Certes il y a les Al Sissi, Poutine, Macron et Cie, mais il y a aussi nos dirigeants, qui si ils veulent être crédibles à nous parler de lendemain qui chante et de démocratie, doivent changer du tout au tout de comportement ou partir !

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