Le G20-finances : jeux de mots, jeux de vilains

Le G20-finances en cours est une exemplaire démonstration par l’absurde. L’unanimité s’y imposant, faute de déclencher on ne sait quoi de pire, les plus hautes autorités mondiales s’emploient depuis quelques jours à ciseler des périphrases pour ne pas utiliser les mots qui blessent. Seul Donald Trump s’est octroyé ce droit, mais il les réserve à sa consommation intérieure, c’est à dire à son électorat.

D’entrée de jeu, un FMI compatissant envers son principal contributeur a suggéré avec succès semble-t-il d’utiliser « inward looking policies » (des politiques tournées vers l’intérieur), afin de ne pas employer le terme maudit à jamais de « protectionnisme ». Avec les mêmes intentions, le communiqué final pourrait employer l’expression « commerce juste », par opposition à restrictions douanières injustes (dans leur esprit).

À défaut de condamner les taxes de Donald Trump ou les surcapacités d’acier chinoises, Le G-20 pourrait se contenter de reconnaître des « tensions économiques » comme un facteur de risque pour la croissance mondiale, à trois jours de l’entrée en vigueur de ces taxes.

Le summum est atteint, à l’occasion d’une rencontre entre Bruno Le Maire et le secrétaire au Trésor Steve Mnuchin. Le ministre français avait adapté son langage à l’intention de ses propres électeurs en déclarant à l’AFP « oui, l’augmentation des mesures tarifaires, c’est du protectionnisme. Oui, le protectionnisme est une menace pour notre croissance. Regardons les choses en face ». Auprès de Steve Mnuchin, il s’est contenté de plaider pour une solution « multilatérale au problème mondial de la surcapacité d’acier » désignant du doigt implicitement la Chine.

Le compte-rendu de ce dernier est encore plus allusif : les deux hommes auraient parlé de « la longue relation économique et commerciale entre les deux pays », et lui-même plus particulièrement de « l’importance de la coopération franco-américaine pour lutter contre le financement du terrorisme et pour contrer les activités financières illégales de la Corée du Nord et de l’Iran ». Un ange passe !

Les choses (nous nous y mettons à notre tour) se passent aussi à Washington, car le temps presse avant que n’entre en vigueur le 23 mars prochain – dans deux jours – l’entrée en vigueur de la taxation. Peter Altmaier, le ministre de l’économie allemand et Cécilia Malmström de la Commission européenne y ont été dépêchés d’urgence dans l’espoir de déjouer une manœuvre de Donald Trump. Il pourrait ne pas viser tous les pays de l’Union européenne mais seulement l’Allemagne, enfonçant un coin dans une solidarité actuellement proclamée de partout.

De retour à son ambassade de Washington, Peter Altmaier a précisé où il en était : un « compromis » ne signifierait pas pour autant un accord final, évoquant une solution consistant à exempter l’UE provisoirement pour laisser plus de temps à la négociation. « S’agissant du contenu, nous aurons besoin de plusieurs semaines pour trouver une solution raisonnable ».

Pour éviter tout malencontreux malentendu, le commissaire Pierre Moscovici s’est de son côté rendu à Buenos-Aires où se tient le G-20, afin de faire valoir que les mesures – qu’il doit présenter demain – de taxation des entreprises numériques ne sont « en rien une riposte à une situation et qu’il ne s’agit en rien d’une mesure anti-américaine ». Vendredi dernier, Steve Mnuchin avait à ce propos agité un chiffon rouge.

Que dit le gouvernement chinois ? Le Premier ministre chinois Li Keqiang appelle les États-Unis à « garder raison » pour éviter une guerre commerciale, et assure « protéger rigoureusement la propriété intellectuelle » des firmes étrangères, qui est le vrai sujet pour Donald Trump. Washington ne veut plus du système des co-entreprises imposé par Pékin, qui oblige les sociétés américaines voulant accéder au marché chinois à partager une partie de leur savoir-faire technologique. Li Keqiang a précisé à cet égard que « nous allons ouvrir complètement le secteur manufacturier. À cet égard, nous ne permettrons pas des transferts de technologie forcés ». À chacun sa manière de négocier.

« Les choses » en sont là !

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Une réflexion sur « Le G20-finances : jeux de mots, jeux de vilains »

  1. Excellent François !

    Vous nous dénoncez ces nains sans langue de bois !

    A croire que les hospitalisations vous profite !

    Prompte rétablissement et prenez le temps de vous reposer. Ne vous inquiétez pas on commence à peine un long marathon, sur le plan intérieur comme à l’internationale.

    On fait la révolution en pleine santé, parce que la santé est mise a rude épreuve en temps de révolution. Il faut se ménager.

    Qui ménage sa monture va loin ! Et vous il va vous falloir aller très loin !

    Tranquille !

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