Draghi ne bouge que d’un cil

La crise politique européenne s’est en premier lieu exprimée par un rejet des partis de gouvernement et l’ascension de nouvelles formations sorties du néant, par dédain qualifiées de populistes par ceux qui confortaient ainsi leur comportement élitiste.

Cela a au passage entraîné la chute des partis sociaux-démocrates, les uns après les autres, suscitant l’annonce de la fin de la social-démocratie. Celle du communisme, en d’autres temps et pour d’autres raisons, avait déjà été enregistrée. De grands vides doivent être à chaque fois vaille que vaille comblés.

En Italie, le même scénario se répète avec le Parti démocrate. N’ayant pas trouvé avec Matteo Renzi l’artisan attendu de sa renaissance, ce parti n’a désormais plus d’autre choix, faute d’assumer une nouvelle déroute électorale, que de s’allier d’une manière ou d’une autre avec un autre partenaire pour éviter de nouvelles élections. En Allemagne la CDU-CSU s’est révélée être incontournable, c’est aussi le cas du Parti populaire en Espagne, où le PSOE soutient le gouvernement minoritaire en s’abstenant au parlement. La situation diffère en Italie étant donné l’ascension du M5S, à ce jour sans équivalent.

Tardivement, il est découvert que cette formation très vilipendée dont il a été tenté d’en faire un repoussoir – elle s’y prête clairement à plusieurs égards en raison de ses positions – a cristallisé une profonde colère anti-système. Elle a mené un combat contre la caste et en a recueilli les fruits, parfois avancés. Ne fomentant pas une révolution, elle exprime une révolte. Désormais, après avoir été pris avec des pincettes, le M5S va devoir être pris en considération. La suite sera tumultueuse.

Décidément, les campagnes de discrédit ou les jeux d’influence les plus musclés ne sont pas de saison. Soumise à une forte pression afin qu’elle entame la révision de sa politique, la BCE s’en est tenue hier jeudi au strict minimum. Ce qui a été qualifié de prudent début de retrait de son soutien à l’économie se résume à la simple suppression dans le compte-rendu de sa réunion, de la mention qu’elle pourrait accroitre le volume de ses achats obligataires en cas de choc. Ne l’empêchant pas d’y revenir si nécessaire. En ce sens, Mario Draghi a fait savoir que l’institution serait « réactive » si l’inflation ne progressait pas (elle vient de baisser au sein de la zone euro). Tout le reste des mesures accommodantes demeure inchangé.

Dressant un tableau préoccupant de la situation en raison des effets que pourraient avoir « des mesures unilatérales dangereuses » américaines entrainant des « représailles », Mario Draghi n’a pas répondu aux attentes. Afin d’élargir les critères qu’il prend en compte pour juger de la situation, de ce qu’il faut en attendre, et de la réponse à y apporter, il ne s’en tient pas au seul indice de l’inflation sensé tout résumer. Nul doute qu’il suit également de près l’évolution de la situation politique en Europe, et qu’il juge de son instabilité. Mais il est loin, le temps où Jean-Claude Trichet se permettait de débarquer Silvio Berlusconi…

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9 réflexions au sujet de « Draghi ne bouge que d’un cil »

  1. C’est vrai, il souffle comme un vent de prudence. Le ton dans les médias s’arrondit, se chantourne. Sur les plateaux, les journalistes invités ont perdu l’assurance de commenter en ligne droite. Ils semblent s’étonner eux-mêmes de se voir commenter ainsi, et se surprennent, soulagés de s’entendre les uns les autres et se voir emprunter un grand tournant. C’est touchant.

  2. « Cela a au passage entraîné la chute des partis sociaux-démocrates »

    Ces partis n’étaient plus sociaux-démocrates que de nom. Rétrospectivement, on peut se dire qu’à la chute du mur la social-démocratie avait perdu toute utilité, le danger communiste auquel elle faisait contrefeu ayant disparu. Il n’a fallu que peu de temps pour qu’elle soit subvertie et submergée par le libéralisme ambiant.

    Ce qui tombe, pays après pays, ce sont des coquilles vides. Vides de sens, vides de projet.

      1. Bonjour,

        Selon le principe des vases communicants, l’électeur des partis dits sociaux-démocrates part ailleurs. Il a bien fallu que le M5S en trouvent !

        Chez nous, une partie est allé chez Mélenchon, une autre chez Macron, la dernière est restée chez elle. Mais avec un parti et un président qui tiraient dans le dos du candidat … si c’est pas de l’autodestruction ça !

        François

        1. Il faudrait mesurer la disparition de la social démocratie (comme représentation du mouvement ouvrier) selon les contextes. En France, elle disparait en deux temps : le PCF (récupéré par le FN) puis le PS. IDem en Espagne et Italie : les PC disparaissent, puis les PS (PSOE) s’étiolent. En ce sens il y a une parenté entre la France Insoumise et Podemos, qui n’ont pas d »équivalent en Italie. En Belgique, le PS semble vivre sur une clientèle stable, mais il recule et le PTB monte à sa gauche (la tendance à droitisation de l’électorat ouvrier est restreinte). En Allemagne, le SPD a résisté à Die Linke, malgré sa droitisation quand il était au pouvoir. Aujourd’hui, il perd son électorat au profit d’Afd (enfin, en tenant compte des votes droitiers de l’ex-Est, avec effet de minoriser le SPD).
          Bref, la tendance des PS à afficher crûment leur libéralisme, à perdre leur utilité et à perdre leurs électeurs, comporte des variantes.

    1. Le sage a dit « Si le sel tombé en terre perd sa saveur, avec quoi le salera t on ? Il n’est plus bon qu’à être foulé aux pieds par les gens »

      Ainsi en est-il de ces partis qui ont perdu toute saveur et tout contenu.

  3. @ François.
    « …Cela a au passage entraîné la chute des partis sociaux-démocrates, les uns après les autres, suscitant l’annonce de la fin de la social-démocratie. Celle du communisme, en d’autres temps et pour d’autres raisons, avait déjà été enregistrée. De grands vides doivent être à chaque fois vaille que vaille comblés… »

    Mais est ce la faillite du communisme ou la faillite du stalinisme qui a été « enregistré » à l’occasion de effondrement d’un mur ?

    De grands vides doivent être à chaque fois vaille que vaille comblés François, et le meilleur moyen de combler les lacunes, n’est ce pas de ne pas alimenter la médiocrité politique, à cacher aux jeunes générations que le communisme ne se résume pas et ne peut pas se résumer au stalinisme ?

    Arrivé un moment il faut faire preuve d’honnêteté intellectuelle et relater l’histoire comme elle s’est déroulée. Libre à vous de faire le procès du trotskysme, si vous pensez que ce procès aidera à la reconstruction idéologique.

    Mais vous ne pouvez pas, vue votre honnêteté, vos connaissances et vos capacités, amalgamer dans un tout communiste , Marx Lénine Trotsky Staline et Mao.

    Ce n’est pas juste, ce n’est pas porteur d’avenir !

    1. Je connais un peu l’histoire du mouvement ouvrier et n’aurai jamais l’idée d’amalgamer « le prophète désarmé » puis « banni » d’Isaac Deutscher avec les tyrans Mao et Staline et ce qu’ils représentaient. Deux grandes tragédies. Les soviets n’ont pas duré bien longtemps dans le cours de la Révolution russe…

      1. Ah la biographie de Trotsky, d’Isaac Deutscher, la meilleur et la plus incontournable de toutes !

        Les soviets n’ont pas duré bien longtemps dans le cours de la Révolution russe, a peu près le même temps que la Convention et les districts de la Commune insurrectionnelle, dans le cours de la Révolution française.

        Et pourtant c’est en nous appuyant sur les acquis de ces deux révolutions que monte à la base des syndicats ouvriers, à la base des partis d’extrême gauche, la nécessité vitale de mettre en place à cours terme des comités de grève de bas en haut.

        Puissions-nous nous retrouver un jour sur la certitude que Lénine lui aura été un prophète assassiné !

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