Les réfugiés dont on parle de moins en moins

Faute d’information, on pourrait croire que l’afflux des réfugiés vers l’Europe a été finalement stoppé et que les portes de l’Europe sont désormais bien gardées. Mais ce n’est pas le cas selon l’agence Frontex, qui évalue les franchissements illégaux à encore 204.219 passages en 2017, contre 511.074 en 2016 et 1,8 millions en 2015.

La diminution est forte, mais l’exode n’est pas interrompu en dépit de tous les moyens mis en œuvre. En Turquie en premier lieu, puis en Libye. Quand ils parviennent enfin en Europe à la suite d’un périple éprouvant, pour les plus chanceux d’entre eux, les réfugiés se retrouvent bloqués en Grèce et en Italie. Afin d’atteindre l’Espagne, une nouvelle route a été ouverte au départ du Maroc. L’exode est trop déterminé pour être contenu.

La Turquie, le Liban et la Jordanie accueillent des centaines de milliers de réfugiés, parfois dans des camps de toile qui sont de véritables villes par leurs dimensions, souvent dans des conditions plus que précaires faute de financements adéquats de la part des organisations internationales et des ONG. Ces réfugiés font désormais face à un nouveau risque, dénoncé par Care International, celui d’être « poussés à retourner en Syrie dès cette année, en dépit de la poursuite des violences », n’ayant plus l’espoir de rejoindre l’Europe et parqués sans en voir la fin dans des conditions précaires. Ils ont été 721.000 dans ce cas l’année dernière, alors que les conditions de vie des civils en Syrie sont « plus effroyables que jamais », selon le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR) Filippo Grandi.

Et puis il y a les déplacés, ceux qui ont fui leur ville, leur village ou leur terre à cause de la guerre et de la famine et qui cherchent refuge à l’intérieur du pays. Ils seraient dix millions sur une population de 22 millions d’habitants. Militairement actifs en Syrie afin de combattre les milices kurdes, les autorités turques préparent des camps d’une capacité d’accueil de 170.000 personnes à l’intérieur du pays, destinés aux déplacés, dans la province d’Idleb où elles interviennent, afin de les y fixer et d’éviter qu’ils rejoignent la Turquie où ils sont déjà plusieurs millions.

En Syrie, les ONG ont enfin obtenu le passage d’une aide médicale et alimentaire en faveur d’un camp où des milliers de réfugiés syriens s’étaient regroupés d’eux-mêmes, bordant la frontière nord de la Jordanie qu’ils ne peuvent rejoindre, l’armée jordanienne s’obstinant à la tenir fermée de crainte d’infiltrations des combattants djihadistes.

En Libye, enfin, la situation reste toujours aussi chaotique et le sort des réfugiés dramatique. 48.000 réfugiés sont officiellement recensés dans le pays, mais ils sont en réalité beaucoup plus. En charge de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, se prévaut du rapatriement vers leur pays d’origine de 16.000 réfugiés et prétend qu’il n’en resterait que 4.000 à 5.000 dans les camps libyens à évacuer. Mais cela suppose une connaissance et une maitrise du terrain peu crédibles. L’objectif est par contre réaffirmé : les réfugiés sont renvoyés à leur pays d’origine, la Libye ne peut pas jouer le rôle de sas de la Turquie et doit devenir un glacis.

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4 réflexions au sujet de « Les réfugiés dont on parle de moins en moins »

  1. Réfugiés en Turquie :
    Financement des réfugiés en Turquie par l’Europe, un supplément de 3 milliards d’Euro :
    https://anfenglish.com/news/eu-provides-financial-support-for-turkey-amid-ethnic-cleansing-25475

    « Réfugiés » en Turquie :
    https://anfenglish.com/kurdistan/refugees-in-van-are-sent-to-afrin-25473
    Surprise : la vidéo est n’est plus disponible, mais les photos qui en sont issues sont parlantes,
    Et cet avertissement :
    https://anfenglish.com/rojava/ypg-those-coming-to-afrin-with-turkey-will-be-our-target-25464

    Ce qu’il faut comprendre, c’est que les réfugiés soigneusement sélectionnés ne pourront être installés dans la petite zone conquise de vive force par l’agresseur qu’après un nettoyage ethnique, lui aussi soigneux. Le nettoyage par le vide des ethnies mal pensantes a déjà commencé. Afrin est un condensé multi-ethnique vivant en paix depuis 7 ans et donc bourré de réfugiés.
    https://anfenglish.com/rojava/aftermath-of-afrin-s-merate-villagers-unknown-25497

    Réfugié, autre origine : je connais un jeune Guinéen, 14 ans, réfugié en France depuis 4 mois.
    Son voyage désargenté a duré 1 an dont 4 mois en Libye. Malgré les épreuves, il en est ressorti intègre et, en apparence du moins, frais comme une fleur. Ses résultats scolaires sont très bons, bien intégré. Il sait garder son calme face aux manifestations de racismes, rares mais blessantes.
    Les organismes en charge de la protection de l’enfance font un travail de soutien plus qu’appréciable.
    Un exemple unique, mais qui prouve que tout n’est pas catastrophique et en vérité fait chaud au cœur.

    [ Heureux de vous voir voler en indépendant. Je n’ai pas bien suivi votre « séparation » du blog de Paul. Comment est assuré votre financement ? ]

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